Figures du mutisme dans le cinéma contemporain

par Louis Daubresse

Projet de thèse en Etudes cinématographiques et audiovisuelles

Sous la direction de Sylvie Rollet.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Arts & médias (2009-2015 ; Paris) depuis le 21-11-2011 .


  • Résumé

    On aurait pu croire que le cinéma ne saurait se passer de la parole, tant elle semblait régir son existence même … jusqu’à l’apparition de figures mutiques dans le cinéma dit narratif. Ces œuvres contemporaines semblent faire acte de rébellion contre le langage verbal. Y émerge une dimension de l’ordre du mutisme. Il sera donc nécessaire d’étudier de près les façons dont le langage nous élabore et nous structure, avant de nous interroger sur sa disparition dans certaines des œuvres que nous offre le cinéma contemporain. Traduisant l’absence de parole, le mutisme peut relever d’un geste de refus consenti ou d’une impossibilité psychologique. L’analyse des films pourra donc être éclairée par les recherches cliniques (sur l’aphasie, l’aphonie, voire l’autisme), sociologiques (sur la distribution sociale de la parole) et anthropologiques (l’ensemble des sociétés et des cultures ne valorisant pas la parole de la même façon). Dans le cinéma contemporain, le mutisme apparaît sous plusieurs formes. Il est même pluriel. Le mutisme y apparaît selon différents dispositifs (personnages, séquences ou films dépourvus de paroles, voire même de sons), qui devront être étudiés selon leur spécificité. Hasard ou coïncidence, plusieurs de ces cinéastes viennent d’Europe de l’Est (Tarkovski, Angelopoulos, Bartas et Tarr). Retour vers la non-parole à l’origine de l’homme ou projection vers un temps post-catastrophique où la parole n’aurait plus de sens ? Y aurait-il une dimension historico-critique du silence ? Dans ces œuvres, auxquelles on pourrait encore ajouter celle du Portugais Pedro Costa, du Taïwanais Tsai Ming-liang ou encore de l’Américain Gus Van Sant, le mutisme produit et organise un système de sensations nouvelles. Le spectateur se montre plus attentif aux informations visuelles et acoustiques qui pallient la disparition de la parole. Le mutisme agit directement sur le rythme du film, ajoutant à l’impression de durée, induisant un effet de dilatation temporelle, jusqu’à atteindre une forme d’atemporalité. De la même façon, il peut participer d’une esthétique de l’ennui, voire même de la vacuité. Une présence invisible à l’intérieur même de ces films semble pouvoir enfin être vue, écouté et révélée. Il conviendra, évidemment, au-delà de la question du mutisme, d’aborder celle, plus large, du silence. En effet, le mutisme, c’est le silence des personnages, non celui du film. Le silence n’implique pas l’absence de sons, il est lui-même un son.


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