Contingence et communauté. Kuki Shûzô, philosophe japonais

par Simon Ebersolt

Thèse de doctorat en Philosophie (métaphysique, épistémologie, esthétique)

Sous la direction de Emmanuel Lozerand.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Langues, littératures et sociétés du monde (Paris) , en partenariat avec Institut national des langues et civilisations orientales (Paris) (établissement de préparation) depuis le 01-10-2011 .


  • Résumé

    Cette étude porte sur l’œuvre entière de Kuki Shûzô (1888-1941), non seulement sur sa pensée de la contingence, ses théories de la rime et du temps, son essai sur l’iki (idéal éthique et esthétique de l’époque d’Edo), mais aussi sur ses déclarations d’ordre politico-culturel sur l’ethnie (minzoku) et la guerre. Essai d’histoire de la philosophie japonaise, elle se propose de présenter et d’approfondir les dialogues que Kuki a entretenus, parfois directement, avec l’Europe philosophique de l’époque (notamment Bergson et la phénoménologie), mais aussi avec les philosophes japonais (notamment Watsuji et Tanabe) et un monde intellectuel plus large (le « mouvement pour la culture » de l’ère Taishô, les discussions sur la poésie japonaise, le débat sur la « littérature du hasard »), dialogues à partir desquels les concepts de Kuki ont émergé. Nous interprétons son œuvre en mettant en valeur une tension entre insistance sur le « concret donné » et logique de l’identité. Avancé par Kuki contre l’idée d’universel abstrait, le concret donné est incarné par plusieurs figures du « nous », du commun, qui se caractérisent par la différence avec autrui : l’ethnie, la coexistence intersubjective de l’iki, la rencontre contingente entre individus, dont nous donnons une interprétation phénoménologique. La logique de l’identité est présente dans l’idée d’identité ethnique, la métaphysique de l’éternel retour du même et la praxis de l’assimilation d’autrui dans l’identité du moi. Nous élucidons la manière dont Kuki systématise cette tension, ainsi que les conséquences de cette systématisation sur les questions éthique et politique de la communauté et des rapports entre individu, nation et monde.


  • Résumé

    This study focuses on Kuki Shûzô’s entire oeuvre: not only on his theories of contingency, rhyme, and time, and his essay on iki (the ethical and esthetical ideal of Edo period), but also on his cultural-political assertions on ethnic people (minzoku) and war. This essay on history of Japanese philosophy tries to present and develop dialogues that Kuki maintained, sometimes directly, with European philosophers of the time (in particular Bergson and the phenomenologists), but also Japanese philosophers (in particular Watsuji and Tanabe) as well as the broader intellectual world (the “movement of culturalism” of the Taisho era, debates on Japanese poetry and the “literature of contingency”). It was from these dialogues that Kuki’s concepts emerged. I interpret his oeuvre by emphasizing tensions between insistence on the “given concrete” and the principle of identity. Claimed by Kuki against the idea of an abstract universal, the given concrete is embodied by several figures of “we”, of the common, which are characterised by difference with others: ethnic people, intersubjective coexistence of iki, the contingent encounter between individuals, of which I give a phenomenological interpretation. Logic of identity is represented by the idea of ethnic identity, the metaphysics of eternal return of the same, and the praxis of assimilation of others in the identity of the “I”. I clarify the way Kuki systematizes this tension, as well as the consequences of this systematization on ethical and political problems of community and relationships between the individual, nation, and world.