L'efficacité des politiques territoriales et environnementales : le rôle des médias

par Guillaume Molinier

Projet de thèse en Sciences économiques

Sous la direction de Mickaël Goujon et de Sylvain Chabe-Ferret.

Thèses en préparation à Clermont-Ferrand 1 , dans le cadre de Ecole doctorale des sciences économiques, juridiques, politiques et de gestion (Clermont-Ferrand) , en partenariat avec UMR1273 Metafort (laboratoire) et de UMR6587 Centre d'Études et de Recherches sur le Développement International (laboratoire) depuis le 21-09-2011 .


  • Résumé

    La finalité de ce travail de thèse est de rendre compte de l'impact de l'outil médiatique sur l'implémentation et l'efficacité d'un projet de provision d'un bien public, voire d'une politique dans le secteur environnemental. Un effort de modélisation permet de saisir les éléments de causalité qui régissent les liens entre l'activité médiatique et un résultat, qui peut être la quantité et/ou la qualité du bien public offert. Les médias peuvent influencer le type de politique mis en œuvre, ainsi que l'utilisation qu'en font les bénéficiaires potentiels. Cet aspect de la réussite ou de l'échec d'une politique environnementale est encore très peu renseigné dans la recherche académique, qu'elle soit en sciences politiques ou économiques. Seul un papier d'Olper et Swinnen (2009) se consacre à cette problématique. Ils montrent que des médias indépendants permettent en partie de régler un des paradoxes du développement économique qui consiste en la sur taxation du secteur agricole dans les pays en pauvres, et le protectionnisme du même secteur dans les pays développés, grâce à une meilleure prise en compte de l'intérêt général. Ce schéma peut probablement se retrouver à l'échelle locale et internationale, et sur des problématiques différentes, comme le développement de nouvelles énergies, la gestion de l'eau, la préservation d'une ressource naturelle… Ce cadre de travail s'adapte aux techniques économétriques et d'analyse d'impact, qui permettent d'isoler l'effet propre de l'existence d'une couverture médiatique de l'action publique sur l'impact de cette dernière. L'un des enjeux de cette étude est de distinguer ce qui est dû à l'influence des médias sur le processus de la décision publique, et ce qui est dû au relai de l'information aux bénéficiaires de la politique. La modélisation explicitera les variables d'intérêt, et les méthodes d'évaluation. Ainsi, l'effet des médias sur la qualité de la politique publique est peut-être approchable grâce au degré d'indépendance du média, et le relai de l'information vers les bénéficiaires potentiels peut éventuellement s'envisager à travers la couverture médiatique. Je présente ci-après certains éléments de référence dans la littérature afin de justifier cette approche.Etat non exhaustif des connaissances les médias sont à l'origine, en grande partie, de la distribution de l'information dans la population. Les médias vont alors choisir des segments de la population qu'il est économiquement intéressant d'informer, quelle information véhiculer et une manière de présenter l'information.Le choix de l'information médiatique n'est pas un choix anodin, les médias disposent de rendements croissants à la production d'information, ce qui incite à cibler des groupes de citoyens, au besoin en créant un biais dans la rédaction des faits, qui peut-être un biais à caractère sociologique ou à caractère politique (Gunther, 1992, Mullainathan et Shleifer, 2005, Baron, 2006, Gentzkow et Shapiro, 2006, Puglisi et Snyder, 2008, Gentzkow et Shapiro, 2010). Le choix de la présentation de l'information des tenants et aboutissants d'une politique environnementale par les médias est à formaliser pour comprendre le type de message reçu par une catégorie précise de citoyens.Un autre déterminant non négligeable du contenu des médias est leur degré d'indépendance vis-à-vis du pouvoir politique. Dans certains contextes, l'industrie des médias devient un outil de propagande pour certains groupes de pression, biaisant alors le contenu éditorial politique vers une position favorable au groupe de pression (Djankov et al., 2001, Ahrend, 2002, Besley et Prat, 2002, McMillan et Zoido, 2004, Corneo, 2005, Coyne et Leeson, 2005, Gehlbach et Sonin 2008). Si l'on considère une politique environnementale sensible, il s'agit d'un point à aborder. Ainsi, il est tout à fait envisageable de discuter des différences de traitement des informations d'une politique environnementale sensible (énergies, retraitement des déchets…) par des médias publics et privés. En lien étroit avec les principes précédents, une partie conséquente de la littérature de l'économie politique des médias cherche à investiguer leur rôle dans la vie politique. Les sciences politiques identifient en général trois canaux à travers lesquels les médias influencent les décisions publiques: le canal de l'"agenda setting", celui du "priming", et enfin celui du "framing" (Shanto, 1987, Scheufele et Tewksbury, 2007). Ces concepts se réfèrent respectivement à la capacité des médias à imposer dans les opinions des citoyens les sujets de sociétés jugés importants, au phénomène de jugement des politiciens par les citoyens sur la base de leurs informations, et à la possibilité de traiter de diverses manière une même information pour créer des différences dans l'opinion. Un enjeu important de la compréhension du rôle des médias est de distinguer ce qui relève de l'information et ce qui relève de la persuasion dans le contenu (Ruben, Petrova et Zhuravskaya, 2007, Balan, DeGraba et Wickelgren, 2009, Gentzkow et Kamenica, 2010). Dans un cadre d'étude de politique publique, il est possible que le mode de propriété (public ou privé) puisse influencer le comportement des médias. De nombreux travaux de recherches ont établi un lien clair entre l'activité des médias et le vote (DellaVigna et Kaplan, 2006, Gentzkow, 2006, Prat et Strömberg, 2006, Ferraz et Finan, 2007, Ladd et Lenz, 2009, Gentzkow, Shapiro, et Sinkinson, 2009, Gerber, Karlan et Bergan, 2009). Au-delà de leur influence sur le comportement de vote, les médias peuvent servir de contrepouvoir, de "garde-fou", dans le processus de décision publique (il existe également des travaux sur le même thème dans la sphère privée, cf Erfle et McMillan, 1990, Dyck, Volchkova et Zingales, 2008, et Svensson et Yanagizawa, 2009). En réduisant les asymétries d'information propres à ce domaine, les médias donnent la capacité aux citoyens de surveiller l'action de leurs représentants politiques. Ainsi, en documentant empiriquement ce phénomène, des études récentes montrent que l'existence de médias d'investigation était positivement corrélée à la réduction de la corruption (Brunetti et Weder, 2003, Gentzkow, Glaeser et Goldin, 2004, Reinikka et Svensson, 2004), la réduction du populisme (Maskin et Tirole, 2003, Ashworth et Shotts, 2010), et à l'adoption de politiques publiques favorables à l'intérêt général plutôt qu'à des petits groupes de pression organisé, dits "lobbys" (Barro, 1973, Besley et Case, 1995, Djankov et al., 2001, Strömberg, 2001, Besley et Burgess, 2002, Strömberg, 2002, Snyder et Strömberg, 2004, Strömberg 2004, Dyck, Moss et Zingales, 2008). Cette dimension de l'influence des médias dans la vie politique est susceptible d'influencer le design même de la politique publique. Une explication de l'efficacité de l'information médiatique pour discipliner le comportement des politiciens est la capacité de coordination qu'elle confère aux citoyens, permettant ainsi de surmonter des problèmes d'action collective (Morris et Shin, 2002, Edmond, 2007, Egorov, Guriev et Sonin, 2009). Conclusion et pistes de rechercheIl apparait alors que le sujet de thèse envisagé s'inscrit dans un champ de recherche actuellement en pleine expansion, tout en proposant un aspect original de par l'application à une politique publique environnementale, ce qui garanti l'existence de perspectives de recherche. Il est très probable que l'étude du rôle des médias sur l'efficacité d'une politique publique environnementale révèle plusieurs canaux de transmission, d'une part en disciplinant les décideurs publics, et d'autre part grâce à la coordination des comportements que permet l'information médiatique. J'estime être en mesure d'apporter des réponses rigoureuses à ce type de problématiques, au sein de l'encadrement du CERDI.Ainsi, je pourrais poursuivre le travail entamé lors de mon mémoire de recherche de M2 qui se focalisait sur la capture des médias par le pouvoir politique comme conséquence de la présence de ressources naturelles (pétrole, minerais, forêts…). Un prolongement naturel de ce mémoire est la précision de l'impact retour de la capture des médias sur la qualité des décisions publiques, telles que les méthodes d'exploitation et la gestion de la ressource naturelle. Ainsi, il est fort probable qu'une étude théorique et empirique conclue à une manipulation plus prononcée des médias lorsqu'un pays dispose d'un important stock de ressources naturelles, ce qui se traduit en retour par une industrie d'extraction plus polluante et/ou une gestion moins transparente, moins concertée, et moins efficace de la ressource naturelle. Afin de résoudre le problème de biais de simultanéité (la présence de ressources naturelles ont tendances à réduire la liberté des médias, qui en retour ne joue qu'un faible rôle de discipline de la décision publique), il est tout-à-fait envisageable d'utiliser les variations de prix des ressources naturelles comme instruments permettant d'identifier les relations causales. De manière plus générale, je souhaiterai étudier les différentes méthodes de contrôle de l'information pour en expliquer les causes et conséquences sur le processus de décision publique, et je pourrais également aborder les thématiques du traitement de l'information (comment la politique est présentée?) et de la diffusion de l'information de politiques publiques environnementales, en me basant sur les éléments de la littérature présentés auparavant, pour comprendre les effets de la couverture médiatique d'une politique publique sur son efficacité. Je pourrais alors discuter de thématiques liées à l'environnement et au développement territorial et économique, comme le rôle des médias sur la gestion de l'eau, en étudiant les intérêts des pouvoirs économiques et politiques à la capture des médias, le traitement des informations, et les aspects de réaction des citoyens.


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