Les conseillers d’orientation dans l’enseignement secondaire (1959-1993) : un métier « impossible » ?

par Paul Lehner

Projet de thèse en Science politique

Sous la direction de Bernard Pudal.

Thèses en préparation à Paris 10 , dans le cadre de École Doctorale de Droit et de Science Politique (Nanterre) depuis le 12-01-2010 .


  • Résumé

    Grâce aux apports de la sociologie de l’action publique, des groupes professionnels et de l’institution, on cherche à comprendre dans cette recherche, consacrée à une sociogenèse du métier de conseiller d’orientation de 1959 à 1993, l’échec (relatif) des conseillers d’orientation pour imposer, et, corrélativement, occuper un domaine de compétences stable, reconnu et valorisé, au sein de l’enseignement secondaire, de 1959 à 1993. Convoitant le champ de compétences du cycle d’observation des aptitudes des élèves – apparaissant dans l’Entre-deux-guerres -, les conseillers d’orientation n’intègrent qu’officiellement l’enseignement secondaire en 1959 avec la réforme de l’enseignement Berthoin. Néanmoins, l’examen du processus d’élaboration des politiques scolaires des années 1950 montre que leurs savoirs et pratiques professionnelles, hérités de la psychologie expérimentale, se heurtent aux logiques dominantes structurant les politiques scolaires, à savoir la préservation de l’ordre scolaire, « menacé » par l’explosion scolaire, et la recherche d’une adéquation de l’École avec l’économie. Ces finalités génèrent une redéfinition du métier de conseiller d’orientation dans les années 1960 neutralisant du même coup les dimensions critiques de leur expertise psychologique. Le conseiller d’orientation est alors censé dépister les « inadaptés scolaires » et informer les élèves des débouchés professionnels. Profitant de la critique de l’arbitraire, dénoncé notamment durant Mai-Juin 68, et de l’avènement de l’échec scolaire comme problème public légitime au début des années 1970, les conseillers d’orientation réussissent à préserver l’unité relative de leur métier et à occuper le champ d’intervention professionnelle de l’échec scolaire. Pour les acteurs des politiques scolaires, ils doivent participer à la fabrication du consentement des élèves à leurs destins scolaires et professionnels, mais doivent également assurer l’information professionnelle des jeunes. Le métier de conseiller d’orientation oscille entre ces deux finalités, y compris de 1981 à 1989. Sous le ministère de l’Education nationale de Lionel Jospin, l’idée du nécessaire consentement de l’élève à son devenir scolaire et professionnel est à nouveau au cœur de la politique scolaire. Elle s’inscrit dans le sillage de l’entreprise de modernisation de l’Ecole, nouvelle thématique au milieu des années 1980. C’est dans ce contexte que s’organise la revendication des porte-paroles des conseillers d’orientation d’être reconnu comme psychologue, statut protégé par la loi de mars 1985. Garantissant leur légitimité à intervenir dans le champ d’intervention professionnelle de l’échec scolaire, le statut de psychologue prémunit le groupe professionnel de redéfinitions illimitées de leur métier ou, du moins, en délimite le champ des possibles.

  • Titre traduit

    Guidance counsellors in middleschool (1959-1993) : an « impossible » job ?


  • Résumé

    Thanks to the contributions of the sociology of public policy, of professions and of the institution, we try to understand in this research, devoted to a sociogenesis of the profession of guidance counsellor from 1959 to 1993, the (relative) failure of guidance counsellors to impose, and, correlatively, to occupy a stable, recognized and valorised jurisdiction within secondary education from 1959 to 1993. Claiming the tasks areas of the pupils' abilities observation cycle – appearing in the inter-war period -, the guidance counsellors only officially incorporate middle school in 1959 with the Berthoin education reform. Nevertheless, the examination of the school policy-making process of the 1950s shows that their professional knowledge and practices, inherited from experimental psychology, are confronted with the dominant logic of school policies, namely preservation of the school system, “threatened” by the school explosion, and the search for adequacy of the School with the economy. These aims generate a redefinition of the profession of guidance counsellor in the 1960s, neutralizing at the same time the critical dimensions of their psychological expertise. The guidance counsellor is then supposed to detect the "unsuitable pupils" and to inform the pupils of the career opportunities. Taking advantage of the criticism of arbitrariness, denounced in particular during the events of May-June 1968, and the advent of academic failure as a legitimate public problem in the early 1970s, guidance counsellors succeeded in preserving the relative unity of their expertise and in occupying the field of professional intervention of school failure. For policy-makers, they must be involved in making pupils' consent to their academic and professional destiny, but must also ensure the professional information of young people. The profession of guidance counsellor oscillates between these two purposes, from 1981 to 1989. Under the Lionel Jospin's Ministry of Education, the idea of the necessary consent of the pupil to his educational and professional future is once again at the heart of school policy. It is in line with the modernization of the School system, a new theme of the mid-1980s. In this context the claim of spokespersons of counsellors is organized. It aims at the recognition of counsellors as psychologists, a status protected by the law of March 1985. Guaranteeing their legitimacy to intervene in the tasks areas of academic failure, the status of psychologist protects the professional group from unlimited redefinitions of their profession or, at least, delimits the scope of possibilities