Diaspora Rapanui (1871-2015). L’île de Pâques, le Chili continental et la Polynésie française : une ethnographie historique de la mobilité dans une société transnationale

par Diego Muñoz Azocar

Projet de thèse en Anthropologie sociale et ethnologie

Sous la direction de Serge Tcherkézoff.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 18-11-2010 .


  • Résumé

    Le sujet de cette thèse est la société rapanui, quelques 5000 personnes, du nom de l’île qui en est le lieu d’origine et de référence, connue aussi comme l’île de Pâques. Si l’île demeure la référence pour chacun, la « société rapanui » n’est plus limitée à cette île de Polynésie orientale, mais inclut les communautés émigrées, installées au Chili continental (près de la moitié des Rapanui), principalement dans la grande région métropolitaine de Santiago, et un petit nombre à Tahiti, Polynésie française. Pour les Rapanui, Tahiti est un lieu important dans l’histoire de l’île, de la diaspora et dans la formation d’une identité polynésienne. Cette thèse vise à comprendre la configuration de la communauté rapanui, comprendre la manière dont ceux qui se reconnaissent comme « Rapanui » font société aujourd’hui, au travers de leurs relations sociales qui configurent une diaspora non figée mais façonnée par la mobilité entre les divers lieux. Notre démarche est à la fois anthropologique et historique. Nous observons et analysons les communautés contemporaines dans leur vie quotidienne (occupations, rapport de parenté, tenure foncière, rapport à l’histoire) à partir de plusieurs enquêtes de terrain, étalées entre 2006 et 2014, à Hanga Roa, « le » village sur l’île, dans l’immense réseau urbain de Santiago, et dans le quartier de Pamatai à Tahiti où des Rapanui se sont installés au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle. Ce sont des parcours de vies discutés lors de très nombreux dialogues avec des Rapanui de tous âges et de toutes conditions. Les différents aspects de la diaspora sont le résultat d’une histoire longue, plus d’une fois dramatique, dont il faut remonter les fils, par la mémoire conservée et transmise ainsi que par des archives souvent méconnues jusqu’ici. Comme ailleurs en Océanie, cette histoire inclut l’arrivée des missionnaires et des colons. Mais elle est aussi marquée par les drames que furent les raids esclavagistes venus du Pérou, l’exode vers Tahiti et Mangareva décidé par une collusion entre missionnaires et colons, et puis la transformation d’une île en champ d’élevage de moutons pour une entreprise privée après la mainmise coloniale chilienne et sa féroce politique d’« enfermement », unique dans l’histoire et en place jusqu’en 1966. L’« enfermement » a conduit des Rapanui à s’« évader » de chez eux, au péril de leur vie. Aujourd’hui, c’est une toute autre histoire qui se joue : celle d’un tourisme débridé, de la réappropriation d’un héritage archéologique, de la réaffirmation d’une identité polynésienne et d’un début de développement économique où les Rapanui ont enfin leur part.

  • Titre traduit

    Rapanui Diaspora (1871-2015). Easter Island, Chile mainland and French Polynesia : an historical ethnography of mobility in a transnational society


  • Résumé

    The present thesis revolves around a group of about 5000 people, native to Easter Island and how they construct their society, and their relationships within their island and their diasporic communities. It is about the construction of Rapanui identity, how and who is and recognized as "Rapanui". Although the island is the reference point par excellence for Rapanui identity, "Rapanui society" is not limited to this eastern Polynesian island, but includes its migrant communities located in mainland Chile (about half of the population) that lives mainly in the large metropolitan area of Santiago, plus a small number of people that live in Tahiti, French Polynesia. For the Rapanui, Tahiti is an important place in the history of the island and of the diaspora and in the configuration of a Polynesian identity. Rapanui diaspora is not a fixed diaspora but is characterized by the mobility of its people between these different places. The characterization of this diasporic process is the main theme of this thesis. Our study is anthropological and historical. We observed and analyzed contemporary communities in their daily lives (occupations, kinship relations, land tenure, relationship to history). Several field seasons were conducted between 2006 and 2014 in Hanga Roa, the only town of Rapa Nui, as well as in the extensive urban network of Santiago and in the Pamatai neighborhood in Tahiti, where a group of Rapanui settled during the second half of the nineteenth century. Formal and informal interviews and conversations were carried out with Rapanui people of all conditions and ages. The characteristics of the diaspora are the result of a long, often dramatic history, that is threads of which are traced in the preserved and transmitted memories, and the analysis of previously unknown archival documentation. As elsewhere in Oceania, this story includes the arrival of missionaries and settlers. But for Rapanui this history also includes the drama of the slave raids from Peru, the massive exodus to Tahiti and Mangareva colluded by missionaries and merchants, as well as by a unique Chilean colonial policy of confinement that transformed the entire island into a private sheep station until 1966. This policy of confinement would lead to several Rapanui to escape from their home and island, at the risking of their lives. Today the story is very different: it is the story of "overflowing tourism", of the re-appropriation of their archaeological heritage, of the reaffirmation of a Polynesian identity and of the beginnings of an economic development in which the Rapanui finally recover the fruits of their island and their history.


  • Résumé

    En esta tesis se estudia la sociedad rapanui, unas 5000 personas, que tiene como lugar de origen y de referencia a Rapa Nui, o Isla de Pascua. A pesar de que la isla es el lugar de referencia identitaria por excelencia, la « sociedad rapanui » no se limita solamente a esta isla de la Polinesia oriental, sino que incluye a sus comunidades de emigrantes instaladas en Chile continental (cerca de la mitad de la población) principalmente en la región metropolitana de Santiago, más un pequeño número en Tahiti, Polinesia francesa. Para los rapanui, Tahiti es un lugar importante en la historia de la isla, de la diáspora y en la formación de una identidad polinésica. El objetivo de esta tesis es comprender la configuración de la comunidad rapanui, comprender de qué manera aquellos que se reconocen « Rapanui » construyen su sociedad a través de diferentes tipos de relaciones, organizando una diáspora, una diáspora que no es fija sino que se establece en la movilidad entre los diversos lugares. Nuestro estudio es antropológico e histórico. Observamos y analizamos las comunidades contemporáneas en sus vidas cotidianas (ocupaciones, relaciones de parentesco, tenencia de la tierra, relación a la historia), a partir de varias investigaciones de terreno realizadas entre 2006 y 2014, tanto en Hanga Roa, el único pueblo de Rapa Nui, como en la extensa red urbana de Santiago y en el barrio de Pamatai en Tahiti, donde un grupo de rapanui se instaló durante la segunda mitad del siglo XIX. Son vidas evocadas en diálogos con personas rapanui de todas la condiciones y edades. Las diferentes características de la diáspora son el resultado de una larga historia, más de una vez dramática, de la cual es preciso reconstruir la trama mediante las memorias conservadas y transmitidas, así como por documentos de archivo, muchas veces desconocidos hasta ahora. Como en otras partes de Oceanía esta historia incluye la llegada de misioneros y colonos. Sin embargo, la historia rapanui está definida por el drama que significaron las redadas esclavista venidas del Perú, el masivo éxodo a Tahiti y Mangareva planeado por misioneros y comerciantes, así como por una política colonial chilena de encierro que transformó a la isla entera en una estancia ovejera privada hasta 1966. Este encierro condujo a varios rapanui a intentar escapar de la isla, arriesgando sus vidas. Actualmente es una otra historia, aquella de un «turismo desbordado», de la apropiación de una herencia arqueológica, de la reafirmación de una identidad polinésica y de los inicios de un desarrollo económico por el cual los rapanui recuperan, al fin, parte de las riquezas de la isla y de su historia.