Les Grupos. Une contre-histoire des années 1970 au Mexique (1968-1983)

par Annabela Tournon

Projet de thèse en Histoire et civilisations

Sous la direction de Giovanni Careri et de Dinah Ribard.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 15-10-2010 .


  • Résumé

    Le « mouvement des Grupos » est l’un des épisodes les plus marquants de l’histoire de l’art mexicain des années 1970. Longtemps marginalisés par le récit de l’art contemporain, les Grupos font désormais l’objet d’un intérêt renouvelé à l’université comme plus largement dans le monde de l’art. Ce « mouvement », selon l’expression consacrée par la bibliographie, désigne un ensemble de collectifs actifs dans la capitale du Mexique après 1968 jusqu’au début des années 1980. Ces « Grupos » n’ont pas seulement réuni des artistes, mais des écrivains, des militants et des théoriciens, pluralité qui interroge d’emblée la qualité « artistique » du mouvement. Cette dernière est aussi mise en question par l’hétérogénéité de leur production plastique qui ne saurait être subsumée sous un dénominateur commun. Ainsi, si certains des Grupos peuvent être affiliés à une histoire des conceptualismes, d’autres gagneraient à être abordés dans la lignée du pop art, ou encore dans celle du néo-expressionnisme ou du Muralisme, dont les pratiques et les supports ont largement été repensés dans les années 1970 au Mexique et ailleurs. Ces caractéristiques mettent en crise la catégorie de « Grupos ». Que les propres protagonistes se la soit attribuée, et qu’elle ait continué à être utilisée depuis, interdit cependant de l’évacuer. Tout au contraire, elle apparaît, à l’examen, comme la pierre angulaire de cette histoire. Car si les « Grupos » n’ont pas fait des enjeux esthétiques la base de leur réunion, celle-ci a en revanche été motivée par une prise de position politique partagée, consistant à redéfinir la figure de l’artiste comme producteur et ce faisant, à élargir leur terrain d’action et de production. C’est in fine à cette politisation que correspond la dénomination de « Grupos ». L’identification de cette spécificité nous a conduite à adopter, dans le cadre de notre thèse, des instruments issus à la fois de l’histoire de l’art et de l’histoire, dans une perspective résolument transdisciplinaire, n’excluant pas non plus les apports d’une certaine sociologie critique ou ceux des studies anglo-saxonnes sur l’art et la mondialisation. Ont été déterminantes, dans l’adoption d’une approche de cette histoire via une série de cas situés, les qualités heuristiques de ces cas, leur importance dans la mémoire collective, ou encore, la qualité de la documentation que nous sommes arrivée à réunir à leur endroit. Ce type d’analyse rapprochée a semblé particulièrement convenir à un sujet peu documenté, et/ou sur lequel les archives en tant que telles restent à constituer. Ainsi, notre étude n’a pu faire l’économie d’un important travail aux archives au Mexique, dont elle s’est en retour nourrie d’un point de vue épistémologique. Dans ce sens, la rencontre avec les protagonistes a été déterminante : des liens privilégiés avec certains artistes, critiques ou militants des « Grupos » nous ont permis d’avoir accès à leurs archives privées, mais aussi de mener des entretiens (une trentaine à ce jour), pratique qui a fourni à notre travail non seulement son matériau mais sa problématique. L’histoire des « Grupos » permet, de manière privilégiée, de faire l’histoire des années 1970 au Mexique. Qu’est-ce que l’art, envisagé comme un champ traversé par des enjeux sociaux, politiques, esthétiques dont les articulations demandent à être reconstruites, peut apporter à une compréhension des années 1970 ? En quoi une série d’installations peuvent-elles nous permettre de préciser pourquoi 1968 constitue une borne historique majeure de l’histoire contemporaine mexicaine ? En quoi les Universités, avant que les partis d’opposition n’intègrent le système électoral, ont-elles performé un contre-pouvoir dont ont su s’emparer les artistes ? Dans quelle mesure les « Grupos » peuvent-ils être affiliés à une histoire de la critique continentale, latino-américaine, laquelle a récemment mobilisé les chercheurs, bien qu’au prisme exclusif du conceptualisme ? En quoi leur histoire permet-elle de penser à nouveaux frais la question du « retour à l’ordre » des années 1980 ? Au crois


  • Résumé

    Ement entre histoire et histoire de l’art, entre une histoire locale et une histoire globale, l’histoire des Grupos permet de travailler de manière privilégiée sur un moment fort de redéfinition des pratiques artistiques, tout comme de réinvestir de manière critique l’historiographie de l’art contemporain, non pour combler les lacunes d’un récit totalisant, mais pour relire les débuts d’une histoire qui continue aujourd’hui de s’écrire, à travers un répertoire élargi d’œuvres, de textes théoriques et d’expériences interrogeant frontières historiographiques et disciplinaires, ainsi que les enjeux géopolitiques modelant le récit de l’art récent.