Cosmos Ette. Ethnographie d'un univers du nord de la Colombie.

par Juan camilo Nino vargas

Projet de thèse en Anthropologie

Sous la direction de Philippe Descola.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 06-10-2007 .


  • Résumé

    En partant des idées formulées par C. Lévi-Strauss dans son œuvre La potière jalouse, cette thèse prend les réalités mythique et empirique comme un tout afin de convertir le cosmos entier en objet ethnographique. Dans les grandes lignes, nous proposons un exercice de navigation entre le pays servant du décor pour les mythes et celui où se déroule la vie quotidienne pour démontrer qu’elles font partie d’un seul et même continent. Il s’agit, en fin de compte, de sauter de l’ethnographie à la cosmographie afin de mettre en lumière un ordre ontologique général. Un cosmos en particulier sera pris pour mener à bien l’exercice proposé. La thèse est consacrée à l’univers des Ette, connus aussi comme Chimila. Il s’agit d’un petit peuple assez méconnu, composé d’un peu plus de mille personnes, parlant une langue de la famille chibcha et habitant les plaines traversées par la rivière Ariguaní au Nord de la Colombie. L’objectif est de recomposer l’ordre, la constitution et la dynamique de leur cosmos. En prenant le monde mythique comme un atlas pour l’exploration du monde terrestre, on vise à découvrir, décrire et analyser l’ordre des régions et des êtres formant l’univers ; la place que les humains occupent et les relations qu’ils entretiennent avec les non-humains ; et, enfin, les processus de changement auxquels cet ensemble est soumis. Bref, les efforts se concentrent à définir le schéma général et collectif qui gouverne l’objectivation du monde, l’établissement de relations et la génération de connaissances et de pratiques. La stratégie principale mise en œuvre pour atteindre cette série d’objectifs sera la conciliation de deux modèles contrastants de l’univers présents chez les Ette : l’un dérivé des mythes et l’autre inféré des pratiques. Le premier, dont parlent les traditions orales, est celui d’un cosmos composé par des régions superposées, organisées diamétralement du haut vers le bas sur un axe vertical. D’après cette représentation discursive, un pays céleste habité par des êtres immortels se lève sur les hauteurs, la terre servant de foyer à l’humanité se trouve au milieu et, enfin, un antre réservé aux morts et colonisé par des bêtes repose dans les profondeurs. Le second, qui se reflète dans les activités quotidiennes, est celui d’un monde formé par des secteurs enveloppants, ordonnés concentriquement de l’extérieur vers l’intérieur sur un plan horizontal. Selon cette configuration de l’espace habité, une ceinture de forêts contrôlées par des esprits se dresse à la périphérie, une région parsemée de champs de culture ouverts par les hommes prédomine au milieu et, finalement, une aire dominée par la maison, les potagers et les animaux domestiques de femmes se trouve sur le point central. Ces deux modèles sont dynamiques et sont associés à des mouvements aux étapes, aux directions et aux cadences préétablies. Les processus les plus importants sont, dans le premier cas, les cycles cosmiques de destruction évoqués par les histoires mythiques et, dans le second, les transformations du paysage occasionnées par l’agriculture itinérante. La conciliation du modèle fourni par les mythes et de celui dérivé des pratiques se fait pas à pas. L’œuvre est divisée en quatre parties au cours desquels nous démontrerons progressivement comment les régions cosmiques décrites par les traditions mythiques correspondent avec les domaines mondains distingués dans la vie quotidienne. L’élucidation des principes de l’ordre derrière l’objectivation du cosmos pensé et vécu par les Ette sera le résultat d’un interminable va-et-vient entre les discours formulés par la pensée mythique et les pratiques concrètes déployées dans les forêts, les jardins et les maisons.

  • Titre traduit

    Ette Cosmos. An Ethnography of a Universe of Northern Colombia


  • Résumé

    On the basis on the ideas expressed by C. Lévi-Strauss in his book La potière jalousie, this dissertation takes the mythic and the empirical realities as a whole in order to transform the entire universe into an ethnographic object. What is proposed is to navigate between the realm of myths and the domain where day-to-day life goes in an attempt to demonstrate that they are located on the same continent. The aim of this research, in the end, is to make the leap from ethnography to cosmography with the goal of shedding light on an ontological order. A particular cosmos will serve to carry out the proposed exercise. The dissertation is devoted to the universe of the Ette, also kwon as “Chimilas”. They are a little known Amerindian society, speaking a Chibchan language, with a population a little above a thousand people, and settled in the northern plains of Colombia. The main objective is to reconstitute the order, the constitution, and the dynamic of their cosmos. Taking the mythic world as a kind of atlas to explore the daily world, this work tries to discover, depict and assess the arrangement of regions that make up their universe, the place reserved to human beings and non-human entities, and, finally, the processes of transformation to which this whole is subjected. Briefly, our concern is to define the general and collective schema that determines the identities of beings and things, structure knowledge and practices, and organize the experience of space and time. The main strategy implemented to achieve those objectives is to bring together two contrasting models shared by the Ette: one derived from myths, and the other deduced from practices. The first one, described in oral traditions, is that of a cosmos stratified, diametrically structured, and organized from top to bottom along a vertical axis. According to this discursive model, a celestial region inhabited by immortals exist in the sky, an earthly domain occupied by human beings is located in the center, and a hollow full of corpses and animals lay deep in the bottom. The second model, which govern daily life, is that of a space composed of enveloping areas, concentrically structured, and organized from the outside to the inside on a horizontal plane. In line with this arrangement of the inhabited space, forest belts dominated by spirits sit on the periphery, a zone covered by crop fields erected by men lays in the middle, and an area topped by houses, vegetable gardens and animal pens led by women is situated in the center. These models are dynamic: they involve forces and movements with pre-established directions, sequences, and rhythms. In the first case, the main processes are the cosmic cycles of destruction and regeneration; in the second case, they are the landscape transformations arising from shifting agriculture. The model provided by the myths and the model derived from practices are brought together step by step. The dissertation has four parts, which each section progressively demonstrating how the cosmic regions depicted in oral traditions correspond with the domains distinguished in ordinary life. The explanation of the principles behind the objectification of the world will be an outcome of an endless back and forth between, on the one hand, the discourses formulated by mythic thought and, on the other hand, the actions and ideas deployed in the course of hunting in the forests, farming the fields and taking care of domestic affairs.