Des gestes pour combattre. Recherches et expérimentations sur le combat chevaleresque à l'époque féodale : l'exemple du Roman de Jaufré (Paris, BnF, ms. fr. 2164)

par Gilles Martinez

Thèse de doctorat en HISTOIRE spécialité Histoire médiévale

Sous la direction de Daniel Le blÉvec et de Martin Alvira cabrer.

Thèses en préparation à Montpellier 3 , dans le cadre de Langues, Littératures, Cultures, Civilisations , en partenariat avec CEMM - Centre d'Etudes Médiévales de Montpellier (laboratoire) depuis le 01-10-2008 .


  • Résumé

    Les historiens portent traditionnellement un regard sur le combat féodal très tranchés... et très opposés. Pour les uns, on ne pourra jamais savoir comment on se battait à l'époque féodale (Anglo, Bonfa...) ; pour les autres, la réalité ne devait pas être si éloignée de la littérature (Flori...). Ces avis antagonistes révèlent, selon nous, le fait que le combat féodal n'a pas été analysé précisément et que les bonnes questions n'ont pas été posées, tant sur le plan de l'Histoire que de celle du sport et des arts martiaux. Ainsi, plutôt que de se demander si la littérature donne un juste reflet ou non du combat des XIIe-XIIIe siècle, il appartient plutôt de se poser la question en terme de "principes de combat", et de voir à partir de là, ce qui est juste et ce qui est exagéré. En découle une vision beaucoup plus nuancé, beaucoup plus précise et pouvant servir à une analyse sociétale plus étendue. En effet, en posant la question selon ces "principes", cela amène à comprendre comment les auteurs du temps, ainsi que les artistes pour l'image, ont réussi à transcrire le mouvement dans leurs œuvres respectives : quels outils ont-ils créé, lesquels ont été copiés, améliorés, repris... En somme, au-delà de l'aspect gestuel, c'est une histoire de la pensée qui se dessine. Cette dernière étape fondamentale permet de faire le lien avec l'époque suivante, qui voit l'apparition des traités d'armes et livres de combat, littérature sur le combat non plus fictive, mais technique. Ce domaine de la recherche a intéressé récemment quatre travaux de doctorat, dont le dernier vient tout juste d'être soutenu (septembre 2016). En somme, notre travail - en se plaçant en amont de la période des traités d'armes - indique quels outils la littérature courtoise et l'imagerie essentiellement religieuse de la période des XIIe-XIIIe siècles ont permis d'apporter à la création des premiers livres d'armes. Naturellement, ce ne sont pas les seuls apports. D'autres outils de savoir, comme la diffusion dans le milieu lettré de la scolastique ou de la pensée aristotélicienne, influe sur ces ouvrages techniques. De plus, ceux-ci apparaissent aussi suite à un contexte favorable voyant le développement des salles d'armes, la diffusion de l'escrime dans la société (en particulier dans le milieu bourgeois) et la professionnalisation de la fonction de maître d'armes/d'escrime. Mais nos travaux montrent l'influence significative de la littérature courtoise, laquelle a dû, bien avant les livres d'armes, "montrer" le geste guerrier à un public et l'a fait évoluer sur les trois siècles précédant l'apparition du genre technique. Ce dernier en garde des traces dans ces premiers exemplaires, traces qui expliquent certaines maladresses et dont il ne s'affranchit que progressivement...

  • Titre traduit

    Fighting Gestures. Research and Experiments about Chivalry Combats during the feudal period: the example of the Roman de Jaufré (Paris, BnF, ms. fr. 2164)


  • Résumé

    Historians traditionally wear a look at the very feudal fight ... and sliced ​​very opposite. For some, we will never know how they fought in feudal times (Anglo, Bonfa ...) for others, the reality was not to be so far from the literature (Flori ...). These conflicting opinions reveal, we believe that the feudal struggle was not analyzed precisely and that the right questions were not asked, both on the history of the plan that sport and martial arts . So rather than wondering if literature gives a fair reflection or not the battle of the twelfth-thirteenth century, it belongs rather to the question in terms of "fighting principles", and see from there it is right and what is exaggerated. The result is a much more nuanced view, much more accurate and can be used for a wider societal analysis. Indeed, by asking for these "principles", that leads to understand how the authors of the time, as well as artists for the image, managed to transcribe movement in their respective works: what tools did they create, which have been copied, improved resumed ... in sum, beyond the gestural aspect, it is a history of thought that is emerging. The last crucial step allows to link with the following period, which saw the emergence of the treaties of weapons and combat books, literature on either fictitious fight, but technical. This research was interested recently four doctoral work, the latter has just been born (September 2016). In sum, our work - by standing in front of the treaty period weapons - shows which tools courtly literature and essentially religious imagery from the period of XII-XIII centuries have helped to bring to the creation of the first pounds of weapons. Naturally, these are not the only contributions. Other tools to know, like diffusion in the literate environment of scholastic or Aristotelian thought, influences these technical books. Moreover, these also appear following a favorable context seeing the development of armories, dissemination of fencing in society (especially in the bourgeois middle) and the professionalization of the weapons master function / fencing. But our work shows the significant influence of courtly literature, which had long before the books of weapons, "showing" the warrior gesture to public and has evolved over the three centuries preceding the emergence of the genre technical. This warning signs in these first examples, traces that explain some blunders and which he never freed gradually ...