Les mouvements de « Réforme de la Vie » au contact de la culture et des traditions corporelles indianocéaniques : comparaison entre les traditions corporelles indiennes et la modernité occidentale

par Aurélie Panechou

Projet de thèse en Allemand

Sous la direction de Gabriele Fois-Kaschel.


  • Résumé

    Le mouvement de « Réforme de la Vie », qui naît en Allemagne à la fin du 19ème siècle, trouve ses adeptes parmi une communauté d’artistes, d’origines diverses, qui décident de s’installer au Monte Verità (la Montagne de la Vérité) sur les bords du Lac Majeur, au-dessus d’Ascona en Suisse. Nous comptons, entre autres, de nombreux écrivains et poètes (Rudolf Hesse, Erich Mühsam, Romain Rolland), des danseurs (Isadora Duncan, Mary Wigman, Rudolf von Laban), des peintres, mais également des architectes, des philosophes et des psychanalystes. Ce mouvement révèle rapidement le malaise présent dans la civilisation occidentale au moment de la mondialisation. Ils vont exprimer leurs sentiments à travers l’art sous toutes ses formes et apparaît ainsi un nouveau langage corporel, gestuel, spirituel et intellectuel qui rompt complètement avec les traditions de la culture occidentale, en prenant pour modèle, notamment, l’Inde « artistique et spirituelle ». L’art indien va donc s’imposer, influencer et inspirer ces artistes dans leurs chorégraphies et autres méthodes d’expression. Ces derniers transgressent alors les normes et privilégient un retour à la nature, par exemple à travers la nudité. Notre travail de recherche portera certes sur ce mouvement, mais il va également permettre une redécouverte de l’Inde artistique à travers ses danses, la méditation (yoga), le cinéma ou encore le théâtre. Les artistes et les écrivains occidentaux mettent la lumière sur les richesses culturelles importantes qu’apporte l’Inde à l’Europe occidentale. Nous mettrons donc en avant la forte influence de l’Inde sur les productions artistiques (littératures, arts scéniques, arts plastiques) dans l’espace germanophone.Cette étude portera sur les différentes manifestations du mouvement de « Réforme de la Vie », en s’intéressant à plusieurs colonies et communautés d’artistes implantées en Europe. De nombreux liens se forment, comme par exemple la célèbre danseuse Ruth Saint Denis qui interprète le rôle de Radha, une divinité indoue très proche du Dieu Krishna. Elle est considérée comme l’incarnation de la poésie d’une grande figure de la littérature et de la musique bengale, Rabindranath Tagore (premier prix Nobel de littérature du monde non-occidental en 1913). Ce dernier se rend à trois reprises en Allemagne où il rencontre les penseurs d’un monde nouveau. C’est également à cette même période que se réfèrent les théories postcoloniales dont les représentants les plus célèbres sont les Indo-Américains Homi Bhabha et Gayatri Chakravorty Spivak. Par ailleurs, une autre artiste, Mary Wigman, s’inspire de la musique indianocéanique pour danser sur un rythme de percussions très saccadé. Un concept nouveau va donc faire son apparition : il s’agit de la danse d’expression ou l’ « Ausdruckstanz ». Nous retrouvons également l’art indianocéanique dans la littérature allemande. Citons Hermann Hesse qui fait référence à la méditation, en passant par quelques enseignements de Bouddha, dans son œuvre « Siddhartha », ou encore un philosophe allemand, Hermann von Keyserling, qui découvre les vertus du yoga, et ses variantes, lors de son tour du monde en 1911 et les rapporte dans son « Journal de voyage d’un philosophe ». L’art indianocéanique, pratiqué par les artistes occidentaux conduit donc à une nouvelle quête, celle de soi, de sa propre personnalité et une recherche de sa propre identité à travers l’exploration du mouvement.En passant par l’analyse linguistique des différents aspects langagiers, notre projet a pour objectif de définir et d’unir deux cultures, la culture occidentale et la culture indianocéanique. Cette dernière est une base solide sur laquelle le mouvement de « Réforme de la Vie » peut s’appuyer pour défendre ses convictions et développer ses idées.Thèmes : - Définition de « Lebensreform » (réforme de la vie) : exploration de nouveaux concepts- Les différentes manifestations de l’influence de l’Inde artistique et spirituelle dans la civilisation occidentale : Diffusion des traditions indiennes à travers les différentes pratiques corporelles de l’art


  • Résumé

    Indien en Europe- Trouver le lien qui unit l’art indien (danse, yoga, théâtre, cinéma, cultes) et les mouvements de réforme de la vie dans les pays de langue allemande : langages du corps, expressions dans les gestes, signification des paroles (mots, expressions, cris, chants). Notions de « mimesis », « poiésis » et « deixis »- Les « Künstlerkolonien » (colonies d’artistes), comme le Monte Verità, et les traditions corporelles indiennes : description (formation, objectifs), isolement, énergie du groupe, synergie, vivre en collectif (interaction et intercompréhension), quête intérieure à travers le mouvement, dépassement des limites du code social, « Labanotation »- Les aspects fondamentaux de l’ « Ausdruckstanz » (danse expressionniste)- Ruth Saint Denis et Rabindranath Tagore : de la poésie à la danse- Arts performatifs et modernité- Les « Gartenstädte » (cités-jardins) en Allemagne et l’expérimentation d’autres formes de vie collective : Hellerau à Dresde- L’art indianocéanique : de nouveaux modes de signifier - Approche de l’art indianocéanique dans la littérature occidentale à travers l’analyse littéraire d’articles et d’œuvres :• Article « La danseuse incomparable » de Hugo von Hofmannsthal• « Siddhartha » de Hermann Hesse• « Le Journal de voyage d’un philosophe » (« Das Reisetagebuch eines Philosophen ») de Hermann von Keyserling• « Les Têtes interverties – Légende hindoue » (« Die vertauschten Köpfe – Eine indische Legende ») de Thomas Mann