Les grèves de 1963 : origines, enjeux, stratégies et bilans dans le secteur industriel alsace mosellan

par Sylvain Cothias

Projet de thèse en Histoire moderne et contemporaine

Sous la direction de Nicolas Bourguinat.

Thèses en préparation à Strasbourg , dans le cadre de École doctorale Sciences humaines et sociales – Perspectives européennes (Strasbourg) depuis le 20-10-2011 .


  • Résumé

    1963 est marquée en France par des grèves inattendues, qui surgissent dans un climat économique, politique et social a priori serein. En effet, la guerre d’Algérie est désormais terminée, les institutions de la Ve République ancrées ; quant à l'économie française, elle affiche des résultats qui invitent à l’optimisme. Cependant, en dépit de ce climat, 1963 marque le grand retour des revendications ouvrières dans plusieurs secteurs économiques. La grande grève des mineurs en est le symbole, de par sa durée. Mais d’autres secteurs d’activité se sont illustrés cette année-là, parmi lesquels ceux la métallurgie, le textile, la chimie… Ces travailleurs ont tous, à des degrés divers, obtenus de nouveaux avantages sociaux. Rappelons aussi que ces événements ont motivé une réforme du droit de grève et que jusqu’à présent, ils ont peu intéressé les chercheurs.Par ailleurs, l’ensemble de ces mouvements sociaux est révélateur des nombreuses évolutions économiques, sociales et juridiques de la société française des années soixante. Sur un plan économique d’abord, les enjeux soulevés par ces conflits du travail mettent en relief les contradictions d’un appareil productif français dual, dans lequel s’opposent des secteurs en retrait et dynamiques. Par ailleurs, sur le plan des politiques économiques, les logiques budgétaires tendent à se substituer aux logiques productives. Sur un plan juridique enfin, la législation du travail se libéralise tandis que les avancées sociales se gagnent davantage sur le terrain de la compétitivité que sur celui de la dignité professionnelle. Toujours est-il que ces évolutions économiques et juridiques se doublent de conséquences sociales aux déclinaisons nationales et régionales, comme en témoignent l’engagement renouvelé de l’Église sur les questions ouvrières, les représentations modifiées des catégories «cadres», les évolutions de l’action syndicale et collective. Ce projet de recherche vise donc une étude de cette année de mouvements sociaux dans le secteur industriel en Alsaco-mosellan, une étude qui permette de saisir les points de vue et stratégies de l’ensemble des acteurs y participant. En déplaçant d’abord le paradigme de l'étude de ces grèves, de la corporation minière à l'ensemble du secteur industriel, il s'agit de faciliter l’utilisation des méthodes comparatistes entre branches industrielles. Nous espérons ainsi dépasser la lecture dominante et « corporatiste » de ce conflit qui pose bien des questions sur la société française des années soixante. En second lieu, le choix d’un espace Alsaco-mosellan permettra d’examiner cette année de conflits sociaux à la lumière croisée de sources nationales et locales. Leur croisement permettra d’abord de jauger les évènements sur plusieurs échelles, mais il doit également nous permettre d’identifier les groupes sociaux engagés dans les évènements, leurs réseaux, ainsi que les interactions qu’ils développent sur un terrain délimité. À ce titre, l’espace «Alsace-Moselle» présente une grande cohérence. Sur un plan économique en effet, ce territoire constitue un des poumons industriels et économiques français. Ensemble, ces deux régions entretiennent une filière industrielle cohérente et complémentaire, extractive et lourde côté lorrain, l'Alsace disposant quant à elle de davantage d’industries de transformation.Délimiter ainsi cet espace autorise également une étude fine des formes de mobilisation, discours et actions dans une perspective à la fois spatiale et diachronique ; une analyse qui sera fonction également des multiples acteurs de ces conflits et qui tentera de caractériser leurs stratégies dans leurs singularités, complémentarités ou oppositions.Ce sont les très nombreuses sources relatives à ces évènements — entrepreneuriales, syndicales, administratives, associatives, journalistiques… — , ainsi que l’enregistrement d’entretiens réalisés avec les témoins de ces évènements, qui autorise cette recherche d’Histoire ouvrière et du temps présent.


  • Pas de résumé disponible.