Formes d’engagement, espaces publics et ethnicité dans le quartier de La Source La citoyenneté à l’épreuve de l’habiter.

par Sina Safadi

Projet de thèse en Anthropologie


Sous la direction de Catherine Neveu et de Hélène Bertheleu.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 21-11-2010 .


  • Résumé

    Cette thèse est le fruit d’une ethnographie de plusieurs années auprès des habitants du quartier de La Source à Orléans. Ancien espace boisé de 700 hectares à l'orée de la Sologne, La Source devient un quartier administratif de la commune d’Orléans en 1959. Aujourd’hui, un sixième de la population orléanaise réside sur ce territoire (sans compter la population étudiante) soit près de vingt mille habitants. L’histoire tant démographique qu’urbanistique de ce quartier, comparable à celle des villes nouvelles, a fortement clivé les modes d’habiter, et marqué les formes d’appropriation des espaces publics. L’observation des pratiques quotidiennes et ordinaires des habitants dans divers lieux et moments de sociabilité ainsi que l’analyse de documents d’archive et la réalisation d’entretiens sont les données empiriques à partir desquelles je me suis intéressé aux formes d’engagement polymorphes des habitants de ce territoire. Cette méthode d’enquête, immersive et participative, m’a permis de saisir les formes d’une vie politique locale par le biais des actions et des discours « ordinaires » de ses habitants, plutôt que par une conception doxique, institutionnelle, du politique. Je soutiens dans ce travail que les manières d’habiter un territoire façonnent ses espaces publics, c’est-à-dire les espaces physiques dans lesquels les habitants construisent un monde commun avec un groupe de pairs. Or l’espace public n’est pas univoque, celui de l’un n’est pas nécessairement partagé et appréhendé comme tel par un autre. De l’observation de ces dynamiques sociales et politiques, émergent ainsi plusieurs types d’espaces publics, définis par leur accessibilité physique et symbolique, qui peuvent être divisés en trois catégories poreuses entre elles, et mouvantes dans le temps : un espace public du politique institutionnalisé, un espace public majoritaire et un espace public minoritaire, lesquels façonnent autant qu’ils sont façonnés par des processus de citoyenneté. En effet, c’est précisément au moment où les habitants mettent à l’épreuve leurs capacités d’agir, liées à la capacité d’influencer une transaction sociale dans un espace public que se façonnent tout à la fois des formes d’engagement et des processus de citoyenneté. Ce travail repose sur l’analyse de quatre milieux, perméables entre eux : la mise en œuvre par des élus et des salariés de collectivités territoriales d’une politique de la ville, le Grand Projet de ville, dans le quartier de La Source ; les modalités et formes d’engagement de militants de l’une des plus vieilles associations du quartier, l’Association des Habitants de La Source ; les formes d’engagement de clients-habitués d’un lieu de restauration situé dans un territoire décrié du quartier de La Source ; et enfin, les arrangements et les disputes d’habitants impliqués dans la conception d’un jardin partagé.

  • Titre traduit

    Forms of Involvement, Public Spaces and Ethnicity in the Neighbourhood of « La Source ». Citizenship at the Test of Dwelling.


  • Résumé

    This thesis is the result of a multi-year ethnography with the inhabitants of the neighbourhood of La Source in the municipality of Orléans. I focused on citizenship building in this territory, through the following empirical data: the observation of social transactions in various spaces and moments of sociability, the analysis of archives and the realisation of numerous in-depth interviews. La Source is a former wooded area of 700 hectares at the edge of the Sologne river, and it became an administrative neighbourhood of the municipality of Orléans in 1959. Today, around twenty thousand inhabitants, a sixth of the population of Orléans, lives in this area (not including the student population). The demographic and urban history of this neighbourhood, similar to other new towns, has strongly divided the ways of dwelling and affected the ways of delimiting and investing public spaces. This fieldwork methodology, both participative and immersive, allowed me to grasp the forms of local political life through the “ordinary” actions and discourses of its inhabitants, rather than through a doxic and institutional conception of the political . I argue in this thesis that the ways of dwelling in a specific territory shape its public spaces, i.e. the physical spaces in which residents build a common world with a group of peers. Yet public space is not unequivocal, it is not necessarily shared and comprehended in the same way by all. From the observation of these political and social dynamics, several types of public spaces emerge, defined by their physical and symbolic accessibility; they can be divided in three porous and evolving categories: a public space where the political is institutionalised, a majority public space and a minority public space, which all shape and are shaped by processes of citizenship. Indeed, it is precisely when inhabitants test their capacity to act, linked to the capacity to influence a social transaction in the public space, that forms of engagement and processes of citizenship take shape. This work is based on the analysis of four porous and interconnected spheres: the implementation by elected representatives and local authorities officers of a state-led public action framework, the 'Major City Project', in the neighbourhood of La Source in Orléans (France); the modalities and forms of involvement developed by the members of one of the oldest local organisation, the Residents Association of La Source; the forms of involvement of regular customers of an eating place located in a denigrated area of the neighbourhood; and eventually the arrangements and dissensions of residents involved in the creation of a community garden.