« Vie urbaine, problèmes de l’eau et enjeux sanitaires à Tananarive ».

par Carole Ognard

Projet de thèse en Géographie

Sous la direction de François Taglioni.


  • Résumé

    Avec l'air et le feu, l'eau constitue l'un des trois éléments fondamentaux pour les Malgaches. L'usage de l'eau s'observe aussi bien pour les usages quotidiens que pour tout autre aspect de la vie sociale, environnementale et rituelle (Razafindralambo, 2005). Ainsi, les lieux liés à l'eau constituent des lieux de sociabilité incontestables : c'est le cas de la borne-fontaine ou du lavoir à Madagascar où se mêlent femmes et enfants tôt le matin jusqu'à tard le soir (Fournet-Guérin C., 2007). Pourtant, cette remarque souligne aussi combien l'accès à l'eau propre et à l'assainissement restent un défi majeur des pays en développement. Selon l'OMS, dans les pays en développement, la consommation d'eau non potable tue environ 5 millions de personnes par an dont la moitié sont des enfants. Quatre cinquième des maladies sont causés par des maladies hydriques, donnée à laquelle n'échappe pas Madagascar.A Madagascar, 80% de la mortalité est due à une carence quantitative (accès à la ressource) et qualitative en eau (potabilité). Sur les trois premières causes de mortalité observées à Madagascar, deux d'entre elles concernent des maladies hydriques: 37% des décès comptabilisés à Madagascar sont liés au paludisme (ici sont comptabilisés les cas avérés comme les suspicions) et 17% des décès sont attribués aux maladies diarrhéiques. Les maladies hydriques constituent donc un problème de santé publique majeur pour Madagascar. Localisée sur les hautes terres centrales, Tananarive présente une situation étonnante pour une capitale. Celle-ci est largement héritée d'une logique spatiale pré-coloniale celle des rois merinas (Fournet-Guérin C., 2007) : l'expression renihovatra, ou « ville-mère » est une métaphore maternelle fréquente en malgache pour désigner un objet situé au sommet de la hiérarchie par sa taille. Cette métaphore indique la fonction héritée de capitale politique et économique de Tananarive, fonction qui perdure encore au vu de la prépondérance de Tananarive dans le réseau urbain malgache. En effet, Tananarive n'a pas échappé aux problématiques de la mondialisation et des processus d'urbanisation dans les pays en développement : la logique spatiale de site pré-colonial ne répond plus aux besoins d'une capitale devenue millionnaire et dont la « transition démographique » n'est pas achevée (un indice synthétique de fécondité de 6 enfants par femme à l'échelle du pays contre 4 enfants par femme à Tananarive (Gastineau B., 2006)). Selon Fournet-Guérin, l'extension de la ville vers l'ouest (en désaccord avec les principes de l'organisation spatiale des merinas) est entre autres à l'origine d'une rupture des Tananariviens avec leur 'espace vécu' : cette urbanisation souvent illégale en plaine est dénoncée car soumises aux risques d'inondations et à une moindre salubrité. C'est donc une urbanisation spontanée avec un paysage urbain caractéristique des bidonvilles notamment dans les bas-fonds intra-muros qui s’est mise en place. Ainsi, l’image véhiculée à travers le monde de cette ville est celle d’une des villes les plus sales du monde (Mercer Human Ressource consulting, 2007). Les secteurs de l’hygiène, de l'approvisionnement en eau et de l'assainissement ont été les parents pauvres de ce processus d'urbanisation incontrôlé. Dans ce contexte d'urbanisation mal maîtrisée, la ville de Tananarive apparaît comme propice à l'analyse du poids de l'approvisionnement et de l'assainissement sur le développement des maladies hydriques et de l'hygiène. Les bas-fonds intra-muros de la commune Urbaine de Tananarive ou ville basse (notamment les 3ème, 4ème et 5ème arrondissements) apparaissent comme des études de cas privilégiées puisqu’ils représentent ‘un agrégat concentré de tous les maux urbains’ (Ramamonjisoa, 1983). Notre présente étude se fonde sur l'hypothèse que l'état sanitaire d'une population dépend de son niveau d'assainissement et d'infrastructure de base en approvisionnement en eau mais également de ses capacités d'adaptation (réactions et pratiques) aux contraintes. L'objectif est d'analyser les disparités spatiales de santé en milieu urbain sous le prisme des maladies hydriques ou maladies d'hygiène. Il s'agira de caractériser l'espace urbain dans une perspective sanitaire en définissant à travers les disparités des sous-espaces à risque selon les niveaux d'assainissement et d'approvisionnement.


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