La crise de l'Etat de Californie dans les années 2000 : enjeux institutionnels et choix politiques dans un contexte économique perturbé

par Cyrielle Pardanaud

Thèse de doctorat en Etudes anglophones

Sous la direction de Martine Azuelos.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Études anglophones, germanophones, et européennes (2009-.... ; Paris) , en partenariat avec Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris) (établissement de préparation) et de Centre de Recherche sur les Mondes Anglophones (Paris) (equipe de recherche) depuis le 11-11-2011 .


  • Résumé

    Ce travail tente de mettre en lumière les raisons, tant institutionnelles que politiques, à l’origine de la sévérité et de la longueur des crises qui marquèrent la Californie pendant les années 2000. Après plusieurs années d’une croissance économique exponentielle dégageant un excédent budgétaire confortable, le Golden State dut faire face à plusieurs crises de manière consécutive. La première résulta de l’éclatement de la bulle internet en 2000, rapidement suivie d’une crise du système de production et d’approvisionnement de l’électricité due à sa déréglementation ratée. C’est également à cette période que l’Etat de Californie dut faire face à un déficit budgétaire grandissant qui ne se résorba qu’au début des années 2010. Enfin, l’éclatement de la bulle immobilière et la crise des subprime loans qui se déclencha en 2007 marquèrent à nouveau le début d’une période troublée, la Grande Récession culminant en 2009 dans cet Etat. Il a été observé que les conséquences de ces crises furent particulièrement sévères en Californie, et la thèse se propose d’en explorer les raisons. Elle met en avant la diversité d’intérêts très marquée qui se manifeste dans cet Etat du fait de sa taille, de sa structure économique et de la composition socio-ethnique de sa population. Cette diversité a pour conséquence de complexifier et de ralentir les prises de décision politiques, et parfois même de représenter ces intérêts de manière inégale. En outre, le clivage entre partis politiques est très marqué et même exacerbé en période de récession, ce qui conduisit à des impasses législatives qui, au cours des années 2000, empêchèrent les élus de résoudre les crises de manière prompte et efficace. De plus, la centralisation du pouvoir étatique au détriment de celui des collectivités territoriales constitua également un frein à la gestion des crises. Si la démocratie directe semble fonctionner et permettre aux citoyens de palier l’immobilisme législatif, il apparaît toutefois que certaines propositions adoptées par le biais du système référendaire ont eu des conséquences inattendues, et qui affectèrent notamment la capacité des élus à adapter les dépenses et les recettes en période de crise. En effet, la volatilité structurelle de la fiscalité californienne tend à être exacerbée lorsque l’économie se contracte, ce qui est difficile à compenser dans un Etat où il n’existe pas de taxe sur les services et où la majorité des deux-tiers est requise pour tout amendement du code des impôts. Enfin, plusieurs décisions politiques, parfois en faveur de certains lobbies et au détriment de l’intérêt général, peuvent être mises en cause. Il apparaît donc que la combinaison de ces faiblesses institutionnelles et politiques contribua à la sévérité des crises rencontrées par le Golden State au cours de la première décennie du XXIe siècle.

  • Titre traduit

    The Crisis of the State of California in the First Decade of the 21st Century : institutional Challenges and Political Choices in a Troubled Economic Environment


  • Résumé

    This dissertation focuses on the institutional and political reasons behind the severity and length of the crises that the State of California went through during the first decade of the 2000s. After several years of economic growth that generated significant budget surpluses, several crises hit the Golden State. The first started after the bursting of the dotcom bubble in 2000 and was directly followed by a power crisis resulting from a failed deregulation of the supply chain system. This coincided with the beginning of an era of budget deficits that would last for a decade. Finally, this time period had seen the worst crisis since the 1930s: the Great Recession that originated from the bursting of a housing bubble in 2007 and was followed by a global financial crisis that culminated in the Golden State in the year 2009. The consequences of these crises were particularly severe in California and this dissertation aims at identifying the reasons accounting for this severity. It first stresses that the significant diversity of interests that comes from the state’s size, its economic structure and its socio-ethnic profile slows down political decision-making and increases its complexity. It can even result in an unequal representation of those interests. In addition, political partisanship is very high, and recession periods tend to increase this divide. This is one of the reasons behind the political and budget gridlocks of the 2000s that prevented legislators from promptly and efficiently dealing with the consequences of the recessions. Handling these consequences was also made difficult by the shift in power from local governments to the state, resulting in a slowing down of the decision-making process as well as in a shortage of funds. Besides, even though direct democracy has proved efficient in allowing citizens to circumvent gridlocks, it appears that a few propositions adopted through the initiative process have had unintended negative consequences like limiting the ability of elected officials to adjust revenues and expenditures in a timely manner. Indeed, the volatility of the California tax structure tends to be exacerbated when the economy takes a hit. This volatility is rather hard to offset both because the state does not tax services and a two-thirds majority vote is required to amend the tax code. Finally, several political decisions can be questioned, sometimes because they were made in favor of special interest groups while being detrimental to the public good. We conclude that the severity of the crises the Golden State went through during the 2000s results from a combination of both institutional and political weaknesses.