Agresser le spectateur : généalogie d'une politique : edward Bond, Rodrigo Garcia, Hanokh Levin

par Johanna Krawczyk

Thèse de doctorat en Études théâtrales

Sous la direction de Joseph Danan.

Thèses en préparation à Paris 3 , dans le cadre de École doctorale Arts & médias (2009-2015 ; Paris) , en partenariat avec Institut de recherches en études théâtrales (Paris) (equipe de recherche) depuis le 21-10-2010 .


  • Résumé

    Cette recherche propose de construire la notion d’agression pour en faire un concept applicable à une poétique textuelle et scénique tout en tenant compte de sa dualité fondamentale. À la fois créée par l’auteur et reçue par le spectateur, elle peut être considérée comme une « action dramatisante » (Marie-Madeleine Mervant-Roux), c’est-à-dire comme un ensemble de procédés formels visant la production d’effets violents sur le spectateur. Elle a emprunté, au cours de l’histoire, différentes formes et significations que la méthodologie par « foyer de sens » (Frédéric Gros) permet de mettre en évidence. Trois variations de sens d’une même dimension du principe d’agression peuvent ainsi être identifiées : la première considère l’agression comme l’action d’introduire un désordre, un dérangement, renvoyant l’agression théâtrale à une stratégie ludique de mise en relation du spectateur avec le sacré. Elle est repérable dans le rejet platonicien de la poésie imitative de la cité, dans le Théâtre de la Cruauté d’Antonin Artaud, puis à l’ère postmoderne, dans certains spectacles usant de la performance, comme ceux de Rodrigo García. La deuxième envisage l’agression comme une action créant une instabilité éthique ou intime, assimilant l’agression théâtrale à une déstabilisation émotionnelle. Avec la Poétique d’Aristote, l’agression se pense comme un événement inattendu conditionné par un jeu de discordances et de surprises. Cette modalité est reconfigurée par Edward Bond dans les années 1960. La troisième considère l’agression comme l’action d’inciter quelqu’un à quelque chose par une attitude agressive ou une sorte de défi. L’agression théâtrale s’apparente dans ce cas à une stratégie politique dont Bertolt Brecht est l’un des grands représentants. Dialectiquement structurée, cette agression est singulièrement reconfigurée par Hanokh Levin dans les années 1970. Conditionnée par la surprise et l’inaccoutumance du spectateur, l’agression témoigne, quelle que soit sa forme, d’une abolition momentanée du cadre théâtral, d’une disparition du symbolique, dans une perspective sociale, éthique ou politique.

  • Titre traduit

    Assaulting the Spectator : genealogy of a Policy : edward Bond, Rodrigo Garcia, Hanoch Levin


  • Résumé

    The purpose of my research is to construct the concept of aggression, making it applicable to textual and scenic poetics while accounting for its fundamental duality. This violence, both as created by the playwright and as received by the spectator, can be construed as a “dramatizing action” (Marie-Madeleine Mervant-Roux); in other words, as a set of formal processes aimed at producing violent effects upon the spectator. Over history, it has taken on a variety of forms and meanings that Frédéric Gros’s “foyer de sens” (“focus of meaning”) methodology makes apparent. We can thereby identify three variants in the meaning of the same dimension of the principle of aggression. The first considers aggression as the act of introducing a disorder or disruption, relating theatrical violence to a playful strategy of confronting the spectator with the sacred. It can be noted in the Plato’s rejection of poetry imitative of the city, in Antonin Artaud’s Theatre of Cruelty and, in the post-modern era, in certain productions that use performance, like those of Rodrigo García. The second variant imagines aggression as an action that creates an ethical or intimate instability. It assimilates theatrical aggression with emotional destabilization. With Aristotle’s Poetics, aggression is thought of as an unexpected event contingent upon a series of discordances and surprises. This modality was reconfigured by Edward Bond in the 1960s. The third variant sees aggression as the act of inciting someone to do something, either by assuming a threatening attitude or by challenging him in some way. In this case, theatrical aggression is akin to a political strategy, and is exemplified by the plays of Bertolt Brecht. Structured dialectically, this aggression was reconfigured in a unique way by Hanoch Levin in the 1970s. Regardless of form, aggression relies upon surprise. As a jolt to the spectator, it attests to a momentary abolition of the theatrical framework: a disappearance of the symbolic, in a social, ethical, or political perspective.