La mise en place d’une diplomatie européenne dans le monde de l’après-guerre froide. Sa construction progressive à travers sa relation avec l’Asie.

par Jérome Hervieu

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Ludovic Tournes.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de Ecole doctorale Economie, organisations, société (Nanterre) , en partenariat avec ISP UMR 7220 (laboratoire) depuis le 14-11-2011 .


  • Résumé

    Bien que sa vision du monde fut prisonnière de l’affrontement bipolaire, différentes étapes ont marqué la volonté de la Communauté européenne d’instituer un embryon de politique étrangère commune afin de développer des relations extérieures à différents niveaux. Marquée par l’échec de la Communauté européenne de défense en 1954 qui la bornera longtemps à une intégration économique, l’Europe subit, comme l’Asie, l’impact de la guerre froide. Cristallisant les tensions dans les deux régions, elle aura des conséquences durables sur le développement de leur vision du monde et de la relation Europe/Asie déjà troublée par les souvenirs de la colonisation. En Asie où la Guerre de Corée, la conférence de Bandung, la rupture sino-indienne et la question indochinoise forgeront des lignes de politique étrangère des acteurs du sujet. En Europe ou les traités qui suivent la chute du mur (Charte de Paris, Traité de Moscou), l’assistance apportée aux pays d’Europe centrale et de l’est ou la guerre du Golfe conduiront à une nouvelle étape dans la réflexion sur la politique étrangère commune ou l’identité européenne. Tout comme l’Europe, la région asiatique va profiter à la fois de l’effacement relatif des deux grands et d’une croissance économique vivifiante pour reprendre une place de premier plan sur la scène internationale, cédée à l’Europe depuis le 18e siècle. Aussi, parmi les questions soulevées par la chute du mur, celle des relations entre l’Union européenne et l’Asie représente une des facettes d’un monde post-bipolaire oscillant entre régionalisation et mondialisation. Tandis que l’Union européenne acquiert une stature économique qui la rend incontournable, elle définit peu à peu des objectifs extérieurs qui forment l’ossature d’une politique étrangère louvoyant entre bilatéralisme, transrégionalisme et multilatéralisme et qui va s’étendre bien au-delà des relations économiques et de la simple aide au développement. Après une réévaluation des politiques étrangères bilatérales des États membres, la commission de l’UE aura pour ambition en 1994 de mettre en place une « New Asian Strategy » dans le but d’améliorer la visibilité de l’UE dans la région asiatique, à la fois sur le plan économique, mais aussi diplomatique. En 1992, c’est vers l’UE que s’est tournée une Inde en pleine réforme afin de signer d’importants accords de coopération, tout comme la Corée du Sud en 1997 tandis que les relations avec le Japon sont plus anciennes, Tokyo ayant été le premier pays asiatique à ouvrir une représentation à Bruxelles (1959). Avec Pékin, les relations sont marquées par les évènements de Tiananmen et la question de l’embargo sur les ventes d’armes, mais il existe de part et d’autre le souhait d’approfondir la coopération UE/RPC. Au-delà des relations bilatérales, l’UE milite pour l’établissement de relations transrégionales fortes, garant d’une prospérité économique et d’une paix durable. Engagées dès 1978 avec l’ASEAN, l’acte unique et le traité de Maastricht faciliteront le développement des relations entre deux organisations régionales n’ayant pas nécessairement la même vision du monde post-guerre froide, entre « Western universalism » et « Asian relativism ». Les blocages issus de la question birmane ou du Timor oriental n’empêcheront pas le développement de l’Asia Europe Meeting (ASEM) qui ajoutera une autre échelle de dialogue aux relations Europe-Asie La signature des « partenariats stratégiques » entre l’UE et les principaux acteurs asiatiques complétera des relations Europe-Asie déjà marquées par le métissage, des contacts ayant également lieu au sein du système multilatéral, onusien et commercial. Parallèlement, la région asiatique, composée des trois Asies (Sud, Sud-est et Nord-est), effectue une marche forcée vers le libéralisme économique et la globalisation, deux éléments qui peuvent mettre à mal une certaine vision des « valeurs asiatiques » d’où la tentative malaise de former un groupement régional uniquement composé de pays d’Asie, l’East Asian Economic Caucus et les revendications véhiculées par certains dirigeants asiatiques. Durant cette période, et de manière institutionnelle depuis Maastricht et la mise en place de la PESC, l’Union européenne définit des objectifs de politique extérieure. Quelle est l’influence de sa relation avec l’Asie, espace majeur de la scène internationale post-guerre froide, sur la définition progressive de la politique étrangère de l’Union européenne ? Quels sont les facteurs et éléments qui interviennent dans ce processus ? Cette relation participe-t-elle à l’émergence d’une nouvelle forme de pratique des relations internationales ?

  • Titre traduit

    The implementation of a common European diplomacy in the post-cold war world. Its progressive construction through its relationship with Asia.


  • Résumé

    Although its world view was entangled within the bipolar confrontation, various stages showed the will of the European Community to institute an embryo of common foreign policy in order to develop external policy at various levels. Marked by the failure of the European Defence Community in 1954, which will limit itself to an economic integration, Europe endure, like Asia, the impact of the cold war. Crystallizing the tensions in the two areas, it will have durable consequences both on the development of their world view and on the Europe/Asia relationship already disturbed by the reminiscences of colonization. In Asia, where the Korean War, the Bandung Conference, the sino-Indian rupture and the Indochinese question will shape the main lines of foreign policy for relevant stakeholders of the subject. In Europe, as the treaties which follow the collapse of the Berlin wall (Charte de Paris, the German Treaty), the assistance brought to the countries of central and eastern Europe or the Gulf War will lead to a further stage in the reflection on the common foreign policy, or the European identity. Just like Europe, the Asian region will benefit both from the relative fading of the two great powers and from a vivifying economic growth to regain a prime position on the international scene, yielded to Europe since the 18th century. Also, among the questions raised by the collapse of the Berlin wall, the relationship between the European Union and Asia represent one of the facets of a post-bipolar world oscillating between regionalization and globalisation. While the European Union acquires an economic stature which makes it impossible to circumvent, it gradually defines external objectives which form the framework of a foreign policy, wavering between bilateralism, transregionalism and multilateralism and which will extend well beyond economic relations and development assistance. After a reassessment of the Member States’ bilateral foreign policies, the European Commission will have, in 1994, the ambition to set up a “New Asian Strategy” with the aim to improve the visibility of the EU in the Asian region, both on the economic and diplomatic fronts. In 1992, it is towards the EU that India, engaged in a process of large-scale reform, turned to in order to sign important cooperation agreements, just like South Korea did in 1997 while the relations with Japan are older, Tokyo having been the first Asian country to open a representation in Brussels (1959). With Beijing, the relationship is marked by the events of Tiananmen and the issue of the arms sales embargo, but there are, on both sides, the desire to deepen the PRC/EU cooperation. Beyond the bilateral relations, the EU argues for the establishment of strong transregional relations, guarantor of an economic prosperity and a durable peace. Engaged since 1978 with the ASEAN, the Single European Act and the treaty of Maastricht will facilitate the development of the relations between two regional organizations who do not necessarily have the same world view of the post-cold war world, between “Western universalism” and “Asian relativism”. Blockages resulting from the Burmese or Eastern Timor questions will not prevent the development of Asia-Europe Meeting (ASEM) which will add another scale of dialog to the Europe-Asia relationship. The “strategic partnerships” established between the EU and Asian major players will supplement these relationships already marked by hybridization, contacts taking place also within the multilateral system, U.N and W.T.O. At the same time, the Asian region, a set of three “Asias” (South, South-east and North-east), performs a rapid evolution towards economic liberalisation and globalisation, two elements which may impact the “Asian values”, hence the attempt from Malaysia to form a regional grouping only composed of Asian countries, the East Asian Economic Caucus and the claims conveyed by certain Asian leaders. During this period, and in an institutional way since Maastricht and the implementation of the Common Foreign and Security Policy, the European Union establishes views and long-term objectives of foreign policy. What is the impact of the relationship with Asia, a key region of the post-cold war international stage, on the progressive framing of the EU foreign policy? What are the factors and elements involved in this process? Does this relation take part in the emergence of a newform of practice in international relations ?