Dans les mailles d’un coton agroécologique. Sociologie d’une filière entre le Brésil et la France.

par Laura Chartain

Projet de thèse en Sociologie


Sous la direction de Nicolas Dodier et de Nadya Araujo Guimarães.

Thèses en préparation à Paris, EHESS en cotutelle avec l'Universidade de São Paulo (Brésil) , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 06-10-2009 .


  • Résumé

    L’enquête s’est intéressée à la rencontre de différents acteurs dans une filière formée autour de la production et de la vente d’un coton agroécologique. En France, de jeunes entrepreneurs issus de Grandes Écoles proposent un prix avantageux pour le coton. Au Nordeste du Brésil, des producteurs pratiquent une agriculture familiale non mécanisée et des membres d’ONG en viennent à jouer un rôle d’intermédiaires entre agriculteurs et acheteurs. Confrontés à la fragilité et à la petite taille de leurs organisations respectives, certains acteurs en viennent à engager plus de force de travail ou à prendre des risques pour tenter de maintenir la filière en vie au nom de la triple promesse (« devenir un modèle », « écologique », « sociale ») qu’ils attribuent initialement au projet. L’enquête qualitative, réalisée pendant plusieurs mois dans les deux pays, a permis d’observer plusieurs problèmes qui se posent aux acteurs lorsque des équipements sont mis en place pour répondre à la demande de qualité du marché français. Parmi le matériel recueilli, j’ai privilégié l’analyse du contenu d’entretiens et de moments de réunions entre les acteurs. La thèse interroge alors la nature des relations et des formes de solidarité qui se jouent dans la filière. La première partie de la thèse reconstitue la mise en place des équipements (production, certification) en mettant en lumière la nature pratique des problèmes qui se présentent (réparation d’une défaillance, évaluation du prix) ainsi que les formes d’évaluation morale à l’œuvre. En retraçant des expériences de vie et de travail à la fois contemporaines et antérieures à la filière, la seconde partie dévoile la rencontre des mondes qui s’opère dans la filière, ainsi que l’origine institutionnelle (État, ONU, grandes ONG) des formats observés dans les équipements. Je montre alors comment un processus d’individualisation des risques et des responsabilités, encouragé en filigrane par les grandes institutions, rencontre le travail normatif propre aux acteurs. La thèse contribue ainsi à apporter un éclairage sur la manière dont des réseaux et des mondes composés d’éléments divers (production, agriculture familiale, marché, mouvements sociaux, églises, États, aide au développement) se rencontrent dans une forme concrète d’expérience.

  • Titre traduit

    In the meshes of agroecological cotton. Sociology of a French-Brazilian chain.


  • Résumé

    This doctoral thesis examines the interaction between various actors of an agroecological cotton production and supply chain. In France, young entrepreneurs who graduated from selective higher education establishments offer an attractive price for cotton. In the Northeast Region of Brazil, producers practice a non-mechanized form of agriculture on family farms, while NGO members act as intermediaries between farmers and buyers. Faced with the fragility of their small-scale organizations, some actors have come to hire more workforce or to take risks in order to try to sustain the cotton chain in the name of the project’s original threefold promise: “becoming a model,” “ecological,” and “social.” Conducted over several months in both countries, the qualitative survey enabled me to observe various problems that the actors are faced with as equipment is implemented to meet the quality expectations of the French market. Among the collected data, I have focused on content analysis to examine interviews and meeting transcripts between the actors. I therefore question the nature of the relations and forms of solidarity taking place in the cotton chain. The first part of the thesis outlines the implementation of equipment (production, certification), highlighting the practical nature of the resulting issues (fixing failures, evaluating prices), as well as the forms of moral assessment at work. Tracing life and work experiences both within the chain and before its existence, the second part shows how several worlds are brought together within the chain, as well as the institutional origin (state, the UN, large NGOs) of the equipment formats. I demonstrate how a process of individualization of risks and responsibilities, implicitly encouraged by large institutions, develops alongside the actors’ normative work. The thesis thereby contributes to a clearer understanding of how networks and worlds composed of diverse elements (production, family farming, market, social movements, Churches, states, development aid) collide in concrete experiences.