Patrimoines irréguliers en France et en Italie : origines, artification, regard contemporain

par Roberta Trapani

Thèse de doctorat en Histoire de l'art

Sous la direction de Fabrice Flahutez et de Eva Di Stefano.


  • Résumé

    Depuis les années 1930, un lent processus d’« artification » investit des lieux de vie embellis par leurs propres habitants avec des techniques improvisées. Considérés à l’origine comme des curiosités locales, ces sites sont révélés au monde de l’art par les surréalistes, qui amorcent leur documentation. Dans l’après-guerre, ils connaissent une réception de plus en plus enthousiaste au sein de certains milieux artistiques et seront annexés successivement à l’art médiumnique, à l’art naïf, à l’art brut, à l’outsider art, à l’architecture fantastique, entre autres, donnant lieu à une pléthore de définitions. Ces environnements irréguliers seront alors considérés souvent comme l’expression spontanée d’impulsions intérieures, sans influences ni tradition. Cette thèse propose de revenir aux origines de cette forme artistique, en révélant le mouvement circulaire qui la relie, d’une part, aux cultures populaires et, d’autre part, aux courants officiels de l’histoire de l’art contemporaine. Elle examine également les conditions de sa réceptions, dans un contexte dominé jusque dans les années 1970 par le paradigme primitiviste, avant de se concentrer sur la multiplication des initiatives qui, depuis la fin des années 1970, marquent un renouvellement du regard. Tout au long, les environnements irréguliers sont questionnés dans leur faculté à associer des notions fondamentales – art, culture, marginalité, architecture, grotesque, baroque, ornemental, entre autres – et à être saisis comme un outil opératoire désignant une forme d’authenticité artistique ou culturelle.

  • Titre traduit

    Irregular heritages in France and in Italy : origins, artification, contemporary wiev


  • Résumé

    Since the 1930s, a slow process of « artification » invested living spaces decorated by their own inhabitants with improvised techniques. Originally regarded as local curiosities, these sites have been introduced to the artistic world by the Surrealists, who began their documentation. In the post war period, they have been seen with increasing enthusiasm in some artistic circles and then have been linked to mediumistic art, naive art, art brut, outsider art, fantastic architecture, among others, creating a plethora of definitions. Irregular environments have often been considered as the spontaneous expression of inner impulses, without influence or tradition. This thesis proposes to return to the origins of this form of art, revealing the circular movement that connects it, on one hand, to the popular cultures and, on the other hand, to the officials movements of the history of contemporary art. It also examines the conditions of its own reception, in a context dominated until the 1970s by the primitivist paradigm, before of focusing on the many initiatives that, since the late 1970s, brought a renewed look. All along, irregular environments have been questioned in their ability to combine fundamental concepts - art, architecture, culture, marginality, ornamental, among others - and to be taken as an operational tool for a form of artistic or cultural authenticity.