L'art en hétérotopie, un acte créateur et destructeur

par Alice Simoës

Projet de thèse en Sciences de l'art et esthétique

Sous la direction de Marie-Pierre Lassus.

Thèses en préparation à Lille 3 , dans le cadre de École doctorale Sciences de l'homme et de la société (Villeneuve d'Ascq, Nord) depuis le 01-10-2009 .


  • Résumé

    Mon projet de thèse consisterait à déterminer l'évolution de la symbolique de la folie dans les œuvres picturales d'europe centrale, à partir du moyen-âge jusqu'à nos jours en essayant de retrouver les sources de ces symboles. ce travail, en lien avec mon activité professionnelle, aurait pour objectif de m'aider à comprendre les rapports entre création/destruction dans le milieu psychiatrique dans lequel je travaille depuis cette année.ce sujet pourra inclure la symbolique du mal dans le domaine religieux sans pour autant orienter le travail dans un sens théologique. ma recherche de m1 qui portait sur l'effet de l'enfermement chez joan ponç (1927-1983), un artiste catalan dont l'œuvre est imprégnée d'éléments issus de cette symbolique, me sera utile dans ce projet. en effet, cet artiste enfermé dès le plus jeune âge par son entourage, s'est crée un monde dans lequel il peut vivre et survivre à la folie. la création artistique fut pour lui un moyen de résilience au sens où l'entend boris cyrulnik (1937- ?)(un merveilleux malheur, paris, jacob, 1999) qui lui a permis de résister en créant. la thématique de l'effet de vie a été abordée dans le cadre de mon mémoire de master 2 à partir d'une recherche de terrain à prémontré, un établissement public de santé mentale, situé dans l'aisne et où je suis en poste depuis 2008.cette étude phénoménologique fondée sur des expériences vécues (avec témoignages des participants) avait pour objectif de déterminer le rôle de l'art et de la création dans des lieux d'enfermement. toutes ces prospections m'ont donnée envie de poursuivre ma recherche et de l'élargir en la confrontant avec les symboles de la folie repérés dans les œuvres picturales à partir du moyen-âge, en europe. par ma recherche, je souhaite démontrer la force de l'activité créatrice et la permanence de certains symboles, récurrents dans l'art mais dont les significations se modifient au fil du temps. pour cela j'analyserai plus particulièrement les écrits d'antonin artaud( 1896-1948) et m'appuierai, pour le décryptage des symboles, sur les ouvrages des éditions hazan (entre autres, ceux de lucia impelluso, la nature et ses symboles, paris, 2004 et francesca pellegrino, mondes lointains et imaginaires, paris, 2007). fondamentale sera pour moi la réflexion de hanna arendt (1906-1975), (eichmann à jérusalem ou rapport sur la banalité du mal, paris, gallimard, 1966) ainsi que les travaux de michel foucault (1926-1995) sur l'histoire de la folie à l'âge classique. celle-ci sera complétée par les livres de jurgis baltrusaïtis (1903-1988) qui permettent de mieux comprendre l'univers moyenâgeux. la visite de musées et de lieux historiques en lien avec mon sujet de recherche, me seront également d'une grande utilité. celui-ci étant très vaste, je pourrai établir des comparaisons entres différentes époques, repérer des moments de rupture qui donnent lieu à des changements afin d'en comprendre les raisons.en tant que coordinatrice des affaires culturelles à prémontré, j'ai pu me rendre compte de l'influence exercée par le lieu sur les personnes qui y vivent au quotidien. cela m'a amenée à découvrir des concepts tels que le « hors lieu », ou « l'hétérotopie », développés en particulier par michel foucault, qui m'ont aidée à déterminer quelle sorte de lieu ou de « hors lieu » représentait un établissement public de santé mentale et comment peut-on y vivre en tant qu'« habitant ». ces notions furent indispensables pour comprendre « l'effet de vie » de la création chez les usagers de l'espace culturel que j'ai en charge et qui, dans le temps de l'atelier deviennent « sujets » de leurs actes. la notion de « sujet » restera à déterminer à la lumière d'une anthropologie qui puisse reconnaître l'être humain au titre de sujet. au fondement de celui-ci est inscrite une négation qui est la condition de l'existence et de la différenciation entre le dedans et le dehors. a ce propos, freud (1856-1939) ou hegel (1770 -1831) se font une idée processuelle de la conscience dans laquelle peut se déployer une certaine positivité. pa


  • Résumé

    R ailleurs, winnicott 1896-1971) a montré que la destruction pouvait être positive et que l'agressivité qui lui est liée était nécessaire pour pouvoir établir une séparation entre le moi de l'enfant et la mère. cette négation et cette destruction qui sont à l'origine de l'accès au statut de « sujet » est également indispensable à la création artistique. si créer c'est produire quelque chose qui n'existait pas encore, la négation constitue bien le premier niveau de l'autonomie tant pour le sujet que pour l'artiste. ce soi, en perpétuel processus d'individuation, doit sortir de soi pour s'ex-primer. la violence imposée au soi pour prendre la parole, pour créer. le travail créatif est une victoire dont la face négative, destructrice, est indissociable de la face positive et créative. didier anzieu (1923-1999) met en valeur ce transfert paradoxal, l'illusion duelle dans le couple, l'attaque contre le processus créateur par la pulsion de mort. ce sujet m'aidera à mener correctement des ateliers artistiques en « hétérotopie » de crise ou de déviation. grace à une telle réflexion je mettrai en abime la notion même de l'art pour valoriser l'acte de création. mon sujet de thèse n'est pas tant un objectif professionnel qu'une volonté de discerner ce que je mets déjà en place et de tendre vers une « esthétique de l'existence. »la notion d'acte de création fera l'objet intégrante de ma recherche esthétique. je me baserai pour cela sur les recherches d'allan kaprow (1927-2006)dans mes ateliers, j'ai pu constater que cet effet de vie de la création artistique passait avant tout par un acte de création/destruction dont les mouvements indissociables se croisent et se déploient dans le temps de l'atelier où j'essaye d'installer les conditions de calme et de silence propices à cet effet. a partir de ces observations, je développerai une approche phénoménologique en suivant une méthode de recherche divisée en quatre étapes : dans un premier temps, je me mettrai en quête des symboles utilisés par les peintres pour en examiner les fondements. puis, je comparerai les différentes époques afin de déceler l'influence de l'art sur le monde psychiatrique (les asiles, hôpitaux…). en tenant compte de l'étude des divergences selon les pays, je vérifierais si l'apparition de l'art en milieu psychiatrique en a affecté les symboles. je mènerai donc une étude à la fois esthétique et historique de l'art d'après le critère de la folie tout en m'inspirant de la réalité de la création/destruction vécue dans mes ateliers.l'objectif de mon travail est d'apporter des éléments de réponse à cet aspect humain de ma recherche et de déterminer, d'après mes observations de type phénoménologique, comment l'art peut transformer l'être humain et quelles sont les modifications apportées par les œuvres picturales à la perception de la folie par le grand public.