Faire des corps avec les images : la contribution visuelle de la velina au charisme de Berlusconi

par Maria Francesca Martinez Tagliavia

Projet de thèse en Esthétique

Sous la direction de Yves Cohen.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de École doctorale de l'École des hautes études en sciences sociales depuis le 10-11-2009 .


  • Résumé

    À la fin des années 2000, l’image de la velina – soubrette hyper-érotisée de la télévision italienne – endosse dans les discours de la critique anti-berlusconienne le rôle de symbole de la marchandisation des corps féminins et de la subalternité féminine dans l’espace public, qui caractérise le ventennio berlusconien. Puisant ses outils dans l’épistémologie des Visual Studies anglo-saxonnes et dans la culture visuelle italienne contemporaine, la thèse vise d’abord à analyser les manières dont les images font le corps de la velina. La généalogie de la velina rassemble des images emblématiques et opposées de la féminité comme les Jeunes Italiennes fascistes, les Tiller Girls américaines et les héroïnes du cinéma softcore italien des années soixante-dix, pour se cristalliser ensuite dans cette image, au moment où elle fait irruption dans l’émission télévisuelle Striscia la notizia (Mediaset, groupe Berlusconi) en 1989. Par l’analyse d’une étude de cas spécifique – les pratiques et les micropolitiques quotidiennes de l’image de Giulia Calcaterra, velina de l’édition 2012-2013 de Striscia la notizia – on déconstruit ensuite le point crucial des argumentaires excluant les veline du savoir et de la politique. Selon la critique mainstream, la velina serait un sujet aliéné, ornement passif du Spectacle. À partir de sa propre parole au sujet de son action, elle émerge au contraire comme un sujet autoréflexif et intelligent, et comme une actrice privilégiée de l’économie esthétique et culturelle, sur la base de laquelle Silvio Berlusconi a construit son consensus politique à partir de la fin des années soixante-dix. La thèse se concentre ensuite sur le rapport entre l’image de la velina et l’image de Berlusconi, par l’analyse d’images qui connectent la velina au « chef » Berlusconi. Le « charisme » de Berlusconi est visuellement construit par Berlusconi lui-même, par les intermédiaires culturels de son parti, la presse anti-berlusconienne, le cinéma et d’autres productions visuelles, en connexion avec l’image de la velina. On retrace différents moments-clés de l’exercice d’une propagande politique fondée sur des politiques et des pratiques visuelles qui s’entrelacent à des pratiques discursives et à d’autres types de pratiques politiques, scientifiques, techniques et sociales visant à susciter dans l’électorat un « amour de la domination », à travers une « domination de l’amour ». Si l’image de la velina contribue activement au « charisme » de Berlusconi, c’est parce qu’elle attribue au chef le pouvoir érotique nécessaire pour que celui-ci inspire du désir pour sa domination.

  • Titre traduit

    How to do Bodies with Images : the Visual Contribution of the Velina to Berlusconi's Charisma


  • Résumé

    In the late 2000s, the image of the velina – hyper-eroticised soubrette of the Italian television – becomes the symbol of the commodification of the female body and of the female subordination in the public space, characterising Berlusconi’s ventennio. Thanks to the epistemological tools of Visual Studies and to the images of contemporary visual culture, the dissertation aims first to analyse how images build the velina’s body. Her visual genealogy brings together iconic and opposed images of femininity, as the Young Italian fascists, the american Tiller Girls and the heroines of Italian softcore cinema of the seventies. In 1989, the iconography crystallises in the velina’s image, when it emerges in the television program Striscia la notizia (Mediaset, Berlusconi). Through the analysis of a specific case study – the daily practices and micropolitics of Giulia Calcaterra, velina of the 2012-2013 edition -, the dissertation deconstructs the crucial arguments excluding veline from knowledge and politics. The velina is not, as argued by mainstream critique, an alienated, marginal and passive subject of the society of the Spectacle. Rather, from her speech about her own action, she appears as a self-reflexive and intelligent subject, as well as a privileged actress of the aesthetic and cultural industry, on the basis of which Berlusconi has built his political consensus, since the late seventies. The dissertation then focuses on the relationship between the velina’s image and Berlusconi’s image. We analyse images connecting the velina and Berlusconi as a « chief ». Berlusconi’s « charisma » is visually built by himself, by the cultural intermediaries of his political party, the anti-berlusconian press, cinema and other visual productions, in connection to the velina’s image. Taking the example of some key elements of his political propaganda, we can see how it is based on visual practices intertwined to discursive and other political, scientific, technical and social practices aimed at raising in the electorate a « love for domination », through a « domination of love ». If the velina actively contributes to Berlusconi’s « charisma », it is because she has the power to grant him the necessary erotic charge for him to inspire in the public a desire to be dominated.