Elite, glamour et précaritat : le monde de la mode. Mondialisation, recompositions sociales et nouvelles économies des inégalités

par Giulia Mensitieri

Projet de thèse en Anthropologie

Sous la direction de Michel Agier et de Jonathan Friedman.

Thèses en préparation à Paris, EHESS , dans le cadre de Ecole doctorale de l'Ecole des hautes études en sciences sociales ED 286 depuis le 20-11-2008 .


  • Résumé

    Élite, glamour et précariat : Le monde de la mode. Mondialisation, recompositions sociales, et nouvelles économies des inégalités. Si le phénomène de la mondialisation n’est pas nouveau (Braudel), il est certain que la mondialisation culturelle propre à notre époque a donné lieu à de nouveaux groupes, de nouvelles identités, de nouveaux « mondes » (Augé 1994). A-t-elle également donné lieu à une nouvelle façon de structurer la société dans le contexte urbain? Cette thèse se propose d’observer l’émergence d’une catégorie sociale symboliquement hégémonique dans la ville contemporaine: l’élite cosmopolite (Friedman, 2005). Il s’agit d’un groupe, d’une catégorie, ou bien d’une classe au capital symbolique, culturel, et social fort, mais aux capitaux financiers faibles. Ces acteurs sont unis par l’identification à des imaginaires communs, ils partagent des pratiques de vie similaires, mais ils n’ont pas toujours un même statut économique. Ils incarnent une certaine idée de « culture mondialisée », qui est dominante dans les imaginaires et dans la production de la ville. Il s’agit en effet d’une élite, mais d’une élite économiquement vulnérable. A l’échelle de l’analyse, cette recherche doctorale est traversée par les questions suivantes: Dans quelle mesure le pouvoir acquis autrefois par la propriété, s’acquérrait aujourd’hui par l’accès à des bien immatériels et symboliques ? Pourrait-on avancer l’hypothèse que, dans le cas de ce terrain, la notion d’accès se substituerait à la notion de propriété dans la constitution des hiérarchies sociales ? L’accès différentié à la mondialisation culturelle serait donc dans ce terrain, la clé d'ouverture à l’Olympe des élites urbaines cosmopolites. J’essaye de vérifier la pertinence des interrogations posées et des notions mobilisées par une ethnographie croisée entre Paris et Bruxelles. J’enquête auprès des travailleurs du monde de la mode. Ce « monde » (Augé, 1994) s’avère être un terrain privilégié pour creuser les problématiques qui sont au cœur de cette thèse. Cosmopolite de fait car peuplé par des individus de toutes origines, ce milieu est aussi producteur d’imaginaires globalisés. De plus, ce monde est investi d’une valeur symbolique très forte : il incarne en fait une certaine idée de cool et de modernité, qui est précisément celle de la mondialisation culturelle. Il s’agit également d’un monde couvert d’une aura de glamour. Travailler dans la mode est quelque chose qui « fait rêver ». Ce monde jouit d’un capital symbolique positivement important. Mais que se passe-t-il vraiment dans les coulisses de ce monde ? Quelles sont les conditions professionnelles, les dynamiques de pouvoir internes, et les enjeux identitaires qui ont lieu derrière la patine glamour des défilés et des médias? Ce monde se caractérise par un décalage emblématique: d’un côté des conditions professionnelles de plus en plus précaires, hiérarchisées et inconfortables, et de l’autre la jouissance d’un fort pouvoir symbolique, d’un capital social important, fruit de l’image fortement positive du monde de la mode dans la société contemporaine. Quel est le prix à payer pour faire partie de ce monde, quels sont les sacrifices nécessaires pour appartenir à cette élite? Cette thèse se propose d’ouvrir un regard sur ces questions, sur la base d’une ethnographie menée auprès de grands créateurs, jeunes créateurs, designers, stylistes, mannequins, photographes, ainsi que d’autres profils du milieu. Par le terrain, j’interroge le rôle joué par « l’idéologie du travail créatif » dans le balancement entre les constructions des subjectivités et les dominations factuelles. J’observe comment et où se joue la mise en place de l’équilibre entre la quête d’épanouissement personnel et social, et des conditions structurelles qui rendent ces objectifs souvent inatteignables.


  • Résumé

    The world of fashion is evocative of glamour, and working in this sector seems something to "dream about". But what is going on behind the curtains? What are the working conditions, the internal dynamics of power, the identity issues in the backstage of glamourous catwalks and medias? Based on a crossed ethnography of the fashion industry in Paris and Brussels, this thesis will address these questions. The fieldwork is done with creators, designers, stylists, top models, photographs as well as others professionals involved in the sector. Through an examination of these actors’ perception of the sector, their working conditions, the analysis will highlight how they participate in the construction of “glamour”. This insight into fashion, drown from insiders, reveal many contradictions. There is a gap between the worsening of working conditions, with growing precariousness and hierarchy, and the display of a strong symbolic power and important social capital through the positive image of fashion in contemporary society. This research deals with the role played by the "creative work ideology" in the construction of subjectivities and in the dynamics of domination. I will analyze how the balance between self-fulfillment and social fulfillment is negotiated within structural conditions that make often those objectives out of reach.