Les cadres sociaux de l'ethnicité. : analyse des conditions d'émergence et de transmission de l'ethnicité par le cas des Sereer (Sénégal).

par Rebecca Ndour

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Serge Paugam.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 10-12-2010 .


  • Résumé

    Cette thèse est partie d'une interrogation sur les modalités de transmission en milieu urbain de l’ethnicité sereer, associée par excellence à la ruralité dans le paradigme ethnique sénégalais et réputée menacée de disparition. L’approche déconstructiviste de l’ethnicité, essentielle en particulier dans l’étude des « ethnies » africaines, s’est avérée insuffisante pour une compréhension adéquate de l’expérience d’appartenance vécue par les enquêtés. Il a donc semblé pertinent de remobiliser la notion weberienne de croyance en une origine commune, qui ouvre la possibilité de réintégrer la dimension subjective de l’ethnicité vécue comme lien de filiation entre les membres du groupe et, dans un mouvement complémentaire inspiré par la théorie des liens sociaux et des régimes d’attachement, d’envisager ce lien de filiation dans sa relation avec d’autres liens caractéristiques de la vie sociale. Ainsi repositionnée, l’ethnicité peut être analysée à travers les cadres sociaux de sa formation, de sa mise en œuvre et de sa transmission, et apparaît comme un fait social à part entière s’imposant au regard du sociologue. L'enquête, menée de manière inductive auprès de personnes se disant sereer installées à Dakar et à Paris, a mené au constat d'une forte diversité dans les rapports revendiqués par les intéressés à l’ethnicité sereer. Il est apparu que ces rapports s’organisent sur le fond de la représentation idéale dominante d’une modernisation linéaire, opposant schématiquement tradition et modernité, à laquelle l'approche théorique de l'ethnicité elle-même est encore partiellement soumise. L'analyse du matériau d’enquête a ainsi conduit à la construction d'une typologie des rapports idéalisés aux origines et des modalités de transmission associées. Il en ressort qu’au niveau du groupe, l’ethnicité sereer, réinterprétée selon le cadre relationnel, international ou national, mobilise différemment les personnes s’en réclamant. A un niveau plus individuel et familial, la confrontation des discours et pratiques des enquêtés à la typologie a permis d’éclairer la manière dont les rapports aux origines, travaillés par des réalités de socialisation et de positionnement social différentes pour les membres du groupe, influencent leurs pratiques familiales de transmission et le sentiment d’appartenance ethnique des descendants. Il apparaît finalement que loin de les soustraire à la machine sociale, l’expérience ethnique met le groupe et son projet de reproduction à l’épreuve des facteurs sociaux, dans le temps et l’espace, et pose en réalité la question de ce qu’est faire société.


  • Résumé

    This thesis is part of a query on the modes of transmission in urban environment of Sereer ethnicity, associated par excellence with rurality in the Senegalese ethnic paradigm and deemed threatened of disappearance. The deconstructivist approach to ethnicity, essential in particular in the study of African "ethnic groups", proved to be insufficient for an adequate understanding of the experience of belonging lived by the respondents. It therefore seemed appropriate to remobilize the Weber notion of belief in a common origin, which opens up the possibility of reintegrating the subjective dimension of ethnicity experienced as a link of filiation between the members of the group and, in a complementary move inspired by the theory of social links and attachment regimes, of considering this link of filiation in its relation with other characteristic links of social life. Thus repositioned, ethnicity can be analyzed through the social frameworks of its formation, performance and transmission, and appears as a social fact in its own right which imposes itself to the sociologist. The field survey, conducted using the inductive method among people considering themselves as Sereer and living in Dakar and Paris, led to the finding of a strong diversity in the relation of those concerned to Sereer ethnicity. It appears that this relation is organized on the basis of the dominant ideal representation of a linear modernization, schematically opposing tradition and modernity, to which the theoretical approach of ethnicity itself is still partially subject. The analysis of the field survey material thus led to the construction of a typology of idealized relations with the origins and associated transmission modes. It appears that at the level of the group, Sereer ethnicity, reinterpreted according to the relational framework, at the international or national level, mobilizes differently the people claiming it. At a more individual and family level, the comparison of the words and the practices of the respondents with the typology made it possible to enlighten the way in which the relations with the origins, reshaped by social realities and a social positioning that are different for the members of the group, influence their family practices of transmission and the feeling of ethnic belonging of the descendants. Finally, it appears that, far from removing them from the social machine, ethnic experience puts the group and its reproduction plan to the test of various social factors in time and space, and poses in fact the question of what the social construct is about.