Le village de Kefert 'Aqab : étude monographique d' un site du Gebel Wastani (Massif Calcaire de la Syrie du Nord).

par Bertrand Riba

Thèse de doctorat en Archéologie

Sous la direction de François Baratte.

Thèses en préparation à Paris 4 , dans le cadre de École doctorale Histoire de l’art et archéologie (Paris) depuis le 09-02-2010 .


  • Résumé

    La monographie du village de Kefert ʿAqab permet d’élargir le champ des recherches à la partie occidentale du Massif Calcaire de la Syrie du Nord qui a suscité, jusqu’à récemment, un intérêt assez limité. Le Ǧebel Waṣṭāni, bordé de plaines sur les côtés sud, est et nord, représente la partie méridionale d’une étroite bande rocheuse qui longe la vallée de l’Oronte à l’ouest. Les ruines du site s’étendent, pour l’essentiel, sur un vaste promontoire rocheux situé à l’extrémité nord du chaînon. Elles ont révélé l’existence d’une localité importante, riche de plus de 80 habitations, de plusieurs aménagements communaux, d’un ensemble monastique et de deux complexes ecclésiaux dont l’un fut pourvu, plus tard, d’une enceinte fortifiée. L’étude, fondée sur l’analyse détaillée des vestiges de surface, a livré de nombreux renseignements sur l’évolution économique, démographique et sociale de la communauté paysanne, principalement à partir du IIe siècle jusqu’à la fin du VIe siècle. Au cours de cette période sont en effet construits quasiment tous les bâtiments répertoriés sur le site grâce à la pierre extraite sur place. L’analyse de l’appareil des murs, les relations architecturales entretenues entre les maisons, la nature du décor et la répartition des constructions ont permis de comprendre l’origine de la formation du village, lorsque le site présentait simplement trois hameaux primitifs distincts, jusqu’à la constitution d’une véritable communauté villageoise organisée. En outre, l’identification des phases d’expansion du village, les conditions d’implantation des unités domestiques et des installations agricoles ou hydrauliques ont permis de mettre en évidence les moyens mis en œuvre par les paysans pour répondre à l’accroissement de la population. Les stratégies de mise en valeur du terroir, dont les objectifs sont la maîtrise des ressources en eau et la diversification des cultures, témoignent de l’extraordinaire capacité d’adaptation des hommes à leur environnement naturel. Parmi les activités économiques non spéculatives figurent essentiellement la culture de la vigne, celle de l’olivier et la pratique de l’élevage. L’ouverture à une économie de marché, orientée sur la production des céréales, contribue quant à elle à l’enrichissement global de la paysannerie dès la fin du IVe siècle. La situation privilégiée du site, proche des voies de communication majeures entre les grands centres urbains d’Antioche et d’Apamée, et la proximité du port fluvial de Derkūš qui assurait une liaison directe et peu coûteuse entre le nord du chaînon et la capitale patriarcale, dynamisent dans une large mesure les échanges commerciaux. Ces grands axes, auxquels s’ajoute un réseau de chemins savamment tissé entre les villages, favorisent également les circuits de pèlerinage et la circulation de courants culturels et artistiques. Ainsi, au delà des points communs propres aux localités du Massif Calcaire, le village de Kefert ʿAqab révèle, dans différentes catégories architecturales, des influences diverses, des particularismes microrégionaux et des spécificités qui lui sont propres. Ces constats sont l’occasion de mieux saisir la diffusion, l’assimilation et l’adaptation locale de modèles architecturaux et ornementaux dans ce secteur des campagnes hautement fréquenté. L’arrêt des constructions à la fin de l’époque protobyzantine n’est pas synonyme de l’abandon du village. En effet, au regard des profonds remaniements observés dans chaque bâtiment de la localité, celle-ci reste largement peuplée durant une longue période. L’étude de l’édifice fortifié d’époque médiévale, construit à l’emplacement de l’ensemble ecclésial du sud, montre que le site conserve son caractère stratégique lors des conflits qui agitent la région à cette période. Par ailleurs, suite à la reconquête arabe de la région aux dépens des Francs, l’installation d’une communauté musulmane, attestée à l’intérieur du monument fortifié désormais déserté comme dans certaines maisons antiques, témoigne de la continuité de l’occupation du site à la période ayyūbide, voire mamelūke. Les

  • Titre traduit

    The village of Kefert ‘Aqab : a monographic study of a site in the Gebel Wastani (limestone mountain range in northern Syria).


  • Résumé

    Constructions constituées exclusivement de remplois, comparables aux nombreux aménagements sommaires réalisés à partir du VIIe siècle, montrent que le niveau de vie constaté durant l’Antiquité n’est plus atteint.