Le modèle tragique antique dans le théâtre de Wajdi Mouawad : un geste hypoténuse

par Alexandra Von Bomhard

Thèse de doctorat en Études théâtrales

Sous la direction de Catherine Naugrette-Christophe.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Arts et médias (Paris) , en partenariat avec Institut de recherches en études théâtrales (Paris) (laboratoire) depuis le 05-11-2014 .


  • Résumé

    Plongeant ses racines dans la tragédie grecque, le théâtre de Wajdi Mouawad fait résonner les violentes déchirures du monde contemporain. Il établit un lien entre l’Antiquité et aujourd’hui, les morts et les vivants, l’ici et l’ailleurs. La question du lien se trouve au coeur de cette recherche qui entend embrasser l’ensemble de l’oeuvre de l’écrivain. L’investigation s’appuie sur une image qui lui est chère, celle de l’hypoténuse -cette extraordinaire ligne imaginaire qui parvient à relier deux extrêmes opposés- pour penser, dramaturgiquement et esthétiquement, la cohérence du geste créatif de l’auteur-metteur en scène. Le repérage des mythes antiques nourrissant les spectacles de l’artiste dessine une oeuvre en tension, tiraillée entre trois pôles antithétiques : regard et cécité, identité et altérité, monstruosité et humanité. Afin d’exhiber la spécificité de ses créations, la démarche devient comparée. Pour cerner la dimension intime du recours au mythe, l’examen s’appuie sur deux pièces d’Eugene O’Neill (Désir sous les ormes et Le Deuil sied à Électre), tandis que le Philoctète d’Heiner Müller permet de questionner le versant collectif du mythe, en sondant son rapport à l’Histoire. Ce détour comparatif met au jour trois aspects (la transcendance, le choeur et l’émotion) qui éclairent la particularité des réécritures scéniques de l’auteur franco-libanais. L’image de l’hypoténuse, révélatrice d’un rapport au monde et à l’art, se trouve alors déclinée aux niveaux dramaturgique, poétique et esthétique, pour réfléchir une entreprise créatrice, qui, malgré les déchirures des temps actuels, reste animée par l’espoir d'une harmonie retrouvée.

  • Titre traduit

    The antique tragic model in the theatre of Wajdi Mouawad : a hypotenuse gesture


  • Résumé

    By digging his roots into Greek tragedy Wajdi Mouawad's theatre brings up the violent ruptures of the contemporary world. He sets up a link with antiquity and current life, the dead and the living, the here and the elsewhere. The link resides in the center of this research which contains the entire work of the writer. This inquiry is based on an image dear to him, which is the hypotenuse - that extraordinary imaginary line which manages to link two opposing extremes - to establish dramaturgically and aesthetically the author-director's creative gesture. The assembly of ancient myths that feed the artist's spectacles establishes a work of tension drawn towards three antithetic poles : vision and blindness, identity and alteration, monstrosity and humanity. In order to enhance the specificity of his creations, this works becomes comparative. To assess the intimate dimension of his recourse to myth, this inquiry is based on two plays by Eugene O’Neill (Desire Under the Elms and Mourning Becomes Electra), whereas the Philoctete of Heiner Müller permits to examine the collective slope of the myth by sounding its relationship to history. This comparative detour reveals three aspects (transcendence, choir and emotion) which enlighten the particularity of the Franco-Lebanese author's scenic rewriting. The image of the hypotenuse reveals a relationship between the world and art ; thus it declines to the dramaturgic, poetic and aesthetic level to reflect a creative endeavour, which, despite the contemporary rifts, is remaining alive via the hope of recovered harmony.