Le documentaire en Chine (1905-2017) : entre autonomie artistique et enjeux politiques

par Flora Lichaa

Projet de thèse en Histoire, sociétés et civilisation

Sous la direction de Vincent Durand-Dastès et de Kristian Feigelson.

Thèses en préparation à Sorbonne Paris Cité , dans le cadre de École doctorale Langues, littératures et sociétés du monde (Paris) , en partenariat avec Institut national des langues et civilisations orientales (Paris) (établissement de préparation) depuis le 01-10-2010 .


  • Résumé

    Cette thèse se propose d'explorer les enjeux politiques, esthétiques et éthiques du documentaire en Chine. À partir d'une recherche historique depuis la naissance du cinéma chinois en 1905 jusqu'à la fin de l'ère maoïste en 1976, nous montrons que le documentaire est progressivement assujetti aux politiques, soutenant la construction d'une Nation moderne. Ainsi, l'esthétique ne parvient pas à s'affranchir de la politique avant les réformes économiques des années 1980. À partir de cette période, nous analysons les stratégies adoptées par les cinéastes pour se libérer de leur carcan idéologique, en nous appuyant sur des enquêtes de terrain et des analyses filmiques. Si la télévision offre d'abord un cadre propice à une réévaluation du documentaire pour favoriser sa diffusion, nous montrons que le renforcement de la censure, après les manifestations de 1989, incite certains documentaristes à créer des circuits de production et de diffusion alternatifs au secteur audiovisuel. L'analyse consacrée au mode d'organisation de ce réseau met au jour les mécanismes de reconnaissance professionnelle qui amènent les cinéastes à développer leurs activités dans le secteur privé chinois, tout en cherchant à exister sur la scène internationale. Cette autonomie structurelle leur permet de concevoir une éthique visant à garantir leur proximité avec les personnes filmées, souvent issues des couches populaires. Mais en raison de l'ingérence des autorités chinoises, leurs films sont seulement diffusés dans des festivals bénéficiant d'une faible visibilité dans l'espace public. Du fait de leur inscription dans un espace marginalisé, fréquenté essentiellement par des artistes et des intellectuels, leur visée égalitariste se heurte à l'impossibilité de renouer avec le public chinois. Ce paradoxe suggère la difficulté d'établir un dialogue constructif entre les documentaristes et le public, tant que l’État chinois n'autorisera pas la formation d'une sphère réflexive, fonctionnant indépendamment des institutions politiques, permettant de réunir cinéastes, critiques et spectateurs en une communauté concrète.


  • Résumé

    This thesis proposes to explore the political, aesthetic and ethical issues of documentary in China. Based on a historical research from the birth of Chinese cinema in 1905 to the end of the Maoist era in 1976, I show that documentary was progressively subjected to politics, supporting the construction of a modern nation. Thus, aesthetics could not free itself from politics before the reform of the economic system in the 1980s. From that period onwards, I analyze the strategies adopted by filmmakers to free themselves from their ideological straitjacket, based on field surveys and film analyzes. While television has first enabled the re-evaluation of documentary to promote its diffusion, I show that the strengthening of censorship, following the student protests of 1989, has encouraged some documentary filmmakers to create production and diffusion channels independent from the audiovisual sector. The analysis of this network's organization mode reveals the mechanisms of professional recognition, that lead the filmmakers to develop their activities in the Chinese private sector, while seeking to exist on the international scene. This structural autonomy allows them to develop an ethics aimed at guaranteeing their proximity with the people filmed, who usually belong to the lower classes. However, the interference of the Chinese authorities only allows their films to be shown in festivals which have low visibility in the public space. As they are part of a marginalized space, frequented mainly by artists and intellectuals, their egalitarian aim is hampered by the impossibility of reconnecting with the Chinese audience. This paradox suggests the difficulty of establishing a constructive dialogue between documentary filmmakers and the audience, as long as the Chinese State does not allow the formation of a public sphere, functioning independently of political institutions, bringing together filmmakers, critics and audience members into a concrete community.