Les Romans en images sans paroles de Frans Masereel

par Samuel Degardin

Thèse de doctorat en Histoire de l'art

Sous la direction de François Robichon.

Thèses en préparation à Lille 3 , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'homme et de la société (Villeneuve d'Ascq, Nord) depuis le 01-10-2011 .


  • Résumé

    En 1918, Frans Masereel fait paraître à compte d’auteur 25 Images de la passion d’un homme. Si l’on trouve dès ce premier roman en images sans paroles composé de bois gravés les thèmes de prédilection de l’artiste belge – la ville dévoreuse d’hommes, la lutte des classes et l’incommunicabilité entre les deux sexes –, l’originalité du livre ne réside pas tant sur le fond – un idéaliste qui meurt pour ses idées – que sur sa forme : un récit en images sans légendes ni textes. Encouragé par l’accueil réservé à ce premier roman en images sans paroles, Masereel inaugure un cycle de livres en gravures sur bois remarquables par leur inventivité narrative et leur innovation plastique – de Mon Livre d’heures à Du Noir au blanc. Ces suites gravées d’un genre nouveau furent surtout remarquées en leur temps par les écrivains de la Mitteleuropa (Max Brod, Hermann Hesse, Stefan Zweig) qui voyaient en ces récits muets non seulement une œuvre novatrice, mais surtout une littérature sans verbe capable de traduire en images un monde à jamais marqué par la guerre. Bavard par nature, le roman chez Masereel ne s’embarrasse pas de la béquille d’un langage écrit, codifié, mais d’un langage universel reposant sur une succession d’images gravées dans le bois. Le récit masereelien ne nécessite donc pas les services d’un traducteur. Peintre de mœurs, son œuvre au noir stigmatise le capital et ses croupiers, la roue de l’infortune qui touche le prolétariat et cet instinct de mort qui conduira bientôt l’Europe vers le chaos.

  • Titre traduit

    The Wordless Graphic Novels of Frans Masereel


  • Résumé

    In 1918, Frans Masereel got 25 Images de la passion d’un homme [25 Images of a Man’s Passion] published at his own expense. We recognise in this first wordless graphic novel made with woodcut prints the themes that were dear to the Belgian artist: the city that chews up men, class struggle, the impossibility of true communication between genders. But what makes the book original is not so much its substance – an idealist who gives up his life in the name of his ideas – as its form: a caption-free, text-free narrative. Masereel, invigorated by the positive reception of his first wordless graphic novel, started a series of books made out of wood engravings whose narrative creativity and formal audacity set them apart from the rest – from Mon Livre d’heures [My Book of Hours] to Du noir au blanc [From Black to White]. Those series of engravings of a new kind mostly drew the attention of Mitteleuropa writers then (Max Brod, Hermann Hesse, Stefan Zweig), who saw in those still narratives not only a ground-breaking work, but also a wordless literature that could translate into images a world that had been forever changed by the experience of the war. Masereel’s novel is chatty by nature, but it does away with the crutch of a written, codified language, and instead turns towards a universal language whose existence is defined by a series of pictures engraved in wood. His narrative does not require any kind of translation. Masereel is the painter of life; his black work stigmatises the capital and its agents, the cycle of misfortunes that the proletariat fell victim to, and the death instinct that was about to drag Europe into chaos.