Chroniques d'une maternité hégémonique. Identités féminines, représentations des mères et genre de la parentalité dans les séries télévisées familiales françaises (1992-2012)

par Sarah Lecossais

Thèse de doctorat en Sciences de l'information et de la communication

Sous la direction de Éric Maigret.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Arts & médias (2009-2015 ; Paris) , en partenariat avec Communication, information, médias (Paris) (equipe de recherche) depuis le 18-11-2009 .


  • Résumé

    Cette thèse porte sur l’émergence d’une figure hégémonique de « bonne » mère dans les séries télévisées françaises et sur les impératifs à caractère injonctif qui la caractérisent. Cette recherche en sciences de l’information et de la communication adopte une démarche au croisement de la sociologie des médias, des Cultural studies et des études de genre. Elle s’appuie sur un corpus de séries familiales, produites et diffusées par les chaînes historiques françaises entre 1992 et 2012, constitué à l’aide des outils de l’Inathèque. La méthodologie et le cadre théorique fournissent le socle à une analyse des représentations fictionnelles de la parentalité, de ses discours et des politiques de représentations à l’œuvre. L’analyse qualitative du corpus montre que ces fictions mettent en avant une figure valorisée et légitimée de « bonne » mère. Cette figure consensuelle se caractérise par des impératifs de responsabilité, de communication, de disponibilité, d’amour, de réflexivité ou encore de culpabilité. L’articulation des identités féminines et maternelles se fait sous contrainte, tant la maternité vient phagocyter les autres dimensions identitaires des femmes devenues mères. L’exercice du métier de mère renvoie à des performances, de genre comme de parentalité, tant les héroïnes s’attachent à mettre en pratique les attendus d’une « bonne » maternité. Une approche intersectionnelle, enfin, permet de mettre en lumière que la « bonne » mère, de surcroît, est blanche, de classe moyenne ou supérieure, et hétérosexuelle. Cette thèse montre ainsi que les politiques de représentation à l’œuvre viennent réassigner les femmes à leur genre en faisant la promotion d’identités féminines centrées sur la maternité tout en transformant en injonctions les attentes normatives vis-à-vis de la maternité, participant par là à un mouvement de backlash. La maternité construite par ces fictions est hégémonique dans la mesure où elle est ponctuellement discutée et remise en question par des figures humoristiques contre-hégémoniques. Cependant, la transgression que pourrait constituer l’humour – nombre de ces séries sont des comédies – sert finalement une réaffirmation des normes de genre et de parentalité. Ces séries deviennent ainsi les complices de la promotion d’une parentalité policée et de la normalisation de la vie familiale.

  • Titre traduit

    Chronicles of a Hegemonic Motherhood. Women Identities, Depiction of Mothers and gendered Parenthood in French Family TV Series (1992-2012)


  • Résumé

    This thesis deals with the emergence of a hegemonic mother figure in French TV series and its imperious exhortation. The research is based on a corpus of family TV series, produced and broadcasted by historic TV channels between 1992 and 2012, gathered with help of the INA (Audiovisual National Institute) archives. The qualitative analysis of this material is at the crossroads of information and communication sciences, media studies, sociology, cultural studies and gender studies. The methodology and the theoretical framework make up the basis for an analysis of fictional representations of parenthood, of its discourse and its politics of representation. The qualitative analysis shows a valuable and legitimated figure of « good » mother. This consensual mother is characterized by imperative duties such as duties of communication, responsibility, availability, love, reflexivity or guilt. The articulation between feminine and maternal identities is complex: the maternal dimension swallows up the other ones. The mother’s job becomes a performance of gender and of parenthood. Indeed heroines intend to perform the model of good mother along with the social expectations about motherhood. Intersectionality encourages us to consider the articulation of gender, race, class and parenthood. Thus, the “good” mother is also a White middle or upper class, heterosexual one. This analysis suggests a phenomenon of backlash against mothers. This thesis shows that the ongoing politics of representation reassign mothers to their gender by promoting women’s identities centred on motherhood; they turn normative expectations about motherhood into injunctions. These TV series construct a hegemonic motherhood that is discussed into the margins by counter-hegemonic and comic figures. However, the transgressive opportunity of humour eventually reaffirms the norms of gender and parenthood. These family TV series thus become abled allies for the promotion of a gendered and controlled parenthood. They support the normalization of family life.