La mise en place d’une diplomatie européenne dans le monde de l’après-guerre froide. Sa construction progressive à travers sa relation avec l’Asie.

par Jérome Hervieu

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Ludovic Tournes.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de Ecole doctorale Economie, organisations, société (Nanterre) , en partenariat avec ISP UMR 7220 (laboratoire) depuis le 14-11-2011 .


  • Résumé

    La fin de la guerre froide a donné aux Communautés européennes l’opportunité de s’affranchir de l’affrontement bipolaire qui l’avait cantonné pendant 40 ans à n’être qu’un enjeu entre les deux blocs. L’Europe, divisée entre Est et Ouest, était alors au centre de la guerre froide tandis que des régions devenues pour un temps périphériques, comme l’Afrique et l’Asie, se trouvaient plongées dans la décolonisation. Engendrant, ou restaurant, des États disputés par les deux blocs, elle sera parfois suivie de conflits ayant un impact durable sur les relations internationales. Le cas du Vietnam en est l’exemple même pour l’Asie qui se divisera en trois tendances, alignement sur l’URSS, sur le bloc soviétique ou une apparente neutralité. Les relations entre l’Europe et l’Asie pendant cette période seront donc assujetties aux impératifs de la guerre froide et de la lutte contre l’expansion communiste. Thème partagé par l’ASEAN et la CEE, il sera à l’origine d’un rapprochement entre les deux organisations régionales, mais il faudra attendre la chute du mur pour que la relation dépasse le cadre de la coopération économique. La CEE de 1957 avait pour objectif l’intégration économique, l’échec de la Communauté européenne de défense en 1954 malgré le succès de la CECA en 1951 ayant démontré les limites de la coopération politique. Les relations Europe Asie étaient donc le fait des États membres et, malgré la Coopération politique européenne qui cherchait à harmoniser les positions diplomatiques des membres, les caractéristiques de l’action extérieure de l’Europe communautaire restaient cantonnées à la politique commerciale et à l’aide au développement. C’est avec la Politique étrangère et de Sécurité Commune, deuxième pilier du traité de Maastricht, que l’Union européenne aura l’ambition d’instituer une véritable coopération dans le domaine diplomatique entre ses membres et donner ainsi à l’UE une représentation internationale. Mais lors de sa création, le contexte européen est marqué par la désintégration yougoslave et l’aide apportée aux pays d’Europe centrale et orientale. L’Asie est alors très loin des préoccupations européennes jusqu’en 1994 ou la Commission européenne présente « Vers une nouvelle stratégie asiatique », un document d’orientations stratégiques à destination du Conseil afin que l’UE dispose de lignes d’action claires, et surtout communes, gage d’une crédibilité indispensable face au renforcement de la présence américaine et chinoise dans la région. Il lui faudra cependant compter avec la diplomatie des États membres, l’ensemble formant cette diplomatie européenne caractérisée par une hybridité qui s’étend à la fois sur plusieurs niveaux, bilatéral, interrégional et multilatéral, mais aussi dans tous les domaines, économiques, politiques, culturels et, plus tard, sécuritaires. Dans les différents dialogues qui s’établiront entre les deux régions, comme les rapports avec l’ASEAN, l’établissement du dialogue ASEM (Asia Europe Meeting) ou les partenariats stratégiques, l’UE engage « sa » PESC en Asie. Si elle va se professionnaliser progressivement, c’est par les obstacles qu’elle devra surmonter. Quel est l’impact de la relation avec l’Asie sur cette diplomatie européenne complexe ? Quelle sera la réaction des États asiatiques ? Cette relation participe-t-elle à l’émergence d’une nouvelle pratique des relations internationales ?

  • Titre traduit

    The implementation of a common European diplomacy in the post-cold war world. A progressive build-up through its relationship with Asia.


  • Résumé

    Although its world view was entangled within the bipolar confrontation, various stages showed the will of the European Community to institute an embryo of common foreign policy in order to develop external policy at various levels. Marked by the failure of the European Defence Community in 1954, which will limit itself to an economic integration, Europe endure, like Asia, the impact of the cold war. Crystallizing the tensions in the two areas, it will have durable consequences both on the development of their world view and on the Europe/Asia relationship already disturbed by the reminiscences of colonization. In Asia, where the Korean War, the Bandung Conference, the sino-Indian rupture and the Indochinese question will shape the main lines of foreign policy for relevant stakeholders of the subject. In Europe, as the treaties which follow the collapse of the Berlin wall (Charte de Paris, the German Treaty), the assistance brought to the countries of central and eastern Europe or the Gulf War will lead to a further stage in the reflection on the common foreign policy, or the European identity. Just like Europe, the Asian region will benefit both from the relative fading of the two great powers and from a vivifying economic growth to regain a prime position on the international scene, yielded to Europe since the 18th century. Also, among the questions raised by the collapse of the Berlin wall, the relationship between the European Union and Asia represent one of the facets of a post-bipolar world oscillating between regionalization and globalisation. While the European Union acquires an economic stature which makes it impossible to circumvent, it gradually defines external objectives which form the framework of a foreign policy, wavering between bilateralism, transregionalism and multilateralism and which will extend well beyond economic relations and development assistance. After a reassessment of the Member States’ bilateral foreign policies, the European Commission will have, in 1994, the ambition to set up a “New Asian Strategy” with the aim to improve the visibility of the EU in the Asian region, both on the economic and diplomatic fronts. In 1992, it is towards the EU that India, engaged in a process of large-scale reform, turned to in order to sign important cooperation agreements, just like South Korea did in 1997 while the relations with Japan are older, Tokyo having been the first Asian country to open a representation in Brussels (1959). With Beijing, the relationship is marked by the events of Tiananmen and the issue of the arms sales embargo, but there are, on both sides, the desire to deepen the PRC/EU cooperation. Beyond the bilateral relations, the EU argues for the establishment of strong transregional relations, guarantor of an economic prosperity and a durable peace. Engaged since 1978 with the ASEAN, the Single European Act and the treaty of Maastricht will facilitate the development of the relations between two regional organizations who do not necessarily have the same world view of the post-cold war world, between “Western universalism” and “Asian relativism”. Blockages resulting from the Burmese or Eastern Timor questions will not prevent the development of Asia-Europe Meeting (ASEM) which will add another scale of dialog to the Europe-Asia relationship. The “strategic partnerships” established between the EU and Asian major players will supplement these relationships already marked by hybridization, contacts taking place also within the multilateral system, U.N and W.T.O. At the same time, the Asian region, a set of three “Asias” (South, South-east and North-east), performs a rapid evolution towards economic liberalisation and globalisation, two elements which may impact the “Asian values”, hence the attempt from Malaysia to form a regional grouping only composed of Asian countries, the East Asian Economic Caucus and the claims conveyed by certain Asian leaders. During this period, and in an institutional way since Maastricht and the implementation of the Common Foreign and Security Policy, the European Union establishes views and long-term objectives of foreign policy. What is the impact of the relationship with Asia, a key region of the post-cold war international stage, on the progressive framing of the EU foreign policy? What are the factors and elements involved in this process? Does this relation take part in the emergence of a newform of practice in international relations ?