L'espace comme croyance. La formation du quartier de 'Matosinhos Sul'.

par Tiago De castro Moreira Coelho de Lemos

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Christian Topalov et de Virgilio Borges Pereira.

Thèses en préparation à Paris, EHESS en cotutelle avec l'Universidade do Porto , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 08-12-2009 .


  • Résumé

    Le déclin et la fermeture de nombreuses conserveries qui jusqu’aux années 70 du XXe siècle animaient une partie du territoire au sud-ouest de la ville de Matosinhos au Portugal, a culminé avec l’existence d’un espace occupé en grande partie par des usines à l’abandon et en ruines. Un diagnostic urbain et social réalisé par le pouvoir local a abouti à la proposition d’une réforme urbanistique pour cette zone. Une surface d’action de 101 ha qui serait désormais nommée par le biais de la toponymie Matosinhos Sul [MS] a alors été administrativement circonscrite. Le pouvoir local, les investisseurs, les architectes ou les urbanistes ont discuté de la transformation constructive et fonctionnelle de cette zone dès le début des années 1990. En conséquence, à partir des dernières années de la même décennie, de nouveaux habitants ont commencé à arriver à MS. Ils sont venus occuper un ensemble de nouveaux immeubles d’appartements au prix d’achat élevé. À leur arrivée, ils ont trouvé un espace très souvent comparé aux ‘qualités sociales et urbaines’ des beaux-quartiers de la ville voisine, Porto. Mais ils ont également trouvé des bâtiments abandonnés, de vieux espaces commerciaux ou une occupation de l’espace public pas toujours conforme à leurs attentes. La question posée à propos de ce scénario est simple : comment MS s’est-il formé ? Afin de répondre à cette question, une hypothèse épistémologique différente a été adoptée. MS n’a pas été considérée comme une unité géographique et sociale a priori. Le ‘risque tautologique’ d’analyser cet espace à partir d’une unité géographique préalable ou d’y chercher des groupes sociaux conformes aux divisions scientifiques n’aboutirait qu’à la réunion de cette unité et de ce groupe. Au lieu de cette approche, qui risque de ratifier des catégories pratiques et savantes, nous avons plutôt cherché à savoir comment les acteurs sociaux engagés dans cette réforme urbaine ont défini, selon leurs dispositions sociales, ce qu’est ou devrait être MS. Cette approche se traduit par l’apparition d’un ensemble de représentations sur les diverses dimensions constitutives de la vie sociale de MS qui, autrement, seraient cachées. Dans les méandres de cette pluralité de points de vue - sur lesquels nous cherchons évidemment des régularités - il y a une série de luttes à propos de la direction sociale, symbolique et territoriale de MS. Ainsi, cette thèse propose de collecter et d’analyser un ensemble de catégories et d’actions mises en œuvre par différents acteurs afin de définir MS. Pour finir, à partir de cette étude, nous entendons montrer que les propriétés associées à un espace et aux groupes qui l’occupent sont avant tout des conventions socialement fondées. Cette recherche sera développée à partir d’entretiens semi-directifs, d’observations, de l’étude de statistiques officielles, de la consultation de documents juridiques et de l’analyse de sources journalistiques. Avec cela, nous essayons de restaurer les stratégies d’action qui se trouvent derrière une série d’agents impliqués dans cette opération et (trans) formation sociale et urbaine. Parmi eux, des politiciens du pouvoir local, des architectes, des résidents, des commerçants, mais aussi quelques gardiens des immeubles qui marquent la morphologie de ce ‘nouvel’ espace.

  • Titre traduit

    The space as belief. The formation of the neighborhood 'Matosinhos Sul'.


  • Résumé

    The decline and closure of countless fish canneries, which until the 1970s enlivened part of the territory of southwest of the city of Matosinhos, in Portugal, culminated in an area largely occupied by abandoned factory buildings in ruins. An urbanistic and social diagnosis carried out by local authorities resulted in the proposal of an urbanistic reform for this area. An area of 101 ha was then administratively circumscribed, which would henceforth be designated by the toponymy Matosinhos Sul [MS]. Local authorities, investors, architects or urbanists were discussing the constructive and functional transformation of this area since the early 1990s. As a result, at the end of that same decade, new inhabitants started arriving to MS. They came to occupy a set of apartment buildings of high acquisition value. On their arrival, they found an area not infrequently compared to the ‘social and urbanistic qualities’ of the beaux quartiers from the neighbouring city, Porto. However, they found also abandoned buildings, former retail stores, or the exploitation of public space not always according to their expectations. The issue raised on this picture is a simple one: how was MS formed? To address/answer this question, a different epistemological assumption than usual was adopted. MS was not considered as a geographical and social unit a priori. The ‘tautological risk’ of analysing this area from a prior geographical unit, or of searching for social groups conforming to scientific divisions in it, would merely result in finding that unit and that group. In place of this approach, which risks ratifying practical and theoretical categories, this Thesis sought to understand how the social actors engaged in this urbanistic reform defined, according to their own social dispositions, what is, or should be, MS. This approach results in a set of representations about the various dimensions constituting the social life/environment of MS which, otherwise, would remain hidden. In/Within the intricacies of this multitude of viewpoints – in which, evidently, one can still search for regularities – we find a series of struggles about the social, symbolic, and territorial directions of MS. As such, this Thesis proposes to gather and analyse a set of categories and actions put into practice by different actors to define MS. Finally, from this study one intends to show that the properties associated to an area and to the groups which occupy it are, above all, socially founded conventions. This research is grounded on semi-directive interviews, observations, study of official statistics, consulting of legal documents, and analysis of newspaper sources. With this, it is intended to reconstruct the action strategies behind a series of agents involved in this operation of social and urbanistic (trans) formation. Among these are local politicians, architects, dwellers, business owners, but also few ‘concierges’ from the apartment buildings which shape the morphology of this new ‘area’.