La place de la littérature Politique du discours littéraire dans les Corées libérées (1945-1950)

par Benoît Berthelier

Projet de thèse en Littératures et civilisations

Sous la direction de Patrick Maurus.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Langues, littératures et sociétés du monde (Paris) , en partenariat avec Institut national des langues et civilisations orientales (Paris) (établissement de préparation) depuis le 01-10-2011 .


  • Résumé

    Le 15 août 1945, la Corée est libérée de l’occupation coloniale japonaise. La Corée est libérée, mais la Corée est morcelée. La péninsule coréenne est divisée en deux zones d’occupations rivales, soviétique au Nord et américaine au Sud, tandis que plus d’un cinquième de sa population se trouve dispersée dans les anciennes provinces de l’Empire japonais. Analysant des textes de Corée du Nord, de Corée du Sud et des diasporas coréennes, cette thèse s’interroge sur la place de la littérature dans la situation de fragmentation politique, géographique et sociale de la Libération. Cette place est d’abord une prise de position dans un espace littéraire mondial structuré par le nouvel ordre géopolitique de la Guerre Froide. Pour exister sur la carte de la littérature monde les écrivains coréens se positionnent par rapport aux différents pôles littéraires internationaux, de la « République populaire des lettres » reliant les littératures socialistes à la littérature occidentale et son canon aux prétentions universelles en passant par la scène littéraire japonaise héritière de l’ancien champ pan-asiatique de l’Empire. Mais la place de la littérature est aussi une place sociale. Les bouleversements politiques induits par la Libération appellent à redéfinir les lieux d’exercice légitime de la parole littéraire. À la fois au cœur et au-dessus des masses au Nord, local et étranger dans la diaspora, apolitique et partisan au Sud, national et divisé partout, c’est dans une localisation paradoxale, une impossible appartenance que se constitue le discours littéraire dans les Corées libérées.


  • Résumé

    On August 15th 1945, Korea is liberated from Japanese colonial rule. Korea is liberated, yet Korea is fragmented. The Korean peninsula is divided between two concurrent occupation zones, American in the South and Soviet in the North, while over a fifth of its population is spread across the former provinces of the Japanese Empire. Through a reading of texts from North Korea, South Korea and the Korean diaspora, this dissertation questions the place of literature in this context of political, geographical and social division. This place is first a position within a global literary space structured by the geopolitical order of the early Cold War. To claim a spot on the map of world literature, Korean writers position themselves towards different international literary metropolises, from the “People’s republic of letters” linking socialist literatures to Western literature and its professedly universal canon or the Japanese literary scene and its ambitions of rebuilding the old imperial project of a pan-Asiatic field. But literature’s place is also social. The political upheavals of Liberation led to a redefinition of the realm of legitimate literary speech and its location. Both among and above the masses in the North, local and foreign in the diaspora, apolitical and partisan in the South, national yet divided everywhere, it is in a paradoxical locus, an impossible space of both belonging and alienation that literary discourse reconstitutes itself in the liberated Koreas.