La Littérature et son public d’amateurs au XVIIIe siècle : contribution des correspondances féminines

par Benedicte Peralez (Peslier)

Thèse de doctorat en Littératures française et francophone

Sous la direction de Jean-Paul Sermain.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Littérature française et comparée (....-2015 ; Paris) , en partenariat avec Formes et idées de la Renaissance aux Lumières (Paris) (equipe de recherche) depuis le 03-11-2009 .


  • Résumé

    Les correspondances féminines du XVIIIe siècle participent à l’émergence d’un nouveau public, dont le jugement a progressivement été pris en compte au siècle précédent : celui des « amateurs des Lettres ». Le rôle de ces personnes qui cultivent un goût pour les Lettres sans faire profession d’écrire ou de jouer est encore mal défini, à une époque où le champ de la discipline littéraire, qui s’est constitué de manière autonome au XVIIe siècle, subit des mutations. Longtemps cantonnées à des travaux voués à l’anonymat ou à une divulgation restreinte, les femmes font du commerce épistolaire un lieu d’accomplissement privilégié de leurs pratiques culturelles en amateur, apportant, sur le sujet, une connaissance essentielle. Notre étude porte sur les lettres de sept épistolières : Mmes de Graffigny, du Deffand, du Châtelet, d’Épinay, de Charrière, et Roland, ainsi que Mlles de Malboissière et de Lespinasse. Dans la première partie sont envisagées les conditions familiales et sociales qui favorisent l’accès des épistolières à une culture lettrée indispensable à l’éveil de leur goût pour les Lettres. La seconde partie s’intéresse à la formation et à l’appropriation de cette culture par les femmes, au gré d’expériences de lecture et de représentations de spectacles dramatiques. La recherche porte ensuite sur le rôle des épistolières dans la transmission des textes et dans l’arbitrage des Lettres, à telle enseigne qu’elles deviennent les agents privilégiés de la médiatisation de la vie littéraire de l’époque. La fréquentation quotidienne des œuvres, qu’elles soumettent à la critique, finit par nourrir leurs pratiques d’écriture. Celles-ci, étudiées dans la dernière partie, sont fondées sur des procédés d’emprunts aux textes littéraires, qui favorisent le badinage avec les interlocuteurs, et sur des initiatives nombreuses de composition qui repoussent les limites du genre épistolaire. Ainsi, en mettant à l’épreuve les goûts des épistolières à travers l’exercice de la plume, les correspondances s’avèrent une pierre de touche du savoir et de la sensibilité littéraire des femmes lettrées, un lieu d’expression et, dans la lignée des lettres de la marquise de Sévigné, l’espace par excellence de la création en amateur.

  • Titre traduit

    Literature and its public of amateurs in the XVIIIth century : contribution of the women’s correspondences.


  • Résumé

    In the XVIIIth century, women’s correspondences were representative of the emergence of a new readership whose judgment had progressively been acknowledged in the course of the previous century ― namely, that of the “amateurs of Letters”. We still know comparatively little about the role played by these people ; they cultivated their taste for Letters without aspiring to earn a living by writing or acting, in an era when the discipline of Letters, that had emerged as such in the XVIIth century, was undergoing significant changes. Writings by women had long been restricted to anonymous or confidential publication; women now elected epistolary intercourse as a locus for their cultural practice as amateurs, thus contributing essential knowledge on the subject. This study focuses on the letters by eight letter writers : Mmes de Graffigny, du Deffand, du Châtelet, d’Épinay, de Charrière, Roland, and Mlles de Malboissière et de Lespinasse. The first section is about the aspects of these ladies’ domestic and social conditions which facilitated their access to the literary culture that was indispensable to the birth of their taste for Letters. The next section concentrates on these women’s apprenticeship and their appropriation of this culture according to their reading and theatre-going experiences. Our research then shifts to the women letter writers’ role in the transmission and the assessment of texts, to the point that they became the prime agents in the mediatization of the literary life of their time. Their daily acquaintance with the texts that they submitted to their critical judgment turned out to nourish their writing practices. These practices are placed under scrutiny in the last section of our study ; they rely on borrowing, which favours banter with one’s interlocutors, as well as on numerous composing initiatives, which push back the boundaries of the letter as a genre. By challenging their writers’ tastes through the practice of writing, the correspondences thus prove to be a cornerstone of the women of Letters’ literary knowledge and sensibility, a place for expression and, in line with the letters of the marquise de Sévigné, the space par excellence for an amateur’s creativity.