École, intégration et construction identitaire : le cas des élèves nouvellement arrivés d’origine marocaine sur la région du Grand Bastia

par Marina Mhadi-Okbi (Okbi)

Thèse de doctorat en Sciences de l'éducation

Sous la direction de Bruno Garnier et de Didier Rey.

Thèses en préparation à Corte , dans le cadre de Université de Corse (1975-....). Ecole doctorale "Environnement et société" (ED 377) depuis le 29-09-2010 .


  • Résumé

    Chaque année l’École française accueille environ 35 000 à 40 000 élèves allophones nouvellement arrivés (EANA). Ces élèves, aux profils et aux niveaux de langue française variés, arrivent tout au long de l’année. Les accueillir, nécessite donc une prise en charge particulière et soulève différents problèmes pédagogiques et méthodologiques. Cette recherche qui a pour objet les nouveaux arrivants d’origine marocaine (âgés de 6 à 16 ans) scolarisés sur l’espace du Grand Bastia (Haute-Corse), propose d’analyser les conditions et les modalités d’accueil et de scolarisation de ce public. Le département de Haute-Corse possède un taux de scolarisation d’EANA, élevé par rapport à la moyenne nationale, à titre comparatif concernant l’année scolaire 2010/2011, ils représentaient 1.3% des effectifs départementaux contre 0.4% des effectifs nationaux. La décision de se focaliser principalement sur les établissements scolaires du Grand Bastia, est liée au fait que cet espace soit considéré comme la principale zone d’activités économiques de la région. Le choix d’observer ce public s’est naturellement imposé car la communauté marocaine représente la minorité ethnique majoritaire vivant sur le territoire insulaire. Ce travail tente de comprendre les mécanismes des processus d’intégration et de construction identitaire au sein d’un pays et d’une société insulaire où chacun peut constater des signes d’une conflictualité intercommunautaire : tags racistes, manifestations anti-migrants, vandalisation de lieux de cultes musulmans ou bien encore distribution de tracts xénophobes. Dans un tel contexte social, le rôle de l’École apparaît comme majeur dans l’intégration des populations étrangères notamment celles nouvellement arrivées et dans la lutte contre toutes les formes de discriminations. Les enseignements de langue et culture d’origine arabe- marocain (ELCO) et de langue corse ont été analysés afin de vérifier s’ils représentaient des facteurs d’intégration ou au contraire d’exclusion. Afin de saisir les enjeux de l’intégration scolaire mais aussi sociale des EANA, une mise en perspective historique est nécessaire. En effet, la problématique de la gestion scolaire de ces élèves apparaît dans les années soixante-dix, coïncidant de ce fait avec la vague migratoire postcoloniale et l’instauration du regroupement familial. Des structures spécialisées sont conçues pour répondre aux besoins de ce nouveau public scolaire. Différentes variables telles que les politiques éducatives et sociales, le rôle des familles mais aussi les relations interculturelles et les différents supports pédagogiques et méthodes d’enseignement de la langue française (FLE, FLS, FLM), ont été examinés afin de vérifier si l’école réussissait ou non à intégrer scolairement ces élèves. En effet, deux hypothèses ont émergé de ce travail, la première est que : oui, l’école peut être un facteur d’intégration mais seulement à certaines conditions. Et la dernière est que : non, l’école ne joue pas toujours son rôle intégrateur car les EANA ou anciens EANA semblent s’orienter plus souvent vers des filières professionnelles. D’un point de vue méthodologique, un échantillon de 18 établissements a été sélectionné. Des approches qualitative et quantitative ont été adoptées. Nous avons enquêté auprès des acteurs entrant en jeu dans la prise en charge des nouveaux arrivants mais aussi auprès des familles, par questionnaires ou par entretiens semi-directifs. Le recueil et l’analyse des différentes données nous permettent de présenter un état complet de la situation des EANA d’origine marocaine en Haute-Corse et plus particulièrement sur le Grand Bastia. Au-delà des obstacles identifiés, il s’agit ici de proposer des pistes susceptibles d’améliorer les modalités d’accueil et de scolarisation de ces élèves.


  • Résumé

    Every year the French School welcomes about 35,000 to 40,000 newly arrived allophone students (EANA). These pupils of various profiles and French language levels, arrive throughout the year. So their reception requires special care and raises different pedagogical and methodological problems. This research which concerns newcomers of Moroccan origin (aged 6-16 years) enrolled in the space of the Grand Bastia (Corsica), proposes to analyse the conditions and procedures of reception and enrolment of this public. The department of Upper Corsica has a high rate of EANA enrolment, compared to the national average, as a comparison for the 2010/2011 school year, they represented 1.3% of the departmental number of pupils of the against 0.4% of the national number. The decision to focus on schools of the “Grand Bastia”, is related to the fact that this space is considered as the main area of economic activity in the region. The choice to observe this public appears as a natural choice because the Moroccan community is the largest ethnic minority living on the island territory. This work tries to understand the mechanisms of integration and identity construction in a country and an island society where everyone can see signs of intercommunity conflicts: racist tags, anti-migrant demonstrations, Muslim places of worship vandalizing or even distribution of xenophobic leaflets. In this social context, the part of the school appears as a major in the integration of foreign populations and particularly those newly arrived and in the fight against all forms of discrimination. Lessons of Language and Culture Origin (LCO) Arabic- Moroccan and Corsican language were analysed to see if they represented factors of integration or on the contrary of exclusion. To understand the issues of educational but also of social integration of the EANA, a historical perspective is needed. Indeed, the issue of scholar management of these pupils appears in seventy years, coinciding thus with postcolonial immigration wave and the establishment of family reunification. Specialized structures are designed to meet the needs of this new public school. Different variables such as educational and social policies, the role of families as well as intercultural relations and various teaching materials and teaching methods of the French Language (FFL, FLS FLM), were examined to see if the School succeeded or not to integrate these new comers academically. Indeed, two hypotheses have emerged from this work, the first is that: yes, school may be a factor of integration but only under certain conditions. And the last is that: no, school does not always play its integrator part because EANA or former EANA seem to be turning more often to professional educational sectors. From a methodological point of view, a sample of 18 institutions was selected. Qualitative and quantitative approaches have been adopted. We surveyed the actors at play in the care of newcomers but also with families, by questionnaires or semi-structured interviews. The collection and analysis of various data allow us to present a complete state of the situation of EANA of Moroccan origin in Upper Corsica and especially on the “Grand Bastia”. Beyond the barriers identified, we want to propose ways to improve the conditions of reception and enrolment of these scholar public.