La Forme-Evénement : le cinéma révolutionnaire mozambicain et le cinéma de libération

par Maria raquel Schefer

Thèse de doctorat en Études cinématographiques et audiovisuel

Sous la direction de Philippe Dubois.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Arts & médias (2009-2015 ; Paris) , en partenariat avec IRCAV - Institut de Recherche sur le Cinéma et l'Audiovisuel, Equipe de recherche (equipe de recherche) depuis le 12-01-2009 .


  • Résumé

    Cette thèse porte sur les représentations filmiques de la guerre de Libération (1964-1974) et de la Révolution mozambicaine (1975-1987) et vise à analyser les enjeux esthétiques et politiques du cinéma révolutionnaire de ce pays. La compréhension de cette problématique passe dans un premier temps par un examen des différentes logiques qui ont présidé aux positionnements de la théorie anticoloniale à l’égard de la culture pour ensuite interroger la politique du cinéma d’État et ses contradictions. Les représentations filmiques de ces deux processus historiques, en particulier les figurations de la guerre de Libération, furent un instrument essentiel pour la formation de l’identité nationale, à l’intérieur d’un dispositif épistémique historiographique que nous nommons, d’après Borges Coelho, le « Script de Libération ». En reconstituant les principes d’une culture de libération transnationale, où la décolonisation politique était perçue comme inséparable de la décolonisation de la culture et de la connaissance, et en retraçant ses fondements historico-épistémologiques, cette thèse envisage de considérer les conditions politiques, idéologiques et technologiques qui conduisirent à la fondation de l’Institut national de cinéma mozambicain (INC) en mars 1976 et l’orientation que le Front de libération du Mozambique (FRELIMO) tenta d’imprimer au cinéma. La délimitation des trois phases du cinéma révolutionnaire mozambicain mettra en exergue les déséquilibres entre la coexistence d’un projet de production cinématographique collective, l’expérimentation formelle et les postulats du programme étatique. La notion de « forme-événement » nous permettra de concilier deux dimensions de la production esthétique : celle qui envisage l’art comme reflet ; celle qui le considère à partir de ses effets. À travers l’analyse esthétique formelle et historique d’un ensemble de films singuliers réalisés entre 1966 et 1987, nous chercherons à mettre en évidence les positions prises par les cinéastes, les résistances et les rapports successifs et contradictoires entre le cinéma collectif, d’auteur et d’État. De l’étude approfondie du film "Mueda, Memória e Massacre" (1979/1980) de Ruy Guerra et de son histoire matérielle émergera une connaissance archéologique et critique du programme politique et culturel mozambicain, dont la trajectoire concerne l’inachèvement et les contradictions du projet de la modernité. Dans un deuxième temps, cette thèse envisage une insertion du cinéma révolutionnaire mozambicain dans son contexte historique et culturel en élaborant une cartographie du cinéma de Libération en relation avec la conjoncture politique des années 1960 et 1970. La notion de « cinéma de Libération » se trouve dans un cadre historique, géographique et catégoriel par rapport à l’histoire du cinéma politique, d’avant-garde et expérimental et de l’histoire du cinéma en général. Ce concept convoque un ensemble de principes heuristiques et de pratiques discursives qui désorganisent la « colonialité » des rapports de pouvoir et de savoir, telle qu’elle se manifeste dans le cinéma. L’étude d’une série d’œuvres filmiques nous permettra d’établir une cartographie extensible du cinéma de Libération, englobant ses formes d’expression possibles et ses champs conceptuels corrélatifs. Nous nous focaliserons sur les différents niveaux d’écriture cinématographique, sur les conceptions internes et externes de chaque œuvre, sur les parallélismes esthétiques, politiques, historiques et épistémologiques et les diverses structures de production et de distribution. Les affinités politiques et esthétiques, ainsi que les parcours de cinéastes, autoriseront notamment à mettre en corrélation le cinéma révolutionnaire mozambicain et le cinéma révolutionnaire portugais (1974-1982). Cette approche nous conduira à repenser certaines positions théoriques relatives aux transformations esthétiques et politiques opérées par le cinéma des années 1960 et 1970. Le troisième niveau d’analyse s’intéressera aux matrices culturelles, politiques et formelles d’une chronologie de résist

  • Titre traduit

    The Form-Event : mozambican Revolutionary Cinema and the Cinema of Liberation


  • Résumé

    Ance (1966-2014). Nous aborderons les articulations d’une histoire critique du cinéma politique et l’« état de la forme » de ce cinéma. Nous examinerons l’histoire et le cinéma de Libération comme le corpus de travail d’un certain nombre de cinéastes et artistes contemporains, ainsi que la « revenance » morphologique de ses singularités stylistiques et figurales dans les représentations filmiques de la nouvelle sphère publique. Les notions méthodologiques de « géographie » et d’« historicité » des formes filmiques permettront de mettre en évidence différents modes de temporalité et de figurabilité et de dégager des significations esthétiques et politiques relationnelles.