Réparer (avec) l'archive ? Histoires de photographies somalies et de leurs circulations (1890-2016)

par Marian Nur goni

Projet de thèse en Histoire

Sous la direction de Michel Frizot.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 07-12-2009 .


  • Résumé

    Cette thèse suit les trajectoires de quelques images choisies, d'abord réalisées sur et puis par des hommes et des femmes somalis de la Corne de l'Afrique depuis la fin du 19ème siècle à nos jours. Supports et vecteurs de la production et diffusion de savoirs anthropologiques au XIXème siècle, notamment dans le cadre d'exhibitions ethnographiques somalies en Europe - dont l'étude propose une reconstruction chronologique à partir de 1890 - ou au cours de missions d'explorations à caractère politico-commercial, ce travail entreprend d’étudier modalités et contextes de production, appréciation et filiation des « images somalies » produites en France dans les milieux savants et populaires. L’étude des circulations et réappropriations de quelques-unes de ces images historiques sur Internet, pour servir des enjeux contemporains, a conduit ensuite à analyser comment, à l’ère numérique, une jeune génération issue de la diaspora somalienne prend aujourd'hui la parole (et questionne ainsi qui peut parler et comment) à travers des projets de blogs/sites et tente ainsi de constituer (réparer ?) une « autre » archive photographique somalie. Ce faisant, elle interroge à la fois l’image du pays dans le médias internationaux (image associée, en grande partie, à la famine, au terrorisme islamique, à la piraterie et/ou à l’« État en faillite ») et les modalités de transmission d’autres mémoires, enfouies, de ce pays, dans un contexte de « destruction de l’histoire ». Enfin, la troisième et dernière partie de l’étude s'intéresse brièvement aux pratiques photographiques observées à Djibouti de 2010 à 2012, ici aussi avec une attention particulière à la manière dont les images produites ont été (ou sont aujourd’hui) conservées. Ce travail fait le pari d’une écriture de l’histoire (en cours) qui assume les manques et les vides – point que partagent ici chercheuse et sujets de la recherche - et s’élabore à partir de fragments (matériels tout autant que numériques) en mouvement, en s’efforçant de mettre en relief comment leurs circulations affectent à chaque fois leur compréhension et significations.

  • Titre traduit

    Mending (with) archive? Histories and circulations of Somali photographs (1890-2016)


  • Résumé

    This thesis traces the trajectories of some selected images, first taken of and then by Somali men and women from the Horn of Africa since the late 19th century to the present. Taken during ethnographic exhibitions of Somalis in Europe (of which this work proposes a detailed timeline since 1890) or commercial and political exploration missions to East Africa, these photographs have been both the medium and vector through which a certain knowledge has been produced and circulated concerning these people. This study undertakes, therefore, to examine the modes and contexts of production, consumption and filiation of these "Somali images" in learned societies and popular newspapers in France. The study of the circulation and reappropriation of these historical images today on the Internet to serve contemporary purposes then leads to an analysis of how, in the digital era, a young, Internet-savvy generation from the Somali diaspora is now reclaiming its voice (raising questions about who can speak and how) through new website and blog projects, which attempt to establish (or mend?) an alternative Somali photographic archive. Thus, these projects both question the image of Somalia in the international media (an image associated, to a great extent, with famine, Islamic terrorism, piracy and "failed states") and offer new ways of preserving and transmitting other, often buried, memories of this country and its past before the civil war in the context of a certain "destruction of history". Finally, the third and last part of this study briefly revolves around photographic practices observed in Djibouti during fieldwork from 2010 to 2012, here again with a particular attention to the ways in which images are produced and conserved. This thesis raises the challenge of writing an on-going history that embraces its lacunae and voids – a feature that the researcher and the "subjects" of the research share – based on evolving material and digital fragments, in an attempt to highlight how their circulations profoundly affect their meanings and they ways in which we understand and make sense of them.