Antoni tàpies, le pouvoir de l'image

par Marine Medal

Projet de thèse en Histoire de l'art

Sous la direction de Martin Rueff.

Thèses en préparation à Paris 7 depuis le 27-11-2009 .


  • Résumé

    « ici donc le destin semble me conduire une fois de plus à rendre hommage à l'œuvre ouverte, aux doutes, aux imperfections, aux impressions éphémères, aux travaux inachevés et peu définis qui m'ont toujours attiré en matière de peinture et qui, comme je l'ai appris des maîtres tx'an, incitent le spectateur à une plus grande participation à l'acte créateur ». antoni tàpies depuis plus de soixante ans, l'art de tàpies pénètre le derme de la peinture pour aller à la rencontre de l'essence la plus intime des choses, nous entraînant dans la nécessité d'une émotion fondamentale. l'œuvre parle haut à force de se parer de silence et de nudité. l'homme-artiste s'exprime le plus souvent dans une calligraphie poétique et mystérieuse, suggérant à nos regards d'abord, puis à nos corps tout entiers, de nous confronter encore à ces surfaces rugueuses, compactes, lisses ou abîmées par le passage du temps, à ces matériaux inertes imprégnés pourtant d'humanité et de mémoire et qui révèlent sans cesse ce qui, au fond de nous, fait trace. parce que la peinture de tàpies n'est pas une peinture de la représentation, mais de la présence, l'empreinte joue dans ses œuvres un rôle considérable. traces de pieds, de mains, traces digitales marquent le mouvement suspendu du peintre arpentant la toile comme autant de territoires traversés et possédés l'espace d'un instant. la matière est ainsi parcourue de passages nomades, de pas, de directions, de stries… christine buci-glucksmann , lors d'une conférence autour du peintre à la galerie nationale du jeu de paume, convoque deleuze et guattari: « le vide matiériste crée des passages de plans et d'espaces en permanence et permet d'explorer, de juxtaposer et de surimprimer les deux types de spatialité […] : l'espace strié et l'espace lisse. […] les empreintes, les incisions, les flèches renvoient à cet espace lisse, qui est plus englobant qu'un horizon, un illimité qu'un délimité. quelque chose témoigne dans un regard annulé par le temps et l'espace, par l'impermanence et l'éphémère de la vie : la pure trace -l'architrace- d'une présence en son creux, en son absence. » la peinture de tàpies ouvre une brèche, engendrent un entre-monde, esquisse des choses de l'oubli et de l'immémorial, de l'éphémère et du toujours subsistant. sur des supports divers, l'artiste fixe des matières faites d'un mélange de sable, de poudre de marbre, de bitume, quête l'essentiel dans le minime pour conjuguer à l'infini le plein et le vide, l'esprit et la matière entrainant le spectateur dans un vagabondage qui le pousse à sortir des limites de la toile. chaque tableau, chaque dessin, chaque éveil de la conscience procèdent du désir de l'ouvert, selon rilke, et s'accomplissent avec notre regard qu'ils incorporent à leur réalité. c'est cela même que démontre jacques dupin dans un des plus beaux textes dédiés à l'artiste catalan : « l'œuvre de tàpies est une œuvre ouverte par excellence. vivante et non fixée, mouvante, inachevée. […] c'est ainsi qu'elle nous atteint, nous entraîne, nous attache, et ne s'accomplit qu'avec nous qui la regardons. […] n'offrant jamais un objet fini, un corps fermé, un espace clos. » et plus loin : « me reviennent avec insistance, toujours, regardant tàpies : l'émergence soudaine de la matière et sa force, sa sauvagerie libérée mais aussitôt prise en mains, pour un affrontement avec un signe humain, le plus pauvre, commun, rependu, défavorisé. leur confrontation, leur alliance rugueuse ou violente, leur identification ambiguë tiennent l'espace ouvert, l'avenir béant et activent le mouvement de l'ouverture. »


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