Des chiffres et des êtres : impact de l’expérience sociale des parents sur la scolarité des enfants : le cas des minorités originaires d’Afrique du nord dans les enquêtes de l’Ined (1945-2011)

par Leila Fatiha Oumeddour

Projet de thèse en Sciences de l'éducation

Sous la direction de Alain Vulbeau.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de Ecole doctorale Connaissance, langage et modélisation (Nanterre) , en partenariat avec Centre de recherches en éducation et formation (Nanterre) (laboratoire) depuis le 16-03-2011 .


  • Résumé

    La recherche porte sur la construction de la catégorie statistique immigré qui désigne les personnes résidant en France, nées étrangères à l’étranger. La catégorie statistique est déconstruite au travers de l’exemple des descendants de Maghrébins, diplômés de l’enseignement supérieur, et des conditions d’émigration et d’immigration de leur famille. L’étude s’appuie sur l’analyse de deux corpus : le premier est constitué de deux travaux de l’Institut national d’études démographiques (Ined) qui ont pour objet l’étude des populations étrangères puis immigrées et leurs descendants ; le second est composé de quarante-trois récits biographiques de descendants de Maghrébins recueillis dans le cadre de la dernière enquête représentative de l’Ined, Trajectoires et Origines. Les résultats montrent qu’en dépit d’une transformation du profil des immigrants, la démographie aborde l’immigration maghrébine dans des approches similaires à celles qui caractérisent la période coloniale, à savoir, ethniciste et culturaliste. Cette conception a été réactivée en France depuis l’institutionnalisation de la catégorie statistique immigré (1990) qui ne tient pas compte de la dimension historique des immigrations. Elle ne permet pas, notamment, de contextualiser les vagues migratoires dans leurs cadres historiques différenciés. Les spécificités coloniales et postcoloniales des « Algériens », dont le statut juridique a varié selon les périodes, est néanmoins perceptible dans les deux corpus. Or, la prise en compte des ruptures qui ont rythmées les relations entre la métropole et ses possessions d’Afrique du Nord révèlent les effets, encore actifs, de l’héritage colonial sur les parcours scolaires des descendants de Maghrébins et ceux de leurs parents. L’analyse des trajectoires dans leurs dimensions temporelle et comparative permet d’avancer que la réussite scolaire des descendants dépend davantage du capital scolaire, socioculturel et économique de leurs parents que de traits culturels particuliers. De l’immigrant colonial illettré des années 1940 à l’intellectuel transnational Maghrébin des années 1990, la recherche française doit intégrer les transformations à l’œuvre dans cette composante de la population française.

  • Titre traduit

    Figures and human beings : impact of parents’ social experience on the children school career : the case of the North-African minorities in the surveys of the French Institute for Demographic Studies (1945-2011)


  • Résumé

    The research is centered on the construction of statistical categories in France. In particular it focuses on the notional deficit that shows the immigré category which designates the individuals who are born abroad of foreign nationality. The category is deconstructed through the example of graduates’ trajectories of Maghreb ascendance as well as the circumstances which led their parents to emigrate and the conditions of their settlement in France. The analyzed materials are of two different natures: the first one is composed of two studies performed by the French Institute for Demographic Studies (Ined) which address the foreign and immigrant populations in France, and the second one, gathers forty-three biographical narratives of graduates of Maghreb ascendance. These later were collected within the frame of the last representative survey implemented by Ined: Trajectoires et Origines. The results show that despite a transformation of the immigrants’ profile, the French demography’s approach of the Maghreb immigration is largely similar to the one characterizing the colonial era: an ethnic and cultural conception. This approach has been reactivated in France when the statistical category “immigré” was institutionalized in 1990. This category, which only takes into account the country of birth of the migrants, displays a significant notional deficit in its definition and its application. In particular, it doesn’t contextualize the immigration waves in their differentiated historical realities. The colonial and postcolonial specificities of “Algerians”, whose legal status has varied across the different periods of time, are nonetheless noticeable in both the demographical studies and the biographical narratives. Yet, when the ruptures which have marked the relationships between France and its ex-possessions in North-Africa reveal the effects of the colonial heritage, which is still active, on the school careers of the Maghreb descendants’ and those of their parents. The analysis of the trajectories in their temporal and comparative dimensions proves that succeeding at school for the Maghreb descendant depends more on the sociocultural and economic capital that the parents possess, than cultural patterns. Indeed, from the illiterate colonial immigrant of the 1940 to the Maghreb transnational intellectuals of the 1990, the French research must integrate the changes occurring in this component of the French population.