La France et la crise des euromissiles, 1977-1987

par Ilaria Parisi

Thèse de doctorat en Histoire moderne et contemporaine

Sous la direction de Frédéric Bozo.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Études anglophones, germanophones, et européennes (2009-.... ; Paris) , en partenariat avec Université de la Sorbonne Nouvelle (Paris) (établissement de préparation) et de Équipe de recherche Intégration dans l'espace européen (Paris) (equipe de recherche) depuis le 06-09-2011 .


  • Résumé

    La crise des euromissiles trouve son origine en octobre 1977, lorsque le chancelier allemand Helmut Schmidt exprime son inquiétude face à l’aggravation du déséquilibre militaire en Europe, consécutive au déploiement des missiles soviétiques de moyenne portée SS-20. Plus précis que les systèmes qu’ils remplacent et dotés de têtes nucléaires multiples, les SS-20 pourraient neutraliser la mise en œuvre de l’escalade nucléaire de l’OTAN. Qui plus est, les armes de moyenne portée de l’organisation militaire intégrée versent dans un état d’obsolescence. La question qui se pose est de ce fait celle de savoir quelles sont les garanties sécuritaires que les Américains offrent à l’Europe, alors que la parité stratégique, bientôt consacrée par le traité SALT II, rend improbable l’engagement de la dissuasion centrale américaine en faveur du Vieux Continent. La montée de la menace soviétique et la méfiance européenne vis-à-vis de la protection militaire américaine sont alors les deux éléments au centre du débat atlantique qui caractérise la décennie 1977-1987 et qui se conclut par le traité de Washington, sanctionnant l’élimination de toutes les armes nucléaires soviétiques et américaines de moyenne portée d’Europe. Cette situation risque d’affecter la France pour deux raisons. Tout d’abord, l’aggravation du déséquilibre militaire engendré par les SS-20 confèrerait à Moscou un droit de véto sur toute évolution politique future du continent, que cela ait trait à la construction européenne ou à la résolution de la question allemande. Deux dossiers sur lesquels Paris n’accepte pas d’être marginalisé. Ensuite, la manifestation d’une méfiance européenne vis-à-vis de l’engagement américain en Europe semble amener certains alliés, la RFA au premier chef, à chercher un équilibre militaire propre au continent européen. Or, loin de garantir plus de sécurité, un équilibre « eurostratégique » n’aurait pour conséquence que d’éloigner la dissuasion américaine d’Europe ; en outre, il finirait par imposer des limitations aux forces nucléaires des puissances nucléaires tierces comme la France. Dès lors, la crise des euromissiles concerne la France dans la mesure où sa politique d’indépendance et sa politique de défense risquent d’être mises à mal par les évolutions du débat atlantique à propos de la sécurité de l’Europe, qui constitue l’environnement stratégique dans lequel Paris inscrit sa propre sécurité.

  • Titre traduit

    France and the Euromissile crisis, 1977-1987


  • Résumé

    The origins of the Euromissile crisis date back to October 1977, when Helmut Schmidt publicly expressed his anxieties about the nuclear imbalance in Europe, following the deployment of the Soviet SS-20 missiles. The new Soviet system was more accurate than its predecessors and equipped with three nuclear warheads. NATO’s aging nuclear medium-range missiles could not match the Soviet technology and NATO’s nuclear escalation strategy proved weakened. At a time when SALT II fixed a rough strategic nuclear parity between the Soviet Union and the United States, Europe wondered whether the American extended deterrence was still reliable. The increasing Soviet threat and the deepening European defiance vis-à-vis the American military protection were the two central elements of the Euromissile crisis, which lasted until 1987, when the Washington treaty sanctioned the elimination of all Soviet and American medium-range nuclear forces in Europe. The French concern about the Euromissile crisis was twofold. Firstly, Moscow might profit from its military superiority in Europe in order to extend its influence over the Western part of the continent. As a consequence, the Soviet Union might acquire a veto over any European political development, for example as regards the European integration process or the resolution of the German question, issues on which France was eager to play a major role. Secondly, the European distrust towards the American military protection could lead to the establishment of a “eurostrategic” balance, or a balance between the Soviet and the American nuclear weapons in Europe. This would definitely have weakened the value of the American extended nuclear deterrence in Europe, but also in due course included third country nuclear forces into the military European balance as a part of the Western military effort. In this case, France would be deprived of a major element of her defense policy. As a consequence, France got involved in the Euromissiles crisis to preserve her strategic environment from any Soviet European ambition and to defend her policy of national independence from any attempt to diminish her military force at a time of increased East-West confrontation.