Les juifs bouddhistes. Individualisme, bricolage et frontières dans la globalisation religieuse

par Mira Niculescu

Projet de thèse en Sociologie

Sous la direction de Nathalie Luca.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 13-11-2008 .


  • Résumé

    L’intégration aussi soudaine que réussie du bouddhisme en Occident au XXe siècle a entraîné dans son sillage l’apparition d’une nouvelle figure du croire à trait d’union : les « juifs bouddhistes ». Dans le contexte actuel de l’individualisation du croire et de la globalisation du religieux, cette constellation de postures individuelles se revendiquant à la fois du judaïsme et du bouddhisme témoigne des produits créatifs de l’émergence d’un bouddhisme occidental. Connu principalement aux États-Unis sous le label de « jubu », où selon les estimations, de 6 à 30% des pratiquants bouddhistes occidentaux seraient d’origine juive, le phénomène des juifs dans le bouddhisme est pourtant un phénomène global. Comment s’exprime-t-il en France et en Angleterre, deux autres pôles essentiels de la diaspora juive et du bouddhisme en Occident ? Comment comprendre le succès du bouddhisme en Israël aujourd’hui ? Pourquoi les juifs deviennent-ils bouddhistes, et comment articulent-ils ce choix croyant avec leur identité juive ? Le phénomène des juifs bouddhiste, souvent décrit comme un phénomène post-Shoah, est d’abord un produit de la modernité juive ashkénaze post-Lumières. Dans cette recherche, à partir d’une sociologie croisée de la réception du bouddhisme et de celle des trajectoires croyantes individuelles basée sur une enquête ethnographique longitudinale multisituée conduite entre 2008 et 2018 et composée d’entretiens et d’analyse de récits de vie de pratiquants et enseignants bouddhistes d’origine juive aux États-Unis, en Angleterre, en France et en Israël, je tenterai de dresser un panorama comparatif et diachronique du phénomène des juifs bouddhistes visant à mettre en lumière ses tendances globales, ses particularités locales, et son évolution depuis la contre-culture des années soixante. Parce qu’elle refuse le terme de conversion et s’exprime sous la forme de bricolages identitaires ou croyants, la posture de juif bouddhiste témoigne des liens entre l’individualisme religieux et le groupe, et demande de repenser le concept de syncrétisme dans le contexte de la globalisation religieuse contemporaine.

  • Titre traduit

    The Jewish Buddhists. Individualism, bricolage and boundaries in the light of religious globalization


  • Résumé

    In the wake of the introduction of Buddhism in the West in the XXth century, as sudden as successful, a new hyphenated religious posture has emerged: the “Jewish Buddhists”. In the current context of religious individualism and globalization, this constellation of individual stances claiming to be both Jewish and Buddhist is one of the creative outcomes of the emergence of a Western Buddhism. Mostly known in the states under the label “jubu”, where an estimate of 6 to 30% of the Western Buddhist practitioners would be of Jewish descent, the phenomenon of Jews in Buddhism is however a global phenomenon. How does it play in France and in England, two other essential loci of the Jewish diaspora and of Western Buddhism? How to account for the success of Buddhism in Israel today? Why do Jews become Buddhists, and how do they articulate this choice with their Jewish identity? The phenomenon of the Jewish Buddhists, mostly known as a post-Shoah phenomenon, is first and foremost a product of the post-Enlightenment Jewish Ashkenazi modernity. In this research, combining a sociology of the reception of Buddhism and of individual religious trajectories based on interviews and life-narrative analysis collected via a multisite longitudinal ethnographic fieldwork conducted between 2008 and 2018 between the United States, England, France and Israel, I will attempt to offer a comparative, diachronic panorama of the phenomenon of the Jewish Buddhists, aiming at shedding light on its global tendencies, its local specificities, and its evolution, from the Counter-Culture of the sixties till today. Because it rejects the term « conversion » and expresses itself under the shape of bricolages of identity and belief, the posture of Jewish Buddhist highlights the connections between religious individualism and the group, and calls for rethinking the concept of syncretism in the context of the contemporary religious globalization.