Le Mouvement "universel" de la "jeunesse chrétienne", la YMCA américaine et les Russes : circulation des idées et transferts des méthodes d'organisation et d'action (deuxième moitié du XIXe siècle - 1939))

par Natalia Pashkeeva

Projet de thèse en Histoire et civilisation

Sous la direction de Wladimir Berelowitch.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 22-11-2010 .


  • Résumé

    Dans cette thèse nous étudions, d’abord, le développement du Mouvement « universel » de la « jeunesse chrétienne » en tant que réseau transnational dans l’espace occidental au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle. Nous y analysons ensuite l’interaction entre les agents de la branche américaine du Mouvement, la YMCA, et les représentants des élites politiques, économiques, religieuses et intellectuelles russes en Russie depuis la fin des années 1890, en Europe avec les émigrés russes dans l’entre-deux-guerres, ainsi que les tentatives faites par les agents de l’Association américaine pour se fixer en URSS dans les années 1920. Le Mouvement chrétien des jeunes était conçu comme un espace mondial dépassant les frontières nationales. Cette forme d’internationalisme avait pour ambition de surmonter les nombreuses barrières qui divisaient l’humanité en factions nationales, politiques, économiques, sociales, religieuses ou raciales. Il s’agissait d’un projet utopique construit sur la base du protestantisme évangélique. L’universalisme du Mouvement reposait sur l’idée de la « catholicité » de la « communauté chrétienne » et sur la logique des grandes religions de conversion. Les leaders du Mouvement propageaient le « christianisme vivant ». Réfutant une conception du religieux comme besoin mystique et du christianisme comme ensemble de croyances défini une fois pour toutes, centré sur un dogme rigide et sur un rite religieux, ils prônaient un activisme social des chrétiens et leur participation à la résolution de problèmes sociaux concrets. Initialement axé sur la mission d’évangélisation, ce projet universaliste était lui-même un résultat de la sécularisation à laquelle il devait faire face. Affirmant son « respect » vis-à-vis des structures ecclésiastiques « traditionnelles », le Mouvement était guidé par des laïcs. Manifestant une préoccupation relative aux moyens à utiliser pour soigner les malaises de la société industrielle moderne et pour assurer le progrès de l’humanité, ses leaders prétendaient élaborer un « modèle » de l’action chrétienne « moderne », « organisée », capable d’assurer le développement « intégral » (moral, intellectuel, physique et social) des individus, mettant un accent particulier sur la formation des élites. Dans une perspective de long terme, leur ambition était d’assurer une transformation sociale, politique et économique des sociétés humaines. Plusieurs problématiques sont explorées : 1. Le rapport entre, d’une part, les engagements « universalistes » et « nationaux » et, d’autre part, les facteurs qui influençaient les rapports de force entre des cultures nationales différentes et, donc, déterminaient les vecteurs de la circulation d’idées, d’expériences et de pratiques dans ce type de mouvance internationaliste ; 2. Le mécanisme de la pénétration de la YMCA américaine dans un autre pays, en l’occurrence en Russie, et les motifs invoqués pour le justifier ; 3. Le rapport entre la religion et la politique ; 4. Les relations entre les protestants et les chrétiens orthodoxes. L’étude de ces problématiques se décline en plusieurs dimensions structurées par quatre dichotomies principales : « universel » versus « national », « laïque » versus « religieux », « modernité » versus « tradition », « politique » versus « apolitique ».

  • Titre traduit

    The Young People' Global Christian Movement, the American YMCA and the Russians : circulation of ideas and transfer of methods of ogranization and of action (second half of the 19th century - 1939))


  • Résumé

    In this thesis we first investigate the creation of a transnational network by the advocates of the Young People’ Global Christian Movement in the West in the latter half of the 19th century. Secondly, we analyze the interaction between the agents of the American branch of the Movement, the American YMCA, and the representatives of the Russian political, economic, religious and intellectual elites in Russia from the end of the 1890s and in Europe with the Russian émigrés in the period between the two world wars. Attempts to implant the American Association in the USSR in the 1920s are also considered. The Young People’ Christian Movement was conceived as a global space transcending national boundaries. The ambition of the advocates of this form of internationalism was to break the barriers of nationalities, politics, economic and social inequalities, religion or race. This utopian project was founded on the values, beliefs and principles of Evangelical Protestantism. The Movement’s universalism was founded on the concept of Christian communities’ “catholicity” and was following the logic of religious conversion. Its leaders were propagating the Vital Christianity. Refuting the conception of religion as a mystic quest and that of Christianity as a set of beliefs defined once and for all and focused on the rigid dogma and on the performance of a religious belief, the leaders of the Global Christian Movement were calling for a social activism of Christians and propagating their capacity to engage in practical problem solving in their own communities. With an initial focus on the mission of evangelization, the Young Christians’ Movement should be a bulwark against the growing secularism of society. However this Universalist project was itself the result of the secularization. Affirming “respect” for the “traditional” ecclesiastical structures, the Movement was guided by laypersons. Demonstrating an active concern for the means to treat the ailments of the modern industrial societies and to assure the progress of humanity, the leaders of the Young Christians’ Movement had an ambition to elaborate a “model” of a “modern” and “organized” Christian action, capable of ensuring the “integral” (moral, intellectual, physical and social) development of the individuals, with a particular emphasis on the training of the elites. Set in a long-term perspective, the ambition of the leaders of the Movement was to assure a complete social, political and economic transformation of human societies. Several problematic issues were explored: 1. The relationship between the “globalist” and “national” commitments, and the factors affecting the power relations between the different national cultures and determining the direction of circulation of ideas, experiences and practices within this internationalist movement; 2. The mechanism of and the motives invoked to justify the penetration of the American YMCA in the other countries, i.e. in Russia; 3. The relationship between religion and politics; 4. The relationship between Protestants and Orthodox Christians. This study addresses four key dichotomies: “universal” versus “national”, “laic” versus “religious”, “modernity” versus “tradition”, “political” versus “apolitical”.