Vers un régionalisme asiatiques

par Momoko Sone

Projet de thèse en Science politique

Sous la direction de Jean Joana.

Thèses en préparation à Toulouse 1 depuis le 08-01-2010 .


  • Résumé

    La notion de régionalisme asiatique 'incluant l'asean + 3 pays, ainsi que, dans une certaine mesure, la russie, l'inde et les etats-unis' a pris ces dernières années une ampleur nouvelle. pourtant, la motivation pour un régionalisme asiatique reste floue et est à imputer à des pressions et stimuli externes, plutôt qu'à une volonté interne d'intensifier l'intégration et la coopération. les nations asiatiques elles-mêmes ne semblent pas capables de définir des objectifs communs vers d'avantage d'intégration et de coopération. mais les succès de l'intégration de l'union européenne, et dans une certaine mesure, des amériques, ont suscité ces dernières années des réactions dans la sous-région asiatique, réactions qui, même si elle ne sont pas d'une remarquable ampleur, marquent une étape indiscutable vers le début d'un processus de coopération et d'intégration régionale. la région asiatique a vu récemment une augmentation de la coopération et de l'intégration dans les domaines des affaires organisationnelles, économiques/financières, politiques, sociales, et même en matière de défense. une organisation telle que l'asean 'association of south-east asian nations', par exemple, a fait de sa devise l'intégration et la coopération. et même si dans les faits on reste loin d'une intégration régionale, l'idée est aujourd'hui bien ancrée dans la région asiatique. il convient de noter également l'existence de l'arf, organisation asiatique commune de défense. sur le plan du commerce et des affaires économiques, '' tous les traités intra-asiatiques possibles '' ont été conclus, ou au moins intensivement étudiés, ces dernières années. dès le début des années 80, des organisations économiques comme l'east asian economic group, visant à promouvoir l'interdépendence économique entre nations asiatiques, avaient vu le jour. avec ces nouveaux liens commerciaux et économiques trans-frontaliers, certains verrous sociaux et certaines rancœurs politiques entre nations se sont adoucis. le besoin d'une coopération et d'une identité régionale plus fortes s'est encore renforcé depuis un an. en effet, avec l'instabilité du marché mondial 'surtout américain', du marché régional, et le comportement imprévisible de la corée du nord, les nations asiatiques se trouvent plus que jamais face à une '' obligation '' de travailler à la création d'un véritable bloc régional. le mode de fonctionnement dispersé qui caractérise la région asiatique n'est plus à même de répondre aux nouveaux enjeux économiques et à l'intensification du jeu politique dans la région. les blocs sous-régionaux, cristallisés, ne permettent plus de répondre à la complexité de ces enjeux, et seule une identité régionale forte permettra de franchir les obstacles auxquels la région est aujourd'hui confrontée. l'union européenne et ses 27 états membres, exemple le plus « solide » du régionalisme, est aujourd'hui présenté sur la scène internationale comme le « modèle régional » par excellence. il n'est pas envisageable d'appliquer le model européen à la région asiatique de manière simple et directe, car les facteurs historiques, politiques, culturels, et sociaux diffèrent intimement entre ces deux régions. il convient également de rappeler que l'union européenne d'aujourd'hui est le résultat d'un demi siècle de travaux acharnés et de transformations. néanmoins, il y a bien entendu un grand nombre de leçons et de points importants à tirer de l'expérience européenne pour une meilleure intégration asiatique. dans ce sens, l'intégration économique européenne représente un exemple typique applicable à d'autres régions. l'existence d'un marché unique est la pièce maîtresse de l'union européenne. l'acte unique européen, signé dans les années 80, a été le premier pas du long et intensif processus qui a conduit à la création du marché unique, faisant tomber les barrières techniques, douanières, législatives et bureaucratiques. cette ouverture à mené à une intensification de la compétition, du libre-échange et de l'accessibilité au marché, et à un aplanissement des prix à l'échelle de l'union européenne toute entière, et par là, à une plus grande prospérité et un accroissement du niveau de vie 'et également à une diminution du coût des transactions à l'échelle des entreprises et même des individus'. de plus, elle a fait de l'europe, en tant que bloc économique régional, un vis-à-vis économique et politique des etats-unis et a renforcé les traités commerciaux bilatéraux et régionaux, comme l'accord de cotonou signé entre l'union européenne et les états d'afrique, caraïbes et pacifique. ainsi, le point qui apparaît le moins problématique à mettre en œuvre pour une meilleure intégration asiatique est économique, et concerne l'harmonisation du marché 'un marché unique n'est probablement ni envisageable, ni désirable dans l'état actuel des choses'. de plus, d'un point de vue théorique, l'argument que l'interdépendance économique encourage la coopération politique et l'intégration, et crée un climat peu favorable aux conflits militaires, peut parfaitement être avancé. ce dernier point apparaît d'ailleurs critique pour le régionalisme asiatique, étant donné les querelles post - seconde guerre mondiale qui couvent encore chez certains états, et la nécessité de contrôler des dérives potentiellement violentes de la part de certains états 'et éventuellement une résurgence impérialiste de la chine'. la paix politique est évidemment le fait de facteurs multiples, et ne résulte pas seulement de l'interdépendance économique, mais il est indéniable que les liens transnationaux encouragent le compromis plutôt que les conflits armés. de plus, une intégration économique plus poussée, garantissant plus de poids économique à la région asiatique, renforcerait son potentiel commerciale avec les états ou les blocs régionaux extérieurs. en outre, dans le cas particulier de l'asie, la création d'une zone de libre-échange et d'un marché harmonisé interviendrait à une échelle inférieur à celle de la politique de l'omc. une intégration plus forte serait même bénéfique pour les nations asiatiques en leur permettant de mener des négociations à l'omc en tant que bloc régional 'ou tout au moins avec une identité régionale plus marquée'. enfin, l'émergence d'une identité régionale ferait sortir l'asie de l'enchevêtrement des traités de préférence commerciale 'pta' qui entrent trop souvent en conflit avec les règles du gatt et de l'omc. ces 25 dernières années ont vu l'émergence de plus de 200 traités de ce genre. même si l'on peut penser que les raisons sous-jacentes à une telle prolifération de traités commerciaux dans la région asiatique ont peu à voir avec les idéologies poussant à plus d'intégration, qu'elles le veuillent ou non, les coopérations économiques et commerciales représentent un levier formidable pour une intégration plus forte. l'économie et le commerce asiatiques ont été caractérisés depuis la fin de la seconde guerre mondiale par une méfiance envers le phénomène de mondialisation, un protectionnisme dans certains secteurs, et des restrictions envers les investissements directs étrangers (fdi) et les zones de libre-échange. il convient aussi de noter que contrairement à l'europe, le poids relatif des échanges commerciaux intra-asiatiques comparés aux échanges totaux reste faible, puisqu'il est de l'ordre de 20%. cela a conduit certains économistes à défendre l'idée que l'harmonisation du marché asiatique était une perte de temps, en comparaison au développement de traités commerciaux à l'échelle trans-pacifique 'du fait principalement de la taille du marché américain'. pourtant, la création d'un bloc économique régional asiatique ne peut être que bénéfique, localement, mais aussi globalement, car elle permettrait, encore une fois, de renforcer la voix de l'asie dans les échanges commerciaux avec d'autres nations et d'autres blocs régionaux. plus important encore, l'intégration économique mènerait naturellement à une identité renforcée, et à des opportunités de coopération politique. de plus, le fait de travailler en commun à une économie asiatique unifiée tempérerait la méfiance de certains états asiatiques quant à de leur dépendance vis-à-vis des poids lourds que sont les économies chinoises et japonaises. depuis quelques années, on peut noter que les états asiatiques ont déjà avancé de quelques pas dans la direction des objectifs théoriques exposés ci-dessus. par exemple, le japon a proposé la création de la cepea 'comprehensive economic partnership in east asia', qui a pour objectif d'établir un traité unique asiatique 'à l'exclusion de l'agriculture' pour harmoniser les règles d' origine et leurs corrélaires. on peut noter également que le ftaap 'free trade area of the asia pacific' a su s'accorder les faveurs des etats-unis 'un pays qui ne peut pas être ignoré lorsque l'on considère le régionalisme asiatique'. d'autres experts, ainsi que les banques asiatiques, plaident actuellement pour une harmonisation des traités de préférence commerciale et des traités commerciaux 'avec une pression également dans ce sens de la part de l'omc', en se référant à l'exemple européen, et en particulier au système pan-européen de 1997 qui a imposé des règles d'origine communes dans les traités intra-européens. ces démarches sont non seulement les preuves de l'enclenchement d'un mouvement vers une intégration régionale, mais elles sont également des signes politiques forts. ces traités commerciaux et économiques, et ces initiatives, propulsent réellement la géographie politique de l'asie vers une identité régionale mieux définie. en se basant sur les fondamentaux du régionalisme asiatique, comme l'asean + 3 'qui peut être considéré actuellement comme le cœur du régionalisme asiatique' et l'apec, la région asiatique est en mesure d'approfondir et d'élargir ses liens économiques et commerciaux internes et par là, de se frayer un chemin vers une plus forte intégration, tant politique et économique que sociale et culturelle. une région asiatique renfermée sur elle-même n'est ni désirable, ni réaliste, mais une région asiatique harmonisée, maintenant des liens solides avec d'autres nations et régions, comme les etats-unis 'il n'est pas réaliste à ce jour de considérer l'intégration asiatique sans la bienveillance et la coopération des etats-unis' et l'union européenne, verrait sa stabilité et son pouvoir renforcés, dans le contexte actuel du libéralisme mondial.


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