En grève et en guerre. Les mineurs britanniques au prisme des enquêtes du Mass Observation (1939-1945).

par Ariane Mak

Projet de thèse en Histoire et civilisation

Sous la direction de Laura Lee Downs.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 10-10-2010 .


  • Résumé

    Dans le Royaume-Uni de la Seconde Guerre mondiale, malgré une économie de guerre conditionnée par la production en charbon, l’industrie houillère est le premier secteur en grève. Les 3 473 grèves minières qui éclatent entre 1940 et 1944 constituent près de la moitié des grèves britanniques. Accusés de saper l’effort national, les mineurs se heurtent aux impératifs du patriotisme et à la politique de coopération nationale des institutions syndicales. À rebours des approches hors sol des mobilisations qui ont longtemps dominé l’historiographie, nous proposons d’explorer ces grèves from below, saisies sur le vif et ancrées dans le quotidien des communautés minières. Nous nous intéressons à la manière dont le conflit entre patriotisme et justice sociale se manifeste, à la mine comme au pub. Nous proposons en outre une étude nouvelle du décret 1305 interdisant les grèves. Où observe-t-on le heurt entre les grévistes et le droit ? Comment les grévistes sont-ils jugés (ou non) ? Comment, en retour, les mineurs jugent-ils le droit, y résistent ou le contournent ? Les grèves sont donc aussi saisies comme lieu où s’éprouve l’univers normatif des acteurs, ébranlé par l’irruption de la guerre. Les principes du juste salaire, en particulier, sont à réinventer – dans les grandes vagues de grèves du printemps 1942 et de l’hiver 1944, dans la grève emblématique des mineurs de Betteshanger, comme dans les soulèvements plus méconnus des pit boys gallois. La thèse montre notamment que les bouleversements des hiérarchies de statut et de genre provoqués par le conflit jouent un rôle central dans les revendications salariales des grévistes. Elle le fait à travers une ethnographie historique qui conjugue : une revisite historienne des enquêtes de terrain entreprises par le Mass Observation durant la guerre ; une exploration de leurs conditions de production (collectif, dispositif et pratiques d’enquête) ; et un retour contemporain sur ces terrains à travers une enquête orale menée auprès de mineurs et de Bevin Boys. En cela la thèse se veut également une contribution à l’histoire du Mass Observation (1937-1949), ce singulier collectif de recherche extra-universitaire et autodidacte qui constitue un épisode négligé de l’histoire des sciences sociales britanniques.

  • Titre traduit

    Miners on Strike, Miners at War. A historical ethnography based on Mass Observation’s coal mining surveys and oral history (1939-1945)


  • Résumé

    During the Second World War, coal was essential to Britain’s war effort. Yet, in 1940-1944, the coal industry accounted for almost half of all strikes. Surprisingly, industrial relations studies have given little attention to the way ‘ordinary miners’ thought about militancy in wartime. Using thickly-textured empirical studies, this thesis unveils how these strikes were experienced and legitimized by the miners. It aims to explore these strikes from below, grounded in the daily life of mining communities. It asks: how did the conflict between patriotism and social justice express itself, both in the mine and at the pub? A central focus of the thesis is on the way the war disrupted the normative worlds and moral economy of miners on strike. A first important avenue of research is centered on Order 1305 which outlawed strikes and criminalized strikers. This thesis starts by providing a detailed analysis of the ways Order 1305 was used and of the difficulties encountered by the ministries in prosecuting strikers. Using a little-known Mass Observation survey, it then provides a reassessment of the January 1942 strike at Betteshanger Colliery, Kent, which has come to symbolize the failure of Order 1305. It then turns to another untapped source: that of the protest letters sent to the Ministry of Labour and the Home Office in the aftermath of the Betteshanger miners’ trial. This thesis then examines how the cry for fair wages became a burning issue for miners in wartime. It highlights the important role played by changing status and gender hierarchies in these claims. In this section, the thesis first turns to the 1942 strikes and to the South Wales pit boys’ strikes. It then pays particular attention to the comparisons made by striking miners with the munitions workers’ high wages. A new perspective on this issue is provided by the survey undertaken by Mass Observation in Blaina and Nantyglo, two Welsh mining towns where miners and munitions workers were close neighbours. They reveal how, within the mining communities, these claims for “fair wages” were connected to issues of consumption, morality, gender, and respectability. Finally, the thesis argues for the need to include Bevin Boys into our understanding of the 1944 Porter Award Strikes. This thesis offers a “historical ethnography”, combining the following features:: first, an analysis of Mass Observation mining surveys; second, a study of the research design and methods of these wartime surveys; third, 43 oral history interviews conducted with miners and Bevin Boys in the very mining communities studied by Mass Observation. In that sense, this thesis also contributes to the history of Mass Observation (1937-1949), which still constitutes a neglected episode in the history of British social sciences.