Transmission du savoir-être au jeune enfant inuit, parole et silence en milieux institutionnels, Nunavik, Arctique québécois

par Ariane Benoît

Projet de thèse en Anthropologie, ethnologie

Sous la direction de Michèle Therrien.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Langues, littératures et sociétés du monde (Paris) , en partenariat avec Institut national des langues et civilisations orientales (Paris) (établissement de préparation) depuis le 01-10-2011 .


  • Résumé

    Le savoir-être inuit comporte un ensemble de valeurs et d’aptitudes associées à la notion silatuniq. Selon Betsy Annahatak, spécialiste en éducation, elle se définit comme « une façon d’être respectueuse ou sage envers tout ce que l'on peut rencontrer, ou tout ce avec quoi l'on peut interagir dans le monde ». Au Nunavik, la transmission de ce savoir continue d’opérer malgré les nombreux obstacles conséquents à la période d’assimilation et les défis actuels à relever dans le cadre d’une politique de réappropriation et de réconciliation. Cette recherche transdisciplinaire s’intéresse à la transmission du savoir-être au jeune enfant âgé de zéro à cinq ans. Elle étudie les procédés par lesquels ce savoir est manifesté en mettant en relation la conception inuit de l’enfance, les modalités d’usage des canaux de communication verbale et non verbale et le système de valeurs inuit. Le développement de l’autonomie et de l’attention portée à l’autre a fait l’objet d’une analyse détaillée. De 2012 à 2015, un travail ethnographique fut mené dans les Centres de la petite enfance et les établissements médicaux de Kuujjuaraapik et de Kuujjuaq. La première partie présente les espaces à l’intérieur desquels le jeune enfant échange et les interactants humains et non-humains qui les occupent. Elle montre que silatuniq implique de soigner la qualité des relations entre toutes les personnes et les êtres vivants présents dans le cercle familial nucléaire et élargi, les institutions éducatives et médicales, le village et le territoire, car ils exercent un rôle déterminant dans le développement de l’enfant. La deuxième partie fait état des différents stades de développement physique et psychologique de l’état fœtal à la fin de la période de la jeune enfance eu égard aux procédés d’acquisition du langage et des normes sociales inuit. Cette présentation a permis d’appréhender ce que parler ou être silencieux suggèrent dans le processus d’acquisition du savoir-être. La troisième partie restitue les données ethnographiques et offre une analyse détaillée de plusieurs interactions observées dans le contexte pluriculturel et plurilingue opérant au Nunavik. Elle montre que la parole circonspecte, la variété des tonalités vocales et les ressources du silence sont exploités dans le but d’accompagner l’enfant vers silatuniq. Enfin, les apports fondamentaux du savoir inuit en éducation ont été soulignés à la lumière des recherches effectuées en psychologie humaniste et de quelques courants éducatifs se réclamant d’une approche globale et de méthodes fondées sur l’apprentissage par l’expérience.


  • Résumé

    Inuit wisdom includes a set of values related to silatuniq. According to Betsy Annahatak, specialist in education, this notion is defined as ˮa mode of being respectful or wise towards all that one encounters or interacts with in the worldˮ. In Nunavik, this knowledge continues to be transmitted in spite of numerous obstacles following the period of assimilation and the ongoing challenges met within the framework of a reappropriation and reconcilation policy. This transdisciplinary research focuses on Inuit values transmission to young children up to the age of 5. This process is studied by relating the Inuit concept of education, verbal and non-verbal means of communication and Inuit system of values. Autonomy and caring for others are two skills analyzed in detail. From 2012 to 2015, an ethnographic work was conducted in Kuujjuaraapik and Kuujjuaq childcare centers and medical facilities. The first part introduces the spheres of interaction in which young children exchange. Human and non-human interactants inhabiting these places are also presented. It shows how silatuniq entails nurturing the relationship between all persons and living beings in the nuclear and extended family, the medical and educative institutions, the village and the land, as they play a distinct role in child development. Physical and psychological development stages from fetal state to the end of early childhood are described in the second part. This description is equated to the methods of acquiring Inuit language and social norms. It reveals how the action of speaking or being silent is embedded with the acquisition of Inuit values. The third part sets out the ethnographic data collected and provides a detailed analysis of interactions observed in the Nunavik pluricultural and plurinlingual environment. It shows how cautious use of spoken words, tone of voice variety and silence resources are used to guide children towards silatuniq. Finally, the contribution of Inuit knowledge in education is outlined and related to humanistic psychology and some educational movements, referring to a global approach and ʻlearning from experienceʻ methods.