Le concept de République chez LAROUSSE : un concept politique et institutionnel idéalise

par Philippe Balvay

Projet de thèse en Droit privé

Sous la direction de Jean-Michel Poughon.

Thèses en préparation à Strasbourg , dans le cadre de École doctorale Droit, science politique et histoire (Strasbourg) depuis le 17-10-2011 .


  • Résumé

    Jamais le réel ne supporte la comparaison avec l'idéal. Dans la pratique démocratique, l'idéal de l'agora est l'exemple souvent cité comme acmé. En revanche, dans le cas qui nous intéresse, comment évoluer de l'imaginaire démocratique vers une pratique républicaine juste et égalitaire? Comment démontrer ce long processus de conciliation théorique et pratique entre le principe de souveraineté du peuple et le principe de représentation? Pas évident, sans renier ses principes républicains. Pierre Larousse est un démocrate, mais il n'est pas favorable à la démocratie "directe" suite à l'élection du prince-président. Son idéal républicain repose sur un pouvoir impersonnel, exercé par une assemblée. Il prend parti pour "l'amendement Grévy", mais cet amendement est repoussé lors des débats relatifs à l'élaboration de la Constitution de 1848, et avec lui, le refus de légitimer le pouvoir d'une seule personne au-dessus de tout. Ce que confirme, Gustave Lefrançais alors jeune instituteur sur les barricades en juin 1848, dans ses souvenirs d'un révolutionnaire: " 'Le sort en est jeté!' a dit en latin M. de Lamartine... et nous voilà avec un prince-président. En vain, une trentaine de députés, fidèles à leurs convictions -parmi lesquels Proudhon et Pierre Leroux-, se sont élevés avec énergie contre l'institution d'une présidence lors de la discussion de la Constitution proclamée le 3 novembre. En vain le citoyen Grévy a indiqué les dangers que pourrait faire courir, en cas de conflit, une magistrature élue par l'universalité du corps électoral, étant donné nos préjugés monarchiques; la majorité a passé outre, sans doute à cause même de cette éventualité. En conséquence le 10 décembre, le peuple souverain s'est donné un nouveau maître en la personne de Louis-Napoléon Bonaparte". Néanmoins, plus encore que l'amendement Grévy, l'amendement Thouret traduit une crainte spécifiquement dirigée contre Louis-Napoléon Bonaparte : le député y réclame en effet que soient exclus de la présidence les membres des familles ayant régné sur la France. L'enjeu est vital, la fondation d'un nouveau pacte social, mais : " [...] La mort de la République, les républicains mitraillés, déportés ou proscrits, vingt ans de despotisme, et, au bout, l'invasion, voilà ce qui était au fond de l'élection du président par le peuple." Grand Dictionnaire universel, article (Lamartine). En matière institutionnelle, il soutient une démocratie vivante par le refus de la fonction présidentielle, l'annualité du Parlement, la révocabilité des juges, pour se limiter à trois exemples. Dans les articles consacrés aux Républiques anciennes de son Dictionnaire universel, il écrit ce qu'il ne veut pas comme concept de République. Une République de classes qui ne donne pas la liberté et l'égalité à tous : "[...] Nous avons vu, à Sparte, le tableau d'une république essentiellement aristocratique, militaire, gouvernée souverainement par une caste fermée, s'amoindrissant de plus en plus jusqu'à n'être qu'une oligarchie dans le sens le plus étroit du mot" République (Sparte), et de poursuivre : " [...] La constitution de Sparte, cette espèce de république de Platon en exercice, a fait son temps, et, malgré le style si clair, si net, si élégant, de Xénophon, nous ne nous sentons nulle disposition pour revenir au brouet noir" (La Constitution de Sparte). Il se prononce en faveur d'institutions très simples: une Assemblée élue au suffrage universel, un Président élu par elle et responsable devant elle. En matière politique, il ne pense pas que le libéralisme apporte la démocratie. Cet admirateur de Proudhon donne un sens précis à la spécification de radical-socialiste. Pierre Larousse a bien perçu le lien entre République et liberté "[...] Telle est la logique invincible qui conduit à la république tous les partisans sincères de la liberté [...], cette liberté nécessaire, vraie base de l'ordre social, n'a pas toujours été sagement défendue, ni même nettement définie." (article liberté), mais il laisse matière à réflexion sur le lien entre République et nation.


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