Accoucher en migration. Une transformation de soi par l'univers sociotechnique des soins. Analyse d'une situation de contact entre des femmes migrantes d'Afrique de l'Ouest et des professionnels de la périnatalité en Seine Saint Denis

par Patricia Mahe (Vasseur)

Thèse de doctorat en Anthropologie sociale et Ethnologie

Sous la direction de Yannick Jaffré.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 01-03-2006 .


  • Résumé

    Accoucher en migration porte sur l’expérimentation de la naissance dans un espace autrement médicalisé que celui d’où l’on vient et la compréhension des soignants sur les futures mères nées hors de France ? Il analyse jusqu’où la prise en charge médicale de la grossesse peut contribuer à redéfinir la perception de la maternité ? Les sociographies des quinze femmes de l’étude resituent leur histoire périnatale dans la vie ordinaire. Elles questionnent les espaces domestiques, familiaux, sociaux et conduisent à une forme de distanciation obligeant la future mère à se repositionner socialement et affectivement sans étayage familial afin de faire de l’ailleurs, « un chez soi ». De nouvelles normes sociales conjuguées à celles antérieures à la migration apparaissent jusqu’à parfois en transformer le sens. Focaliser la réflexion sur la relation de soins montre qu’entrer dans les espaces médicaux par le ventre, consiste à interroger « en actes » la perception de la technicisation médicale du soin périnatal et souligne la reconstruction sociale des actes médicotechniques par celles qui accouchent. Cette thèse étudie le processus d’ajustement réciproque permettant de s’entendre lorsque l’on ne se comprend pas vraiment. Il s’appuie sur l’usage du stéréotype qui s’il est anthropologiquement critiquable, structure « bénéfiquement » la relation de soin. Il construit une éthique « du prendre soin » fondée sur l’altérité et l’inquiétude qu’elle produit sur l’autre. Expérimenter la grossesse par la technicité médicale fait du corps un opérateur de changement qui transforme les rapports au genre, à l’enfant à naître, à la fécondité et la sexualité contribuant à une forme d’autonomie sociale.


  • Résumé

    Women have given birth far from home for all time. This spatial shift raises several questions: (i) how does giving birth in a foreign and differently medicalized environment transform the individual? (ii) What do future mothers’ caregivers understand? (iii) To which extent can the pregnancy care given by health professionals who do not share future mothers’ social standards redefine the perception of motherhood for both those who deliver and those who provide care? This thesis addresses such questions, based on an empirical analysis and interviews with sub-Saharian African mothers, pregnant and delivered, and perinatal professionals practicing in Seine Saint Denis (93, France). Women’s sociographies re-place the role of perinatal history in their daily life. This leads to a sort of detachment, forcing mothers to socially and emotionally reposition themselves without family support to make the otherworldliness, "a home". This contributes to learning new social norms that are combined with those prior to migration, changing sometimes the meaning. Focusing on the caregiving relation shows that entering medical spaces by the womb, is to question "in action" the idea of perinatal care medical technicization. This thesis investigates the reciprocal adjustment process necessary to concur when future mothers and health professionals do not really understand each other. It relies on the use of the stereotype that, albeit anthropologically questionable, "beneficially" structures the caregiving relationship. Living pregnancy through medical technicization questions the sense of the body, child’s fate, gender relations, sexuality and fertility that take part in a kind of autonomy.