Travail et métiers en Normandie à la fin du Moyen Âge : institutions professionnelles et régulation économique

par Francois Riviere

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Mathieu Arnoux.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 01-09-2005 .


  • Résumé

    Dans la Normandie médiévale, à partir de la fin du XIIIe siècle, le terme de métier peut désigner une catégorie d’institutions professionnelles reconnue par les contemporains. À partir de cette époque, les modalités d’application de la réglementation économique propre à ces métiers émergent dans la documentation. Elles se caractérisent notamment par le rôle de gardes désignés avec la participation du groupe professionnel régulé. Cette évolution accompagne la deuxième révolution de l’écrit, qui accentue la mise par écrit des normes. Les statuts de métiers, qui fixent le fonctionnement d’organisations professionnelles, s’intègrent dans le développement d’une réglementation plus détaillée, dont la diffusion géographique est corrélée à la hiérarchie urbaine. Le recoupement des sources normatives avec les archives judiciaires et comptables a permis de compléter le panorama des institutions de métiers normandes, qui inclut des bourgs comme Elbeuf ou Neufchâtel-en-Bray, voire des activités rurales comme la poterie ou la métallurgie. L’analyse quantitative d’un corpus couvrant 60 ressorts juridictionnels atteste sa représentativité et suggère une diversification des institutions de métiers, au-delà des biais documentaires qui ont parfois trompé l’historiographie, notamment à propos de la conflictualité. L’amélioration des sources disponibles autorise des études de cas sur Rouen, mais aussi sur la seigneurie de Louviers, sur les baronnies d’Elbeuf et de Roncheville et sur la minière de Beaumont à Saint-Rémy-sur-Orne. Les comparaisons révèlent les limites de l’autonomie des organisations de métiers dans la sanction des règles professionnelles, malgré quelques exceptions comme les juridictions corporatives du maître des férons de Normandie ou du prévôt des tanneurs de Rouen. Cependant, l’expertise sur la qualité et sur la qualification, tout comme les procédures d’entrée en apprentissage et de maîtrise, paraissent souvent échapper aux autorités jusqu’à la fin du XIVe siècle, et le recours aux juridictions supérieures reste fluctuant au XVe siècle. L’identité des organisations de métiers se polarise autour de leurs gardes, assermentés devant les autorités, plutôt que de se cristalliser dans des communautés dont les contours restent mouvants. De ce fait, l’action collective des groupes professionnels ne se formalise que très progressivement et sort souvent du cadre des institutions de métiers, même si la consultation des communautés est une étape importante dans la genèse de la réglementation professionnelle. La formalisation des institutions de métiers relève d’un développement du droit écrit, dont les usages par des associations professionnelles ou par les autorités varient en fonction des circonstances.

  • Titre traduit

    Work and crafts in Normandy in the late Middle Ages : craft institutions and economic regulation


  • Résumé

    In medieval Normandy, from the end of the XIIIth century, the word métier (craft) could refer to a category of profession-based institutions that were clearly identified by the contemporary society. Dating from that period, the documentation also sheds a new light on the modes of enforcement of the economic rules which are particular to these craft institutions. Among their main characteristics was the role of craft officers (gardes du métier) who were appointed in agreement with the craft group. This evolution goes with the second "writing revolution" which developed the use of written norms. In this study, craft rules are therefore defined as a type of source which sets the structures of craft organisations. The development of this type of source was only part of the expansion of more detailed professional rules, whose geographic diffusion reflects the urban hierarchy. Judicial sources and accounts completed those normative sources and broadened the spectrum of craft institutions by including small towns like Elbeuf or Neufchâtel-en-Bray, as well as rural activities like pottery or metallurgy. The quantitative analysis of sources covering over 60 jurisdictions shows their representativity and a growth that does not entirely come from documentary biases. The diversity of places and activities ruled by craft institutions grew at the end of the Middle Ages. Better sources make case studies possible not only in Rouen but also in the jurisdictions of Louviers, of Elbeuf, of Roncheville and of the mine of Beaumont at Saint-Rémy-sur-Orne. The comparisons reveal how limited the autonomy of craft organisations concerning the enforcement of rules could be, despite a few exceptions like the master of the ironworkers of Normandy or the provost of the tanners of Rouen who had jurisdiction over their peers. However, until the end of the 14th century, the authorities seemed to lack control over the expertise on the quality of goods and on qualification, as well as over the formalities required for becoming an apprentice or a master. Even in the 15th century, the superior courts did not always intervene in such cases. The identity of craft organisations revolved more around their officers, who were sworn before higher authorities, than it depended on the shifting boundaries of the working communities. As a consequence, the collective action of workers very slowly took a formal aspect and often took place outside the craft institutions. Nevertheless, craft communities were consulted as a group about their rules. The development of formal craft institutions at the end of the Middle Ages can be linked to the growing use of written laws that were claimed by professional associations or by the authorities according to the context.