Les organisations communautaires des femmes africaines-américaines à Chicago : enjeux et stratégies de l’éducation et de l’ascension sociale

par Carrie Powell

Projet de thèse en Anthropologie

Sous la direction de Anne Raulin.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de Ecole doctorale Economie, organisations, société (Nanterre) depuis le 17-07-2009 .


  • Résumé

    En puisant d’une part dans une tradition propre à la communauté africaine-américaine d’entretenir et d’étendre les liens familiaux et communautaires et d’autre part dans la tradition de l’ « activist mothering », les femmes africaines américaines se sont organisées au sein de leur communauté pour faire face aux problèmes qu’elles rencontrent en société. S’étant fédérées autour des deux combats abolitionniste et suffragiste au cours du 19e siècle et dans les réseaux préexistants des églises afro-américaines, cette solidarité donnera naissance au tournant du XXème siècle à un réseau de clubs de femmes noires activistes. Ce mouvement de clubs muera en réseau d’organisations communautaires à partir des années 1960 suite au vote du Economic Opportunity Act. En effet, le mouvement de clubs de femmes noires reposa sur une tradition de self-help, issue de l’idéologie de l’uplift datant des espoirs d’émancipation des esclaves pendant l’esclavage. L’idéologie de l’uplift problématise les rapports entre classes sociales au sein de la communauté afro-américaine en insufflant à des générations de la classe moyenne et aisée noire un sens de devoir social envers les classes défavorisées. Cette étude traverse donc le vingtième siècle, jusqu’à nos jours, et au cours duquel la vision du progrès social de la communauté a fortement évolué en fonction des changements législatifs et de leurs dénouements effectifs en termes de traitement alloué à ses membres. Cette thèse décrit donc les stratégies des réformatrices noires contemporaines, tout particulièrement du West Side Chapter du National Council of Negro Women à Chicago, qui, tout en s’adaptant aux besoins évolutifs de la communauté, illustre des éléments d’héritage et une survivance de leur activisme. Compte tenu des formes de socialisation différentielle par genre dues à la manière dont hommes et femmes sont définis dans la société (conceptions de la nature humaine, du conflit, du pouvoir et de la politique, du leadership), l’organisation de la communauté présente également une dimension du genre. A travers un processus d’empowerment, les femmes afro-américaines se placent dans un double mouvement de changement de conscience des individus et de transformation sociale des institutions, c’est-à-dire d’allers et venues entre des services sociaux qu’elles établissent pour la survie du groupe et un travail de conscientisation des femmes bénéficiaires de leurs organisations qui les mènerait à se représenter elles-mêmes au niveau institutionnel. C’est donc un activisme empreint de pragmatisme mais dont la visée est politique. Il doit se comprendre dans la situation d’oppression constante dont sont historiquement victimes les Afro-Américains au sein de la Nation américaine. C’est donc des stratégies de résistance qui sont décrites dans ce travail, en soulignant la résilience et les ressources des femmes noires en milieu défavorisée.

  • Titre traduit

    African American women’s community voluntary organizations in Chicago : issues and strategies of education and upward social mobility


  • Résumé

    Spawning from a tradition of maintaining and extending kinship and community ties, and secondly from a tradition of activist mothering, African American women have organized within their community to solve the predicaments they face in society. From their organizing experience in the abolitionist movement as well as the early women’s movement of the 19th century and relying on the networks they established through their church work, an African American club movement formed at the turn of the 20th century, which will eventually transform into a network of community voluntary organizations following the 1964 Economic Opportunity Act. Indeed, the Black women’s club movement built upon a tradition of self-help, defined by the uplift ideology, born itself during slavery as a way to emancipation. The uplift ideology problematizes the relationship between social classes within the African American community by instilling in generations of “race men” and “race women” of the middle class a sense of duty to serve the underserved and by so doing to uplift the entire community. As this thesis spans the twentieth century till today, the vision of racial progress evolved as some legislative changes were achieved and the concrete effects on the treatment allocated to the African American population had to be determined. This essay describes the strategies employed by contemporary African American women reformers, specifically the West Side chapter of the National Council of Negro Women in Chicago, who constantly adapt to the evolving needs of their community but still inherited from this legacy. Noting the differential socialization of men and women in view of the way they are defined by society (pertaining their conception of human nature, conflict, power and leadership), organizing the community also has a gender dimension. Through an empowerment process, African American women seek to change the people’s consciousness and transform social institutions: while defining and providing essential services for the survival of the community, they educate their clients so that they can become their own advocates. It is an activism with a pragmatic edge but a political goal. Acknowledging the oppression weighing on the African American community, the strategies described in this study are strategies of resistance, with a particular interest in the resilience and the resources of Black women in the underserved communities.