3 kalendas junii dedicacio sancti Petri. Les inscriptions de dédicaces d'église en France du IVe au XIIe siècle : analyse des formes brèves

par Annick Gagne

Thèse de doctorat en Histoire médiévale

Sous la direction de Cécile Treffort et de Didier Méhu.

Thèses en préparation à Poitiers en cotutelle avec l'Université Laval (Québec, Canada) , dans le cadre de École doctorale Lettres, pensée, arts et histoire (Poitiers ; 2009-2018) depuis le 16-11-2010 .


  • Résumé

    Le 3 des calendes de juin, dédicace de saint Pierre ». Ce sont les mots gravés sur la façade de l’église du village d’Auribeau en Provence, une inscription datée du XIe siècle. Ils rapportent un événement très important de l’époque médiévale, le rituel de dédicace d’une église, moment où l’édifice de pierres est transformé en Maison de Dieu. Ces mots sont disposés sur une pierre d’appareil similaire à toutes les autres, mais dont l’emplacement par rapport à la porte est privilégié. Cette localisation dans le plan de l’édifice lui confère une accessibilité visuelle qui évoque le caractère publicitaire de l’écriture épigraphique médiévale. Cette inscription n’est pas unique, plusieurs églises aux alentours en ont une similaire, produite entre le IXe et le XIIe siècle. Le phénomène s’étend bien au-delà de la Provence puisqu’il en existe également dans les diocèses de Bordeaux, Nantes et Orléans. Alors que les inscriptions dites de dédicace suscitaient l’intérêt des historiens dans leurs recherches sur le rapport entre les signes graphiques et la sacralisation de l’église, le présent corpus de 63 inscriptions est apparu le plus susceptible de fournir de nouvelles connaissances sur le sujet. Influencée par la nouvelle approche matérielle des sources, c’est une analyse pluridisciplinaire qui est proposée, qui prend aussi bien en compte le contenu du texte, que la forme de l’écriture ou les données archéologiques essentielles à la réflexion sur le contexte monumental de ces inscriptions. La brièveté du texte permet d’interroger chacun des éléments, autant pour en comprendre le sens que pour ses particularités orthographiques. Ces inscriptions sont étroitement liées à la commémoration du rituel puisque le formulaire se trouve aussi dans le calendrier liturgique des églises avec la date de la naissance au ciel de plusieurs saints. Les mots non accordés ou orthographiés autrement que dans un latin classique donnent des indices concrets sur les auteurs de ces textes. Les caractères du texte prennent une autre forme dans l’étude paléographique qui révèle la rapidité d’exécution de l’écriture. Celle-ci n’est pas de nature à exclure la mise en œuvre de stratégies graphiques, comme l’usage d’une lettre de forme différente aux autres ou encore d’un jeu de lettres, pour mettre en valeur le message. La mise en évidence de cette écriture par la forme de ses signes alphabétiques trouve une correspondance dans l’édifice alors qu’elle est gravée sur un élément architectonique qui lui confère une visibilité accrue. La symbolique de ces lieux de passage – porte du ciel, triomphe des saints – renforce le sens du message en associant dans l’église la date de la transmutation de la matière en espace sacré et un élément architectonique de passage. Le sens de cette mise en scène s’explique par son contexte archéologique et historique : ces inscriptions ne sont pas réalisées lors de la première inauguration de l’édifice après sa construction, mais au moment de sa renaissance après une restauration matérielle ou sociale. Elle exprime le retour à l’ordre de Dieu, celui de la liturgie de l’Église.


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