La violence d’Etat en partage : le Pakistan et la privatisation de la guerre au Cachemire (1947-2007)

par Amélie Blom

Thèse de doctorat en Science politique

Sous la direction de Christophe Jaffrelot.

Thèses en préparation à Paris, Institut d'études politiques , dans le cadre de École doctorale de Sciences Po (Paris) depuis le 01-10-1993 .


  • Résumé

    Cette thèse plaide pour une approche contextualisée de la violence jihadiste à partir d’une étude des mouvements politico-religieux menant une lutte armée au Cachemire mais basés au Pakistan. Elle questionne les conditions spécifiques au contexte historique, politique et social qui expliquent cette forme de radicalisation politique. La démonstration déploie un large spectre, tant au niveau de la durée que des champs d’étude et des focales de l’analyse. La première hypothèse, méthodologique, est que seule une démarche croisant la sociologie historique de l’Etat et la sociologie politique de l’engagement peut rendre intelligible la complexité du processus. Les mouvements jihadistes sont alors réinscrits dans le temps long d’une pratique, la « privatisation de la violence extérieure autorisée », dont cette thèse démontre qu’elle est une propriété structurante de la trajectoire de l’Etat pakistanais depuis 1947. La seconde hypothèse, développée à partir d’une analyse du point de vue de l’armée, des milices et des recrues, souligne la dimension équivoque des relations entre ces acteurs. Ainsi, le rapport entre le secteur militarisé régulier et le secteur milicien oscille entre convergences idéologiques, transaction collusive et conflit. Les liens des combattants avec les groupes armés ne sont pas plus stables. L’absence de transitivité entre les différents temps de la radicalisation suggère qu’à chaque étape, les idéaux et émotions mobilisés par les entrepreneurs de violence et ceux qui mobilisent les recrues peuvent entrer en collision. D’où l’intérêt de croiser approche processuelle de l’engagement et études sur les émotions dans l’analyses de la radicalisation jihadiste.

  • Titre traduit

    Sharing state violence: Pakistan, the Kashmir conflict, and the privatization of war (1947-2007)


  • Résumé

    This thesis makes the case for a contextualized approach to jihadist violence. From an analysis of politico-religious movements based in Pakistan and engaged in an armed struggle in the disputed territory of Kashmir, it investigates the conditions – related to the historical, political and social context – that can explain this particular form of political radicalization. The argumentation rests on a large analytical spectrum, in terms of timeframe, disciplinary fields and empirical focus. The first hypothesis, of a methodological nature, is that the complexity of the process should be apprehended through an approach mixing the historical sociology of the state and the political sociology of mobilisation. Jihadist movements are indeed understood as being part of a long-term “state-authorized privatization of extra-territorial violence”, a practice that proves to be a structural property of the trajectory of the Pakistani state since 1947. The second hypothesis, based places the focus on the perspective of the army, the militias, and the recruits so as the highlight the ambivalent nature of the relations between these different actors. Links between the military and the militias vary from ideological agreement to “collusive transactions” to conflict. Relations between combatants and armed groups are not stable either. The lack of transitivity between different phases of radicalisation (recruitment, training, self-sacrificial violence) suggests that at each step, the narratives and emotions mobilized by entrepreneurs of violence can clash with those that actually mobilize recruits. Hence the importance of bridging the processual approach of militancy with emotions studies.