Pouvoir et résistance dans l’espace public : une contre-histoire d’Internet (XVe -XXIe siècle)

par Félix Treguer

Projet de thèse en Etudes politiques


Sous la direction de Marcela Iacub.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 03-12-2010 .


  • Résumé

    Prenant pour point de départ les controverses contemporaines sur la liberté d’expression et la vie privée à l’ère numérique, cette thèse propose de revisiter l’histoire d’Internet au croisement de l’histoire du droit, des théories politiques et de l’histoire des sciences et des techniques. À travers une enquête de temps long sur l’affrontement des stratégies de pouvoir et de résistance associées aux techniques de communication, elle se veut une contribution à l’histoire de l’espace public et de l’activisme numérique. À partir de la « naissance » de l’imprimerie, la première partie retrace les formes de contrôle de l’espace public qui se structurent en même temps que l’État moderne, et la manière dont elles sont reconduites dans le cadre des régimes représentatifs-libéraux (XVe-XXe siècle). Dans un deuxième temps, l’étude suit l’émergence des projets antagonistes qui ont présidé au développement des réseaux informatiques, et ce afin d’expliquer la profonde ambivalence des appropriations politiques de ces technologies, à la fois instrument de la domination technocratique et outil d’émancipation (1930-1990). La troisième partie revient sur les premières controverses autour des libertés sur Internet et la structuration de l’activisme numérique, Internet étant bientôt investi comme un espace et un objet de luttes politiques, dans une période marquée par la mondialisation néo-libérale (1990-2001). La quatrième illustre, à travers les mesures de contrôle d’Internet adoptées au nom de la « guerre contre le terrorisme » et à travers la répression de certaines franges de l’activisme numérique, les mutations illibérales des États (2001-2017). L’étude entend ainsi contribuer à une réflexion collective sur l’un des en jeux identifiés par Michel Foucault dans ses écrits sur le pouvoir, à savoir : « comment déconnecter la croissance des capacités » – en l’espèce, les capacités associées aux « techniques de communication » – « et l’intensification des relations de pouvoir » ?

  • Titre traduit

    Power and Resistance in the Public Sphere : a Counter-History of the Internet (15th-21st century)


  • Résumé

    Taking contemporary debates on freedom of expression and privacy in the digital age as a starting point, this thesis revisits the history of the Internet at the intersection of legal history, political theory and history of science and technology. Through a long-time study of the clash between power and resistance strategies associated with communication technologies, it aims to contribute to the history of the public sphere and of digital activism. From the inception of the printing press on, the first part provides an overview of the forms of control of the public sphere developed under the modern state power, and of their extension under liberal-representative regimes (15th 21st century). In the second part, the study follows the antagonist utopias that shaped the development of computing technologies to explain the pro found ambivalence of their political appropriations, these technologies being construed both as an instrument of technocratic domination and a tool for emancipation (1930-1990). The third part analyses early controversies around the protection of civil rights online and the growth of digital activism, as the Internet becomes a locus of political struggles in a period marked by neoliberal globalization (1990-2001). Finally, the fourth part surveys recent Internet control measures adopted in the name of the "war on terror" and the repression of some segments of digital activism to illustrate the illiberal drift in state practices (2001-2017). The study thus aims to advance a collective thinking on one of the key questions identified by Michel Foucault in his writings on power: "How can the growth of capabilities" – and more specifically those brought about by "techniques of communication" – "be disconnected from the intensification of power relations?"