Changement d'attitude envers l'infertilité en Iran.

par Tayebeh Taherian Fard

Projet de thèse en Demographie et Sciences Sociales


Sous la direction de Hervé Le Bras.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 29-10-2008 .


  • Résumé

    Ce travail de thèse a pour objectif d’étudier les changements intervenus ces dernières décennies, vis-à-vis de la question d’infertilité en Iran. Depuis la révolution islamique en 1979, la population de l’Iran a connu des bouleversements très importants. Les autorités religieuses chiites et le système politique dominant sont intervenus pour influencer l’évolution démographique. On constate d’une part une baisse historique de la fécondité que l’on peut qualifier de « stupéfiante », car elle était la plus rapide du monde. D’autre part, au cours de la dernière décennie, on observe une forte augmentation de l’infertilité qui dépasse la moyenne mondiale et préoccupe les autorités iraniennes. Cependant, au niveau des couples, l’infertilité qui était parmi les principales causes de divorce en 1981, ne l’est plus aujourd’hui. Cette recherche, en combinant deux méthodes quantitative et qualitative, développera les changements de mentalité des couples et les raisons qui les ont amenés à accepter de vivre sans enfant dans le contexte historique, culturel, sociodémographique et religieux de la société Iranienne contemporaine. Dans la partie quantitative, nos analyses démographiques de l'infertilité reposent sur les données secondaires, des Enquêtes Démographiques et de Santé (EDS), en Iran et dans le monde. Nous avons calculé le taux d’infertilité grâce au logiciel SPSS, pour l’ensemble des provinces de l’Iran, selon le niveau d’éducation et le statut social dans les zones urbaines et rurales en 2000. Ensuite nous avons comparé nos estimations avec celles d’une étude faite en 2014, afin de montrer certains changements intervenus depuis l’année 2000. Dans la partie qualitative, en premier lieu, les raisons principales de la récente augmentation de l’infertilité, seront abordées selon les entretiens réalisés auprès de 70 couples infertiles et de plusieurs spécialistes de ce domaine en Iran (médecins, gynécologues, biologistes). Ensuite nous nous intéresserons au traitement de l’infertilité, aux changements des mentalités et au contexte juridique en lien à l’AMP, l’adoption et aux mères porteuses. Effectivement, le contexte de l’augmentation de cette problématique, impacte durablement les prises en charge des patients et favorise l’amélioration des traitements de l’infertilité dans les centres médicaux. L’Iran chiite est devenu le seul pays au monde dans lequel toutes les méthodes d’assistance médicale à la procréation ont été légalisées. Cette politique démographique du gouvernement, à la fois moderniste et religieuse, suscite un grand intérêt et témoigne un véritable paradoxe Iranien. En tenant compte de cette particularité, nous examinerons la position de la religion chiite de ce pays par rapport aux traitements de l’infertilité et mettrons en lumière les différents points de vue, vis-à-vis d’autres pays et d’autres religions ou branches de l’islam. Enfin, l’infertilité restant un sujet intime et douloureux pour la plupart des couples que j’ai interrogés, nous tenterons de décoder certaines attitudes et certains non-dits vis-à-vis de leur infertilité, en faisant usage des couleurs qui nous permet une meilleure compréhension de cette problématique.

  • Titre traduit

    Changing attitude towards infertility in Iran


  • Résumé

    The aim of this research is to study the changes in infertility that have occurred in recent decades in Iran. Since the Islamic revolution in 1979, Iran’s population has transformed greatly. Shiites religious authorities and the dominant political system have exerted intervening policies to influence demographic changes. On the one hand, we observe a historical decline in fertility that can be described as "stupefying" because it was the fastest in the world. On the other hand, during the last decade, there has been a sharp increase in infertility that exceeds the world average and worries the Iranian authorities. However, infertility, which was among the main reasons of divorce in 1981, is no longer considered a major issue by the Iranian couples. Combining two quantitative and qualitative methods, this research examines the couples' mentality that has changed over time and explores the reasons that led them to accept childlessness in the historical, cultural, socio-demographic and religious context of contemporary Iranian society. In the quantitative part, our demographic analysis of infertility is based on the secondary data such as Demographic and Health Surveys (DHS), in Iran and around the world. We calculated the infertility rate using SPSS software, for all provinces of Iran, by education level and social status in urban and rural areas in 2000. Then we compared our estimates with those of a study done in 2014, to show some changes since the year 2000. In the qualitative part, firstly, the main reasons for the recent increase in infertility, is discussed according to interviews conducted with 70 infertile couples and several specialists in this field in Iran (doctors, gynaecologists, biologists). Then we shift the focus towards the methods of treatment of infertility, changes in young couples’ mentalities, the legal procedures within the MAP, adoption and surrogacy. In fact, the increase in infertility has a long-term impact on how patients are meditated and it helps to improve treatments of infertility in medical centres. Iran has become the only Shia country in the world in which all methods of medically assisted procreation have been legalized. This demographic policy of the government, both modernist and religious, creates a contradictory situation and resembles a real Iranian paradox. Taking this into account particularity, we examine the position of the Shia religion in relation to the treatment of infertility and highlight different points of view in other countries and among other religions or branches of Islam. Finally, since infertility remains an intimate and sensitive subject for most couples I interviewed, we try to decode the couples’ attitudes and their presumably unmentionable stories regarding their infertility. This is done by making use of colours that allows us a better understanding of this problem.