Interactions entre psychanalyse et litterature

par Namiko Haruki

Projet de thèse en Psychanalyse

Sous la direction de Sophie de Mijolla-Mellor et de Yasuhiro Tanaka.

Thèses en préparation à Paris 7 depuis le 06-10-2009 .


  • Résumé

    Comme on le sait, la pensée de lacan a connu plusieurs phases selon les époques. dans les années 60, il préconisait comme sortie de cure la traversée du fantasme par laquelle le sujet analysant s'aperçoit de la fictionnalité de l'autre si bien qu'il se débarrasse de son fantasme. car le fantasme n'est que la formation inconsciente permettant de vivre sous la domination du symbolique. et plus tard, il commence à proposer l'identification au symptôme en accordant beaucoup plus d'importance au réel qu'avant. ce changement d'accent peut être pris pour le passage du modèle masculin au modèle féminin ; cela nous permet de penser que la féminité occupait une place très importante dans la pensée du dernier lacan. en effet, il a proposé une vue originale de la sexualité féminine, en particulier par sa formule très connue : la femme n'existe pas . le propos de lacan ne consiste pas en un argument naïf. nous voulons étudier le personnage de médée afin de mettre au clair ce que lacan voulait indiquer par cette formule. la femme de gide, madeleine, a brûlé toutes les lettres d'amour que son mari, qui n'a jamais eu de rapport sexuel avec elle –gide était homosexuel–, lui a adressées. la question que nous nous posons ici est de savoir s'il y a un point commun entre cet acte que lacan a qualifié de vraie femme dans son mémoire et le meurtre de ses propres fils par médée et, si oui, dans quel sens cela peut se dire. on avance comme motif de ce meurtre, par exemple, l'amour propre de médée face à jason infidèle ou son désir de ne pas laisser tuer ses enfants par les ennemis. par contre, nous voulons relire cette histoire du point de vue psychanalytique. il s'agit de féminité ou de sexualité féminine à sa limite. lacan disait que la femme n'existe pas, mais il parle aussi quelquefois de la vraie femme. alors la question s'impose de savoir quelle est cette vraie femme. or, lacan considère comme hommes tous ceux qui sont dans un certain rapport avec le phallus - n'oublions pas que le phallus pour lacan est quelque chose qui remplit le vide. dans ce sens, la femme qui veut avoir des enfants pour les posséder (désir au niveau phallique) se situe du côté de l'homme. la vraie femme serait donc un vide ou quelqu'un qui se dirige impossiblement vers ce vide. au moment où médée a tué ses propres fils, elle abandonnait tous les désirs au niveau phallique; elle s'enfonce dans le vide même. c'est dans ce sens-là que nous pensons que l'acte de tuer ses propres fils a transformé médée en 'vraie femme', tout comme celui de madeleine qui a brûlé les lettres d'amour de son mari.   s'il est une voie autre que la possession qu'on peut prendre devant ce manque, c'est celle qui nous ramènera à l'ordre de l'être même. dès l'origine, le manque n'est pas autre chose que le manque de l'être. une autre possibilité de ne pas combler ce trou, ce serait devenir le trou par soi-même. il est à noter que ce n'est pas devenir un étant quelconque. puisque le trou n'existe pas, la femme qui le devient n'est ni possesseur ni étant. elle sacrifie tout et lacan a considéré cet acte comme celui de la vraie femme. couper la partie par laquelle on est noué au fantasme de l'autre -les enfants chez médée et les lettres d'amour chez madeleine-, c'est se couper une partie de soi-même et en même temps, sortir du discours de l'autre, car c'est justement ce dernier qui fait avoir un fantasme à l'autre et, par là, qui ramène la femme sous sa domination.       l'approche de l'impossible, indiquée par la flèche qui va de la/ à s(a/), est celle qui mène au manque originel. on pourra penser de même de l'acte de médée de tuer les enfants tant aimés de ses propres mains. or, euripide ne décrit pas du tout le regret que médée aurait après le meurtre . à la fin de l'histoire, médée s'envole sur le chariot du soleil : elle est décrite comme se situant au niveau de dieu plutôt qu'à celui de l'homme. médée devient un abject refusant toute possibilité de compréhension, un trou creusé dans le symbolique, à savoir un réel.  médée devient une vraie femme lorsqu'elle se coupe du lien avec le fantasme de l'autre. c'était la dernière possibilité d'identification pour elle, après avoir échoué à toute identification possible telle qu'être fille du roi, femme du héros, mère des enfants


  • Pas de résumé disponible.