Paris au-delà de Paris. Urbanisation et révolution dans l'outre-octroi populaire, 1789-1860

par Alexandre Frondizi

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Jean-François Chanet et de Florence Bourillon.

Thèses en préparation à Paris, Institut d'études politiques , dans le cadre de École doctorale de Sciences Po (Paris) depuis le 01-10-2010 .


  • Résumé

    Cette recherche entend revisiter l’histoire du Paris populaire du XIXe siècle par une appréhension locale et grand-parisienne des rapports entre urbanisation et révolution. L’exploration du cas de la fabrique socio-politique du quartier chapello-montmartrois de la butte des Moulins montre comment, en s’appuyant parfois illégalement sur des réformes fiscales, territoriales, foncières et financières de la fin du siècle précédent, des Parisiens de naissance et d’adoption construisent à partir des années 1820 la capitale des révolutions également hors de ses limites administratives. Tout en érigeant cet espace social en quartier d’une République insurgeante grand-parisienne, l’année 1848 révèle que, au lieu d’exprimer la longue crise d’une ville atone face à son impressionnante croissance démographique, les journées de Juin manifestent le succès d’une révolution urbaine silencieuse. Le succès d’une urbanisation qui, par la voie inédite des lotissements populaires par lesquels, avec la complicité puis le soutien des autorités locales, des promoteurs projettent efficacement leur ville au-delà d’elle-même, permet à une multitude de familles et d’individus d’origine majoritairement ouvrière de se loger à moindre coût dans des immeubles que des lotis au profil social similaire élèvent sur les terrains notamment acquis grâce au dynamique marché du crédit immobilier interpersonnel. En barricadant leur quartier et en descendant dans la vieille ville pour défendre avec leurs frères de l’intra-muros l’idéal de démocratie sociale de proximité qu’ils investissent dans les institutions républicaines localistes, ces Parisiens de l’outre-octroi transforment dès 1848 la butte des Moulins en l’un des Aventins de leur agglomération. L’analyse multiscalaire des pratiques et des itinéraires socio-spatiaux des bâtisseurs du quartier dévoile en définitive la précocité de la formation d’un Grand Paris populaire dont les voisins de certaines de ses marges urbaines n’attendent point les effets ségrégatifs de l’haussmannisation pour revendiquer leur appartenance à la capitale des révolutions.

  • Titre traduit

    Paris Beyond Paris. Urbanization and Revolution in a Popular Suburb, 1789-1860


  • Résumé

    This dissertation seeks to revisit Parisian popular history in the 19th century through a local and greater Parisian understanding of the relationship between urbanization and revolution. The exploration of the case of the socio-political construction of the suburban neighborhood of the butte des Moulins shows how, after the 1820s, Parisians of birth and adoption built the capital of revolutions outside of its administrative limits. While 1848 established this social space as a neighborhood of an insurgent greater-Parisian Republic, it also revealed that instead of expressing the long crisis of a city that was apathetic when facing its impressive demographic growth, the Days of June manifested the success of a silent urban revolution. The success of an urbanization that occurred through the unprecedented channel of popular subdivisions where real estate promoters projected their city beyond the city wall with the complicity and then the support of local authorities. This allowed a multitude of mostly working-class families and individuals to find cheaper housing than buyers with a similar social profile built on the lots acquired through the interpersonal mortgage market. In 1848, these suburban Parisians barricaded their neighborhood and descended into the old city to defend with their brothers the social democratic ideal of proximity that they gave to republican institutions, thus transforming the butte des Moulins into one of the Aventine hills of their city. The multi-scale analysis of the practices and socio-spatial itineraries of the builders of this neighborhood reveals the precocity of the formation of a popular Greater Paris, where the residents of certain urban margins did not wait for the segregative effects of Haussmanization to claim their belonging to the capital of revolutions.